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Interprofession des vins de Bourgogne

Le travail sérieux commence

Ce 19 décembre, lors de sa traditionnelle assemblée de fin d’année, le BIVB était en effervescence. Le projet des Cités des vins à Beaune, Mâcon et Chablis a à nouveau été largement débattu. à bulletin secret, 87 des 90 représentants ont voté avec un résultat sans appel : à 72 % en faveur du projet. Le plus dur reste maintenant à faire…
Par Cédric Michelin
Le travail sérieux commence
Pour sa traditionnelle assemblée de fin d’année, le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) était en effervescence. Si la campagne 2016 a été «difficile et compliquée», la récolte finalement n’aura «pas été si catastrophique» avec finalement 1,25 million d’hectolitres (hl), soit une vendange en retrait de seulement -15 %, mais surtout un millésime de «grande qualité». Les marchés se portent bien, même les négociants l’admettent. Une «stabilité» des cours du vrac et des prix bouteilles se dessine.

Dans ce contexte, c’est surtout le projet des Cités des vins à Beaune, Mâcon et Chablis qui a posé le plus de questions. à bulletin secret, 87 des 90 représentants ont voté. Résultat : un oui à 72 %. Pour comprendre pourquoi ce vote était nécessaire plus de deux décennies après le lancement du projet, il fallait percevoir les signaux faibles cachés par la bonne conjoncture des marchés de la Bourgogne viticole et ses envolés tarifaires. «Dans certains secteurs, les vignobles ont été très touchés, voire touchés de manière récurrente depuis plusieurs années», rappelait ainsi Jean-Michel Aubinel, président de la Confédération des appellations et vignerons de Bourgogne (CAVB). «Le drame, c’est Chablis avec la moitié des volumes perdu», s’inquiétait lui aussi Frédéric Drouhin, président de l’Union des maisons de vins de Bourgogne (UMVB).

Des inquiétudes confirmées plus clairement encore par Jean-Michel Guillon, président de l’ODG Gevrey-Chambertin, lequel abordait alors la question du projet des Cités des vins à Beaune, Mâcon et Chablis : «il y a des domaines vraiment en grave difficulté. On est dans un certain flou. Ce n’est pas notre priorité. Nous avons d’autres problématiques et il nous faut questionner, vignerons et négociants, avec un vote par la base, au moins en Côte-d’Or. Ce n’est pas une opposition catégorique au projet, mais on est en droit de s’inquiéter pour la suite, sur les coûts d’exploitations notamment. Il faut raison garder. On veut que ce projet soit détenu par une structure dédiée. Le BIVB ne doit pas plus s’investir car il y a un risque que des déficits surviennent après», expliquait-il, applaudi par une partie de la salle. Le président du BIVB, Louis-Fabrice Latour, soulignait comprendre cette position et rappelait qu’«on est là pour en débattre. L’assemblée du BIVB est souveraine, c’est l’heure du rendez-vous», reconnaissant ainsi légitime les inquiétudes sur les situations de certaines entreprises, mais invitant les représentants siégeant au BIVB à se prononcer sur ce projet qui engagera l’ensemble de la profession à long terme.

De nombreux soutiens
S’en suivait alors une série d’interventions optimistes. Trop optimistes certainement aux yeux des plus «pessimistes». Pierre-Henry Gagey, négociant et ancien président du BIVB, présentait et défendait le projet à Beaune. Jérôme Chevalier, président de l’Union des vins Mâcon, mettait en avant le besoin d’infrastructures à Mâcon. Partant également de l’existant, Frédéric Guéguen, président de l’ODG Chablis, se montrait lui aussi résolument confiant en l’avenir de l’œnotourisme. état, collectivités territoriales, Europe, Conseil régional ou Conseil départemental, villes… D’autres apportaient ainsi leur soutien moral et financier. Seule absence notable à signaler, celle du maire de Beaune, Alain Suguenot, dont on sait qu’il promeut un projet connexe d’hôtel et restaurant «de luxe» avec galerie marchande… Un positionnement qui faisait craindre à certains d’enfermer les vins de Bourgogne dans une image trop élitiste, néfaste aux appellations d’entrée de gamme notamment.

Pour rappel, historiquement, les réflexions avaient débuté avec le projet d’une Cité à Beaune en réponse à la Cité des vins à Bordeaux. Parce que, contrairement à la capitale girondine, Dijon n’est pas «la capitale» des vins de Bourgogne, d’où également le projet porté par la ville des Ducs de Cité de la gastronomie. à la Cité «mère» de Beaune, ce sont ensuite rajoutées les Cités «filles», puis «sœurs» de Mâcon et Chablis.

Vision à long terme
Pierre-Henry Gagey résumait les chiffres du projet des trois cités : 17 millions d’€ pour la construction avec un coût d’exploitation annuel de près de 4 M€ pour l’ensemble.
«Certes, les chiffres peuvent faire peur, mais il faut quand même avoir un projet ambitieux» pour attirer. Les recettes prévues sont basées sur 220 000 visiteurs au total sur les trois sites, avec 20 € TTC dépensés en moyenne (billet, formations…). En comparaison, les Hospices de Beaune attirent déjà annuellement quelques 450 000 visiteurs. On en compte quelques 85 000 pour le Clos Vougeot ou encore 25 000 pour l’Imaginarium à Nuits, porté par la Maison Boisset. «Le monde bouge. Il veut venir visiter la Bourgogne. Ce projet n’est qu’une anticipation de l’œnotourisme de demain, en respectant notre âme, notre culture et nos valeurs humanistes», motivait Pierre-Henry Gagey.

«Je peux comprendre la peur de l’inconnu, mais tout chef d’entreprise doit avoir cette envie d’aller de l’avant. Allons y avec panache», motivait Frédéric Guéguen. «C’est le moment d’y aller», concluait avec conviction Jérôme Chevalier.

Optimisme avec pessimisme
Avec 72 % de vote en faveur du projet, le projet est appelé à se poursuivre. «Il va falloir travailler très sérieusement», prévenait Jean-Michel Aubinel. Vigneron en Côte-d’Or et président délégué du BIVB, Claude Chevalier tentait de rassurer ses collègues: «on ne signera pas un chèque en blanc. On ne dépassera pas le budget», s’engageait-il, avant d’inviter les plus inquiets à participer aux futurs groupes de travail : «je veux que tous ceux qui ont des doutes soient autour de la table pour un contrôle». Comme Rome, les Cités des vins de Bourgogne ne vont pas se construire en un jour…

Le bon moment ?

Sans opposant «total» au projet, c’est en fait la question même de savoir si le moment est propice aux investissements qui étaient posée ?
En Bourgogne, «une bouteille sur sept est vendu localement», analyse le BIVB, soit 15 % du chiffre d’affaires de la filière. Les Climats de Bourgogne sont désormais inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco.
«Sans nous vanter, notre situation économique est meilleure que d’autres grandes régions viticoles : Bordeaux, Champagne...», notait Louis-Fabrice Latour. à fin octobre, les ventes de vins de Bourgogne étaient en hausse, +4 % en valeur et +1 % en volume. «L’export et la parité euro-dollar permet de compenser le marché en France, qui soufre du fait du repli du tourisme». Le président du BIVB restait donc impartial. Reste que l’écart peut parfois être grand entre macro-économie et micro-économie... alors que l’Interprofession débloquait également 200.000 € pour accompagner les exploitations en difficultés, notamment au travers du financement d’audits.