« Il faudrait dix fois ça »
Antoine Carré, président de la FDSEA de Côte-d'Or, réagit à la somme débloquée par le gouvernement après cet été de canicules et de sécheresse.
Un milliard : dit comme ça, ça peut paraître beaucoup. Mais réparti entre les 400 000 exploitations agricoles du pays, le résultat ne donne guère que 2 500… « Je vais dire la même chose que tout le monde : il faudrait dix fois ça. Là, on nous met un pansement alors qu'il faudrait une opération à cœur ouvert », lance Antoine Carré, qui préside la FDSEA21. L'agriculteur de Verrey-sous-Salmaise rappelle qu'Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, avait évalué les besoins entre 7 et 8 milliards. « En effet, ce sont des dizaines de milliers d'euros qui devraient aller dans chaque exploitation. Avec ce plan, il faudra s'attendre à quelques milliers, voire seulement quelques centaines d'euros par ferme… Non, le compte n'y est absolument pas ». Le responsable syndical espérait notamment le report des annuités, « cela aurait été simple et efficace à mettre en place, sans le moindre dossier à remplir ou presque. Et ce dispositif n'aurait pas coûté des milliards, loin de là… L'État aurait simplement pris en charge les surcoûts engendrés par cette mesure. Les x milliers d'annuités d'un agriculteur lambda se seraient directement retrouvés dans sa trésorerie. Oui, c'est ce que beaucoup d'exploitants attendaient. Certains demandaient également la même chose du côté de la MSA. Là en revanche, cela aurait coûté plusieurs milliards effectivement. Mais ce qui a été décidé du côté de la MSA ne s'élève qu'à 20 millions au niveau national. Nous sommes à l'autre extrême : c'est plus que ridicule ! Nous sentons vraiment un gouvernement qui est à bout de souffle, qui veut faire croire que. Mais c'est bien tout ».
Un arbitrage local
Le quart de ce milliard d'euros sera réparti entre chaque département. « Nous avons rencontré la préfète la semaine dernière, elle nous a annoncé que la profession allait devoir arbitrer », retrace Antoine Carré. Plusieurs « bruits de couloirs » circulaient ce début de semaine : « une décision sera prise incessamment sous peu, il faudra faire en sorte qu'il y ait le moins de confusions possibles en évitant d'opposer éleveurs et céréaliers, conventionnels et bios, le tout pour des montants ridicules… Tout le monde gronde sur le montant annoncé mais nous allons tout de même prendre ce qu'il y a à prendre, tellement il y a de difficultés. Rien n'est décidé à ce jour, mais cibler majoritairement les jeunes est évoqué. Nous pouvons aussi imaginer de remettre 15 centimes/l supplémentaires sur le GNR et 50 euros/t sur l'engrais, cela toucherait un maximum de monde. Reste à savoir quelles quantités seraient en jeu. Cette dernière mesure favoriserait la production, chose que nous prônons depuis longtemps. Mais encore une fois, rien n'est encore décidé au moment où je vous parle. Il serait également possible de cibler par exemple les 40 % d'exploitations les plus en difficultés et délaisser les autres. Le montant par ferme serait alors un peu moins ridicule. Mais même ceux qui avaient jusqu'ici des trésoreries correctes ont été lourdement impactés cet été ». « De grands débats s’annoncent », imagine Antoine Carré, qui nourrit l'espoir que les zones intermédiaires soient davantage abondées lors de cette répartition par départements.
Le ministre était attendu
En début de semaine dernière, il se murmurait, en Côte-d'Or, que le premier Ministre Lecornu allait venir annoncer ses mesures dans le 21, jeudi 3 septembre, à l'occasion de deux visites d'exploitations. Antoine Carré nous le confirme : « c'était effectivement la direction qui était prise, la préfecture nous avait prévenus mais rien n'était encore officiel 48 heures avant. Finalement, en fin de journée, nous apprenions que sa venue n'aurait pas lieu. Pourquoi ? Je n'en sais rien. Était-ce une question d'organisation, d'emploi du temps ? Ont-ils senti que leurs mesures n'allaient pas être à la hauteur des attentes du terrain ? Dans tous les cas, cela n'aurait rien changé. J'ai entendu dire qu'il allait plutôt se déplacer dans l'Eure prochainement, il s'agit de son département d'origine ».