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Energies

Les visages multiples de la méthanisation

GRDF Bourgogne-Franche-Comté veut poursuivre son accompagnement de la méthanisation agricole. L'entreprise constate une diversification des modèles dans ce domaine.

Par Berty Robert
Les visages multiples de la méthanisation
Le 14 janvier, le palais des congrès de Beaune accueillait une édition de Méthasalon d'une ampleur inédite.

Organisé à Beaune, en Côte-d'Or, le 14 janvier, Méthasalon est l'évènement phare pour tout ce qui concerne les technologies de méthanisation et de production de biogaz. L'édition 2026 de cet événement avait une ampleur particulière, comme le confirme Éric Passetti, directeur régional Bourgogne-Franche-Comté (BFC) de GRDF : « elle rassemblait près de cinquante exposants, soit plus que les années précédentes, avec tous les métiers qui gravitent autour de la méthanisation. De plus, cet événement se tenait en même temps que la Journée régionale de la méthanisation organisée par l'Ademe et la Région BFC. L'évènement a été rythmé par des tables-rondes, des retours d'expériences et en présence d'agriculteurs porteurs de projets et producteurs. » Traduction des applications possibles du biogaz, les visiteurs pouvaient voir sur place un tracteur New Holland roulant au bio GNV ainsi qu'un camion destiné à faire de la collecte de biogaz. Une pratique qui devrait très prochainement connaître une traduction concrète en BFC. (voir encadré)

Vingt-huit unités

Sur la méthanisation et la production de biométhane, les choses avancent dans notre région, selon Éric Passetti : « Lors du Méthasalon de Beaune, j'ai souligné qu'il y a deux ans et demi, nous comptions une quinzaine d'unités de méthanisation en fonctionnement en BFC. Aujourd'hui, nous en avons vingt-huit. La dernière a été mise en service en décembre 2025. » Ces vingt-huit unités, très majoritairement en lien avec une exploitation agricole, injectent leur gaz dans le réseau de distribution de GRDF, ce qui représente 7 % de la consommation des habitants de la région. Cette proportion est en progression constante. « Dans les trois prochaines années, poursuit Éric Passetti, la Région BFC devrait compter un total de plus de 60 méthaniseurs, pour la plupart portés par des agriculteurs ou des groupements d'agriculteurs. » Depuis deux ans, le directeur régional de GRDF fait également le constat d'un élargissement et d'une diversification des modèles économiques liés à la méthanisation. Les modèles collectifs fédérant plusieurs agriculteurs sont notamment de plus en plus fréquents, en lien, sans doute, avec des montants d'investissements conséquents autour de cette technologie. Via un événement comme Méthasalon, GRDF tente d'accompagner la filière agricole afin de lui fournir des éléments de compréhension de la méthanisation, des retours d'expérience, de valorisation des infrastructures, et des perspectives pour aller vers ces solutions de diversification. « Nous sommes directement engagés dans une stratégie bas-carbone, précise le directeur régional, avec l'objectif d'aller vers de plus en plus de gaz « vert ». À l'horizon 2030, notre objectif, c'est 20 % de gaz « vert » dans les réseaux, et vraisemblablement près de 25 % en BFC et à l'horizon 2035-2040, quasiment 50 % de gaz « vert » pour atteindre 100 % vers 2050. On assure une souveraineté énergétique nationale et régionale sur ce type d'énergie. On ne pourra pas faire sans gaz demain. »

Un renfort énergétique

Les récentes périodes de grands froids mettent aussi en lumière le fait que le biogaz est un renfort important à des moments où les besoins en énergie augmentent fortement. « Le gaz est un élément qui assure l'équilibre du système énergétique français, parce qu'il permet de produire de l'électricité ou de la chaleur. » Pour conforter le développement de la méthanisation dans le milieu agricole, GRDF BFC s'appuie aussi sur ses liens avec l'Association des agriculteurs méthaniseurs de BFC, présidée par l'agriculteur icaunais Christophe Rousseau. « Notre proximité avec le monde agricole, conclut Éric Passetti, et notre connaissance de ce secteur sont plus que jamais nécessaires. Nous sommes d'ailleurs présents chaque année au Salon de l'Agriculture. Nous avons besoin de cette complémentarité avec la filière agricole. La méthanisation peut aussi fournir à beaucoup d'agriculteurs une visibilité sur l'avenir, les aider dans la transmission de leurs exploitations, mais aussi dans une réflexion à avoir pour la décarbonation des activités agricoles, sur les possibilités de valoriser certains intrants, sur les utilisations de digestat produit par l'activité des méthaniseurs et qui est un engrais naturel. Le biogaz fait partie des solutions économiques pour l'agriculture. »

A l'heure du gazier...

A l'heure du gazier...

On peut faire des tournées de collecte de biométhane comme ont fait des collectes de lait, grâce à ce camion spécifique, exposé lors du Méthasalon de Beaune. Il permet de collecter le gaz produit sur un site trop éloigné du réseau. La technologie existe. « Le gaz porté permet de répondre à deux problématiques, précise Éric Passetti :

– là où on n'a pas de réseau ou alors où les réseaux sont trop éloignés du site de production, ce principe de collecte permet d'évacuer le gaz vers un autre site qui pourra l'injecter dans le réseau. 

– ce gaz porté est aussi une réponse aux 70 unités de cogénération qui, aujourd'hui en France, arrivent en fin de contrat de rachat et qui ne pourront pas toutes être raccordées au réseau. Cela leur fournit un débouché sans devoir procéder à de lourds investissements de raccordement au réseau. »

Le portage de gaz va bientôt être mis en œuvre en Bourgogne Franche-Comté. GRDF BFC a un projet d'une unité de méthanisation en Côte-d'Or, à Noiron-sur-Bèze, au nord-est de Dijon, qui sera équipée d'une station permettant de décharger le gaz transporté par camion pour l'injecter dans le réseau. « Il s'agira d'un « hub » de gaz porté » souligne Éric Passetti. Les travaux vont démarrer cette année et la mise en œuvre devrait être effective en 2027 ou 2028 au plus tard.