Se battre pour l'avenir
Quelques jours après la Journée des droits des Femmes et à l'occasion de l'Année Internationale des Agricultrices, Monique Bras, figure importante du secteur agricole a témoigné sur son parcours, en tant qu'ancienne agricultrice.
Originaire de Puisaye, Monique Bras, a grandi dans une exploitation agricole en polyculture-élevage. Aînée d'une adelphie de trois sœurs, elle se consacre dès le plus jeune âge au secteur agricole car « mes parents ne m'avaient pas inscrite pour entrer en sixième, j'ai donc commencé en tant qu'aide familiale », a contrario de ses deux jeunes sœurs, qui pour l'une est devenue institutrice et pour l'autre banquière pendant un temps, avant de revenir dans le secteur en épousant un agriculteur. Monique se consacre donc à la traite, aux moissons et au stockage du foin et aide ses parents, jusqu’à ce que ses parents partent en retraite, à 55 ans, « grâce à l'Indemnité Viagère de départ qui permettait d'aider à la transmission des exploitations ». En parallèle, la jeune femme se marie à un agriculteur, qui devient salarié de l'exploitation familiale, et qui, par la suite part pour la guerre d'Algérie pendant deux ans. De son côté, Monique, est très impliquée dans les activités récréatives, comme « les pièces de théâtre, la coupe de la joie, ou encore le syndicat agricole de la Jeunesse agricole catholique (JAC, ndlr) ». À son retour, en 1963, le couple reprend l'exploitation familiale. Et cette fois-ci, « je me bats, avec de nombreuses consœurs pour que nous puissions faire valoir les droits pendant les périodes travaillées », ce qui permet « d'améliorer le statut de la conjointe d'exploitation, notamment au moment de la retraite ». Après l'obtention de ce droit, elle décide d'intégrer une formation de comptabilité à destination des agricultrices afin « de pouvoir gérer la comptabilité de l'exploitation ».
Concilier vie personnelle et vie professionnelle
Mère de cinq enfants, elle met en pause son investissement dans le syndicalisme agricole et s'implique dans l'automatisation de l'exploitation, tant au niveau de la mécanisation que de l'administratif, qui à cette période-là est un élevage de cochons et de volailles. Sa fille, Françoise, à ses côtés, se souvient « que maman était toujours en train de faire la comptabilité. Avec mon frère, on s'est donc intéressés par la suite ». En parallèle, dans les années soixante-dix, « l'exploitation fait partie des premières à monter un atelier d'engraissement », et « nous montons donc l'association de Producteurs de porc, devenant, par la suite, la Coopérative des agriculteurs producteurs de l'Yonne (CAPY) », leur permettant d'augmenter drastiquement la production de porcs. Avant de prendre sa retraite, la dame témoigne du regret qu'elle garde en tête. « J'aurai aimé m'installer lorsque mon mari est parti de l'exploitation, mais pour deux ans cela ne valait pas la peine ». Lorsque les enfants grandissent, elle reprend ses engagements dans le syndicalisme et se souvient encore de nombreuses manifestations à Auxerre ou encore à Strasbourg. Françoise lui sourit et explique la fierté qu'elle ressent auprès de sa mère, « qui s'est battue pour que la femme ait plus de droits dans le secteur agricole. Elle a toujours plus revendiqué pour les autres femmes que pour elle-même ». Monique, timide, témoigne du fait « que cela correspondait à la génération et qu'en réalisant toutes ces actions, cela a contribué à donner plus de choix et de libertés aux femmes agricultrices. J'ai aidé les enfants à voir plus loin ». Françoise lui prend la main et confie la volonté qu'elle a eue « de ne pas vouloir être associée à son mari et être une personne à part entière ». En regardant à travers les carrières de sa fille et de sa petite fille, Monique constate qu'aujourd'hui « les femmes sont indépendantes », et qu'elles ont plus de droit, comme le « congé maternité ». « Avant, on n'en avait pas du tout, le mari tenait l'exploitation et ensuite on allait sur l'exploitation avec le bébé qui braillait ».