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Décès de Xavier Beulin

Le monde agricole perd un visionnaire

Le dirigeant du syndicat est décédé le 19 février d’une crise cardiaque. À la veille du congrès de Brest, il venait d’annoncer qu’il briguait un troisième mandat.
Par Actuagri
Le monde agricole perd un visionnaire
( Crédit photo : Le Parisien/YANN FOREIX ) Xavier Beulin, lors d’une visite d’exploitation dans le Puy-de-Dôme en septembre 2016.
Le décès brutal de Xavier Beulin le 19 février est un choc pour la FNSEA et le monde agricole à qui il a dédié sa vie. Travailleur acharné, il défendait la vision d’une agriculture diverse, compétitive et innovante, porteuse d’avenir pour les producteurs sur tout le territoire. D’innombrables réactions ont suivi l’annonce, le 19 février, de la disparition de Xavier Beulin, président de la FNSEA, décédé d’une crise cardiaque à 58 ans. Les dirigeants politiques de tous bords ont rendu hommage à l’homme de conviction, du Président de la République qui a salué «un agriculteur passionné», «un interlocuteur exigeant» et déploré «une perte majeure pour la France» aux candidats à l’élection présidentielle (François Fillon, Emmanuel Macron, Benoît Hamon), en passant par des présidents de groupes, de régions, et de départements, ou encore les membres du Gouvernement dont le Premier ministre Bernard Cazeneuve, «un ardent défenseur de l’agriculture et des paysans». «Sa disparition est une nouvelle terrible pour la FNSEA et pour le syndicalisme agricole dans son ensemble [...]. Avec lui, au-delà de nos différences, j’ai toujours travaillé à trouver des solutions pour soutenir une agriculture qui traverse des moments difficiles», a quant à lui réagi le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll.

Syndicaliste engagé
«Xavier Beulin a donné au syndicalisme et aux filières agricoles des lettres de noblesse et un élan incomparable», salue la FNSEA dont il a été élu président en 2010 et 2014. L’organisation a fait part de son «immense tristesse», plusieurs de ses élus évoquant par ailleurs la perte d’un «capitaine» qui leur donnait un cap. En dépit des divergences de vues, les nombreux interlocuteurs qui ont croisé Xavier Beulin au cours de sa riche carrière gardent tous en mémoire le dynamisme, le charisme et la pugnacité de cet homme engagé très jeune dans le syndicalisme agricole. Issu d’une famille d’agriculteurs du Loiret, aîné de quatre enfants, il reprend l’exploitation familiale à 17 ans suite au décès de son père, et s’engage rapidement auprès du CDJA de son département. Gravissant les échelons du syndicalisme agricole, il rejoint ensuite la FDSEA puis la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (FOP) dont il devient président en 1999. Parallèlement, il devient en 2000 président du groupe Sofiprotéol (renommé Avril en 2014), mis en place par la filière française des oléoprotéagineux. Une responsabilité qui lui sera parfois reprochée après son élection, en 2010, à la tête de la FNSEA. Dans son ouvrage (1) paru début janvier, Xavier Beulin revenait sur les attaques de plus en plus vives et rappelait le sens de son engagement : «avant tout apporter des solutions en termes d’organisation aux producteurs», ajoutant que le succès du groupe coopératif permettait de «tirer des enseignements pour d’autres pans de l’agriculture française», à travers l’exemplarité de la réussite collective. De ces attaques répétées et de plus en plus dures dans les médias, l’homme pudique et modeste au regard de son parcours d’autodidacte préférait dire qu’elles ne l’atteignaient pas. Elles se sont néanmoins ajoutées au poids de ses responsabilités particulièrement importantes, à un moment où l’agriculture française fait face à une succession de crises.

