Une question d'opportunisme
Le Département et la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or organisaient, le 4 mars, un « forum des opportunités » à Talant. L'occasion d'échanger avec un agriculteur ayant changé de voie.
Forum des opportunités, voici le principe : réunir dans un même lieu des agriculteurs qui souhaitent porter de nouveaux projets et des structures professionnelles ayant des opportunités de diversification à leur proposer. Cette troisième édition a certainement porté ses fruits pour un certain nombre de participants. Dans notre cas, nous avons fait le choix de nous entretenir quelques instants avec un ancien agriculteur qui représentait l'un de ces organismes professionnels.
Hier, les bovins
Frédéric Lechenault habite Saint-Thibault près de Vitteaux et travaille aujourd'hui pour TotalÉnergies Renouvelables. L'homme de 54 ans retrace son parcours avant d'aborder ses nouvelles missions : « J'ai élevé des bovins de 2000 à 2020. J'avais décidé d'arrêter pour plusieurs raisons : les cours n'étaient pas favorables à l'époque, les normes étaient déjà bien assez compliquées et, depuis 2012, la météo était chaotique tous les ans. Abreuver et affourager sans cesse l'été, cela devenait de plus en plus contraignant pour moi, surtout que j'étais seul sur l'exploitation. Avant 2000, je travaillais en tant que conseiller commercial chez Groupama Assurances. J'ai toujours aimé les relations humaines, le contact, les discussions avec les gens, choses que je n'avais plus sur ma ferme. Cet isolement m'a aussi motivé à changer ! ». Notre interlocuteur a remis les pieds dans le domaine commercial en intégrant MMA Assurances : « je ne voulais pas trop m'éloigner de chez moi, j'avais un enfant au collège. J'étais spécialisé dans le marché des professionnels et des entreprises, cela me plaisait bien. Mais MMA s'est recentré sur les particuliers à partir de 2024. Mon activité s'est retrouvée impactée… J'ai à nouveau regardé le marché de l'emploi et je suis tombé sur une offre de TotalÉnergies Renouvelables, avec un poste dédié à l'agrivoltaïsme, domaine qui m'intéressait déjà ».
Entre 2 000 et 3 000 euros/ha/an
Frédéric Lechenault est chargé d'affaires agricoles pour cette grande entreprise depuis un an et demi. Des relations avec le monde agricole et l'animation d'un partenariat avec Dijon Céréales font partie de son quotidien. « C'est à ce titre que je suis là aujourd'hui, au forum des opportunités à Talant », poursuit le Côte-d'orien, pour qui l'agrivoltaïsme peut représenter une « très belle diversification agricole » : « pour que le projet soit accepté, les terres en question doivent avoir de faibles potentiels, une charte départementale le stipule. Il faut bien entendu étudier les possibilités de raccordement, c'est essentiel. Beaucoup d'éléments externes sont aussi à prendre en compte, comme l'environnement et la biodiversité. L'exploitant n'a aucun investissement à réaliser, il apporte juste son foncier. Niveau rémunération, il faut compter entre 2 000 et 3 000 euros/ha/an à répartir entre le propriétaire et l'exploitant. Les contrats durent généralement entre 30 et 40 ans, avec une possibilité de prolongation de deux fois cinq ans ». Frédéric Lechenault vante l'offre complète proposée par TotalÉnergie Renouvelables : « nous avons des personnes qui prospectent le terrain et vont directement à la rencontre des exploitants. Des chefs de projets prennent ensuite les choses en main. Nous avons aussi un bureau d'études et un service construction, sans oublier notre cellule exploitation. Il y a tout pour bien faire, avec toujours les mêmes interlocuteurs ».
Une vingtaine de projets
Frédéric Lechenault confirme l'impression que nous avions : les projets agrivoltaïques ont le vent en poupe : « Deux réalisations sont complètement terminées à ce jour et seront inaugurées en juin : elles tournent déjà et se trouvent à Valforêt et Chambœuf, au sud de Dijon. La production agricole concernée est un peu atypique puisqu'il s'agit de chênes truffiers, avec un peu de maraîchage. Vous connaissez également notre projet de Channay : il s'agit d'un démonstrateur sur grandes cultures, une petite unité qui sert à mettre en évidence cette nouvelle technologie. Nous en avons une douzaine d'autres sur le territoire national. Actuellement, une vingtaine de projets sont lancés dans le département. Tous ne verront peut-être pas le jour car les instructions sont très longues, environ 5 ans, et bien des paramètres peuvent changer dans ce laps de temps, comme par exemple la saturation des réseaux ».