Les Projets alimentaires territoriaux au cœur de la session
Relocaliser l’alimentation, soutenir les filières locales et rapprocher producteurs et consommateurs : les Projets alimentaires territoriaux (PAT) étaient au cœur des échanges de la session du 9 mars de la Chambre d’agriculture de la Nièvre. Une motion sur le loup a également été votée.
À l’occasion de la session de Chambre d'agriculture qui s'est tenue le 9 mars, les animateurs des Projets alimentaires territoriaux (PAT) nivernais sont venus présenter aux élus les actions engagées sur le territoire et les dynamiques en cours autour de l’alimentation locale. « Il est fondamental que les collectivités se soient emparées de ce sujet », a rappelé Fabien Bazin, président du Conseil départemental, en introduction de cette séquence consacrée à l’alimentation territoriale. Dans la Nièvre, cette dynamique repose aujourd’hui sur quatre PAT complémentaires : le PAT départemental porté par le Conseil départemental, celui de Nevers Agglomération, celui du Pays Nivernais Morvan et celui du Pays Val de Loire Nivernais. Éric Guyot, président du Pays Val de Loire Nivernais, a ouvert les échanges en remerciant la Chambre d’agriculture pour son invitation. Il a rappelé le rôle des Pôles d’équilibre territoriaux et ruraux (PETR), structures chargées de porter des projets de territoire et de coordonner des stratégies communes entre collectivités.
Maintenir et moderniser les outils
L’alimentation constitue désormais l’un des axes de travail de ces structures, avec la rédaction de cahiers des charges et l’accompagnement de projets structurants. Parmi les initiatives évoquées figure notamment le soutien des collectivités au maintien et à la modernisation d’outils de transformation, comme les abattoirs de Cosne-sur-Loire et Corbigny. D’autres actions concernent le développement d’espaces-tests maraîchers afin de faciliter l’installation de nouveaux producteurs et de renforcer l’offre alimentaire locale. Mais les échanges ont également mis en lumière certaines difficultés : « On livre parfois plus de carottes aux crèches qu’aux collèges et lycées, et on sert encore des tomates et des concombres en hiver », a souligné Jean-Marie Lambert, maraîcher à Nevers et élu de la Chambre d'Agriculture, pointant les incohérences qui peuvent subsister dans l’organisation de la restauration collective. La question de la complexité administrative a également été soulevée. « On se heurte parfois à un véritable mille-feuille administratif, a poursuivi Jean-Marie Lambert, rappelant que les cantines dépendent d’acteurs différents selon les niveaux : agglomérations, département ou région. Il faut simplifier et permettre que l’alimentation du territoire soit davantage gérée localement. » Présente lors de la session, la Préfète de la Nièvre a reconnu ces difficultés : « Je comprends bien ces enjeux. C’est aussi le résultat de la décentralisation. Mais il faut réussir à travailler intelligemment ensemble. »
« Rungis rural »
Du côté des élus consulaires, la question de l’évaluation des politiques publiques a également été soulevée : « Aujourd’hui, nous n’avons pas de chiffres, pas de tableau de bord, pas d’indicateurs, a souligné Stéphane Aurousseau, élu Chambre d'Agriculture. Il faut pouvoir mesurer les actions engagées et les moyens investis pour savoir si cela fonctionne. » Autre projet présenté lors de cette intervention : la création d’une plateforme départementale d’approvisionnement de la restauration collective, baptisée « Rungis rural ». L’objectif est de faciliter l’introduction de produits locaux dans les cantines tout en offrant de nouveaux débouchés aux producteurs du territoire. En conclusion, Thierry Guyot a rappelé l’enjeu territorial de ces démarches : « Notre terroir doit permettre de construire l’identité de notre territoire. »
Une motion face au loup
Autre fait marquant de cette session de Chambre du 9 mars : l'adoption d'une motion sur la prédation du loup. Cyrille Forest, le président de la Chambre d'agriculture l'a présenté sur un ton volontaire et déterminé : « Je demande le vote à l’unanimité pour cette motion sur le loup ». En effet, il est rare que tous les représentants des agriculteurs, des différents syndicats, des salariés et des organisations agricoles se rejoignent dans une même expression. Il faut dire que l’heure est grave dans le département. Malgré le tir de deux loups, les attaques se succèdent de semaine en semaine. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 115 attaques de loup en 2025 et déjà plus de 20 en 2026 pour presque 60 victimes ! Cette situation provoque la colère et l’incompréhension des éleveurs qui l'ont manifesté récemment à Saint-Benin-d’Azy, avec les cadavres de brebis exposés au regard de la population (voir Terres de Bourgogne N° 1874 du 27 février). C’est pourquoi la Chambre d’agriculture de la Nièvre demande expressément aux pouvoirs publics des moyens de régulations efficaces, la liberté de tirs de défense sans quota, ainsi que la prise en charge de tous les dégâts directs et indirects. « Des dégâts causés par le loup dont la prolifération est le résultat d’une volonté et de choix politiques » rappelait Stéphane Aurousseau, vice-président de la Chambre aux représentants de l’État. La Chambre d’agriculture dénonce également les modalités de comptages des loups, tant les dégâts sont forts au regard d’effectifs de loups qui semblent en permanence totalement sous évalués. « Je vous remercie de votre confiance » concluait Cyrille Forest, après l'adoption de cette motion par la totalité des élus présents, dans la plus grande dignité, témoignant ainsi de leur solidarité avec les éleveurs victimes de prédation. Les demandes de la Chambre seront transmises aux responsables politiques et administrations concernées. Avec quels résultats ? Il est trop tôt pour le dire. Mais du côté de Cédric Bernier, élu en charge de ce dossier, et de Jean-Marc Bertrand, référent de l’élevage ovin au bureau de la Chambre, la détermination est totale.