Vision à long terme
Les hommages et témoignages sont en tout cas unanimes sur la capacité de Xavier Beulin à porter une vision stratégique forte pour ce secteur agricole qu’il défendait sans relâche. «Le modèle sur lequel nous avons vécu doit être adapté à une nouvelle donne économique, sociale et sociétale. Toute l’agriculture vit déjà cette mutation. Il faut en définir le cadre, c’est l’un de nos plus grands chantiers pour les prochaines années», écrivait-il dans son livre. Ce cadre doit notamment être décidé au niveau européen, où la présence française s’était selon lui fortement affaiblie ces dernières années. Xavier Beulin évoquait également dans son livre la nécessité de préserver la diversité de l’agriculture française, la nécessaire modernisation des exploitations, le rôle crucial de l’innovation en agriculture, l’importance d’une fiscalité plus adaptée aux aléas de l’activité agricole, ou encore le statut de l’agriculteur encore à créer. Il défendait également une vision plus positive de l’agriculture française, trop souvent délaissée par les politiques et de plus en plus méconnue des citoyens. Une vision saluée par le monde agricole et que la FNSEA continuera à porter, malgré l’ampleur du défi.

Interim
Conformément aux statuts de l’organisation, Christiane Lambert, première vice-présidente, assure la présidence jusqu’au prochain Conseil d’administration électif du 13 avril prochain. Cette présidence est conduite en étroite collaboration avec les secrétaires généraux et le deuxième vice-président de la FNSEA.

(1) Xavier Beulin, Notre agriculture est en danger, Editions Tallandier

Le monde agricole à propos de la disparition de Xavier Beulin

Ci-après, quelques-unes des très nombreuses réactions du monde agricole après le décès du président de la FNSEA.
JA a pointé le fait que «le syndicalisme agricole est en deuil ce matin : un personnage marquant nous a quittés».
Pour la FNEDT, «agriculteur, Xavier Beulin s’est engagé sans compter, à tous les niveaux de ses responsabilités, dans la défense collective de l’agriculture éprouvée par des crises à répétition. Chef d’entreprise, il a porté avec talent et conviction une vision économique de l’entreprise agricole et des filières agricoles françaises avec un dialogue social actif, sans lequel rien n’est possible. L’agriculture perd un grand leader agricole ouvert sur l’innovation et l’international.»
Le Président de la CNE, au nom du Conseil d’administration, «exprime la grande tristesse du monde de l’élevage devant la disparation de Xavier Beulin, et salue son intense engagement pour l’agriculture française.»
Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine, au nom du Conseil d’administration, exprime sa profonde émotion et souligne que «Xavier Beulin a œuvré pour défendre Notre agriculture et prôner «une Europe plus protectrice pour ses consommateurs et ses agriculteurs. Rassembleur, pugnace, déterminé, c’était avant tout un homme de dialogue, d’engagements et de convictions profondes. Interlocuteur incontournable et exigeant, toujours à la recherche de solutions d’avenir, il encourageait la construction d’organisations interprofessionnelles.»
«Xavier Beulin était un grand Homme du monde agricole. Il a beaucoup oeuvré pour le syndicalisme agricole avec un engagement exemplaire» a déclaré Éric Lainé, président de la CGB, et membre du bureau de la FNSEA avant de poursuivre : «c’était un paysan qui donnait chaque jour le meilleur de lui-même et se battait avec force pour l’avenir de l’agriculture. Il défendait les agriculteurs avec conviction et ambition pour que notre agriculture française soit toujours mieux respectée et retrouve son rang en Europe».
Claude Cochonneau, président de l’APCA, s’est dit «atterré d’apprendre le décès soudain de Xavier Beulin, comme tous mes collègues du réseau des Chambres d’agriculture» avant de préciser : «Je pense aussi à l’agriculture de mon pays qui perd avec Xavier un grand responsable qui savait donner aux projets qu’il initiait et accompagnait une dimension telle qu’il se positionnait en leader incontesté du monde paysan et économique.»
«Principal avocat d’une agriculture organisée par les agriculteurs eux-mêmes, autour d’une vision économique de leur métier, Xavier Beulin partageait avec le monde de la coopération agricole une très forte ambition pour l’agriculture française et européenne» a indiqué Michel Prugue, président de Coop de France.
Dominique Langlois, président d’Interbev, a salué « un homme de dialogue et de conviction qui a toute sa vie durant, été un fervent défenseur de l’agriculture française et œuvré pour encourager la construction d’organisations interprofessionnelles. Il avait également une grande vision économique des sujets agricoles. L’ensemble de la filière élevage et viande que je représente tient à exprimer sa très vive émotion».