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Moutarde

Un doute sur le remplissage

 


 

Par AG
Un doute sur le remplissage
Vianney Thivant compte 25 ha de cultures à Tarsul (hameau d'Izeure, dans la plaine dijonnaise).

Pronostiquer un rendement de graines de moutarde est un exercice compliqué. Tellement compliqué que nous n'avons demandé aucune estimation chiffrée à notre interlocuteur, Vianney Thivant. Celui-ci s'est contenté de retracer le cycle végétal de la culture, en mentionnant deux faits marquants. « Les plantes ont bien poussé à l'automne, tout allait plutôt bien mais il y a eu un problème lors de la floraison, en avril. Nous avons eu de fortes amplitudes thermiques, parfois des températures à la limite du négatif… Il y a eu de la casse : des fleurs ont avorté et en conséquence, il manque un certain nombre de siliques aujourd'hui, cela va forcément impacter le rendement… Le deuxième problème, ou plutôt grosse interrogation du moment, est en lien avec la semaine de canicule que nous avons connue fin mai. Le remplissage des graines a peut-être été impacté. Si oui, dans quelle mesure ? Je n'en ai pas la moindre idée, il faudra certainement attendre de sortir la moissonneuse pour le savoir. Pour ma part, je pense autour du 15 juillet ».

Contacté sur ces deux sujets, Jérôme Gervais, technicien moutarde, nous confirme la problématique assez généralisée du mois d'avril. « Cet aléa devrait nous faire perdre 2 à 3 q/ha en moyenne. Concernant fin mai, il y a aussi des craintes à avoir par rapport au sec, mais les bonnes terres n'ont, je pense, pas de soucis à se faire. C'est davantage dans les terrains superficiels que ce sera problématique. Pour toutes ces raisons, nous craignons une baisse de rendements d'environ 10 % par rapport à 2025 ».

Rien n'est garanti

Vianney Thivant « signerait » volontiers pour faire aussi bien que l'an passé. « Avec 17 q/ha, nous avions retrouvé un rendement plutôt correct, après plusieurs campagnes assez décevantes. Les sélections variétales et les mélanges que nous avons désormais semblent porter leurs fruits. Nous semons également un peu plus tard, autour du 15 octobre, pour éviter les vols d'altises, tout en ayant des plantes robustes pour affronter l'hiver. Sur le plan agronomique, nous progressons aussi ». Rien n'est toutefois garanti avec la moutarde, comme le souligne le producteur de 31 ans : « les rendements sont toujours aléatoires… Cela fait une quinzaine d'années que nous faisons de la moutarde, les rendements vont de 12 à 20 q/ha. Il y a beaucoup d'interventions et de frais engagés, donc mieux vaut ne pas se rater. La moutarde reste malgré tout une valeur sûre puisque nous continuons ! Sur l'exploitation, nous ne faisons jamais de colza. La moutarde est la culture qui dégage la meilleure marge sur la ferme, derrière le maïs semences. Pendant le covid, les cours étaient montés à 2000 euros/t : elle aurait pu virer en tête mais nous avions raté le coche avec seulement 12 q/ha, notre plus mauvaise année en rendements, du coup. Nous n'avions jamais récolté aussi peu, c'est dommage ». Interrogé sur les futurs prix de la récolte 2027, l'agriculteur espère un maintien voire une hausse par rapport aux 1 500 euros/t qui seront payés aux producteurs cette année. « Encore une fois, il y a beaucoup d’interventions et de charges avec deux fongicides, deux insecticides, deux désherbages, sans compter les passages d'engrais… Il ne faudrait pas retourner à des prix inférieurs pour que cette culture conserve son attractivité ».

Des fleurs ont avorté en avril, des siliques manquent parfois par endroits.