Restez attentifs aux températures
Après un climat atypique connu en ce début d'année, il est temps pour Arnaud Delestre, président de la Chambre d'agriculture de l'Yonne, de faire le point sur l'agriculture icaunaise.
« La campagne 2026 des grandes cultures dans l'Yonne est marquée par des situations contrastées, largement influencées par le déficit hydrique du mois d'avril », a souligné Arnaud Delestre, président de la Chambre d'agriculture de l'Yonne, ce vendredi 5 juin, à l'occasion de la note de conjoncture donnée en session. En céréales d'hiver, « les blés et les escourgeons ont été impactés par l’absence de pluie en avril, notamment sur les sols à faibles réserves hydriques et les sables. Les potentiels restent très hétérogènes entre terres superficielles et parcelles plus profondes ». Toutefois, les conseillers ont constaté « que l'orge de printemps reste la culture la plus impactée par le stress hydrique du mois d'avril ». Le colza quant à lui, « a connu une floraison précoce, avec certaines parcelles en pleine floraison dès mi-mars, exposant la culture au gel. Les dégâts, combinés à une forte pression des méligèthes, se traduisent par des avortements de siliques ». En revanche, les cultures de tournesol et de betteraves ont bénéficié « de bonnes conditions ». Malheureusement, la pression des pucerons, vecteurs de jaunisse en culture betteravière « demeure un enjeu majeur ».
Par la suite, Arnaud Delestre est revenu sur les épisodes de gel qui ont durement impacté les vignes. « Le millésime 2026 a été marqué par un épisode de gel généralisé sur l'ensemble du vignoble, avec des températures descendant jusqu'à -5,1 % dans la nuit du 26 au 27 mars. Les impacts sont plus variables dans le Grand Auxerrois et le Tonnerrois, tandis que le Vézelien affiche en moyenne jusqu'à 50 % de bourgeons gelés », analyse et annonce-t-il. Ces conditions climatiques ont plongé les vignes « en état de choc physiologique pendant plusieurs semaines », pour autant les dégâts ne seront visibles « qu'à la floraison et à la récolte ». Malgré le fait que « la végétation a un léger retard de développement, le millésime présente une avance de cinq jours sur la moyenne des 25 dernières années, proche des profils de 2018 et 2022 ».
Élevage : des balances commerciales déséquilibrées
Du côté de l'élevage, la Chambre d'agriculture constate une légère progression de la consommation porcine ( + 2 %) « portée par la restauration hors domicile, avec une production stable autour de 2,1 millions de tonnes ». Après les cas de peste porcine africaine et l'effet, par la suite, de « la réorientation des volumes espagnols vers le marché européen », Arnaud Delestre annonce des prix nettement inférieurs à ceux des années 2024-2025. En ce qui concerne l'élevage de volaille, la consommation « demeure élevée, malgré un léger recul en début d'année, tout en restant bien supérieure à la moyenne ». Pour autant, la production n'est pas encore équivalente à la demande, ce qui « renforce le recours aux importations ». C'est la consommation d'œufs qui atteint des records avec une consommation moyenne de 237 œufs par habitant. Cette forte demande n'est cependant pas « équivalente à la production, même si elle progresse, et soutient donc des prix élevés. Le développement des systèmes alternatifs se poursuit, dans la perspective des objectifs de sortie de la cage à horizon 2030 ». En production laitière, la consommation reste globalement stable. Cependant, le président alerte sur une baisse des prix du lait, avoisinant les « 430 à 460 €/ 1 000 litres ». A contrario de la production laitière biologique, « où la consommation montre des signes de reprise, malgré une collecte qui continue de diminuer, et par la baisse du nombre de producteurs qui amènent à des prix qui restent élevés et orientés à la hausse ». En élevage allaitant, le constat est différent. « En ovin, la consommation reste fragile, malgré un léger rebond lié aux périodes estivales. La production recule structurellement, même si les cours demeurent élevés autour de 10 €/kg », débute-t-il, avant de poursuivre sur la production bovine. « La consommation reste orientée à la baisse, pénalisée par les prix en rayon. La production continue de diminuer avec la décapitalisation du cheptel », s'engage-t-il, avant de passer sur des bonnes nouvelles. Les jeunes bovins sont quant à eux, « maintenus à des niveaux soutenus, avec une valorisation différenciée selon la conformation. Les broutards, après des niveaux historiquement élevés amorcent un repli récent, tout en restant au-dessus des moyennes passées ». Pour terminer, la filière veau « bénéficie encore de prix élevés grâce à une offre limitée, mais reste fragilisée par une consommation hésitante et une concurrence européenne marquée ».