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Europe

Le Brexit et ses possibles conséquences

Le Brexit qui sortira ou non des urnes en Grande-Bretagne cette fin de semaine, génère autant de craintes que de perplexité. Craintes pour certains secteurs de production français du fait d’une possible désorganisation du commerce. D’autres pensent cependant que le retrait du Royaume-Uni reviendrait aussi à écarter le plus ardent défenseur de la dérégulation de la Pac.
Par D’après Agra
Ardent défenseur d’un libéralisme dérégulateur, le Royaume-Uni est pourtant devenu un marché familier pour les agriculteurs français. Les producteurs de pommes, de fruits et même les éleveurs ovins pourraient regretter le départ des Anglais. Pour les seuls fruits le marché anglais importe 3,7 millions de tonnes en 2015, dont 120 000 tonnes de pommes françaises (20% de nos exportations en volume, 25% en valeur).

Le premier effet d’un Brexit pourrait être une tempête sur les marchés, la dévalorisation de la livre sterling (prévisible) limitant le pouvoir d’achat des ménages anglais. Autre crainte, des contraintes administratives supplémentaires pourraient handicaper les échanges, jusqu’à ce que des accords bilatéraux changent la donne du Brexit.

«Négatif dans les deux sens»
Cette hypothèse de nouveaux accords bilatéraux inquiètent d’ailleur côté français. «Dans les deux ans qui viennent, rien ne changerait concernant les dispositions intracommunautaires» estime Xavier Beulin, le président de la FNSEA, «mais des discussions intenses s’engageraient pour renégocier des accords bilatéraux. A l’issue de ces deux ans, cela peut être négatif dans les deux sens». L’agriculture française «regarde le Royaume-Uni de façon offensive, car c’est un marché de consommation important».

Avec l’Irlande et les Pays-Bas, la France est le principal partenaire commercial du Royaume-Uni pour le secteur de l’alimentation et l’Hexagone est la deuxième destination pour les exportations d’alimentation humaine et animale du Royaume-Uni, après l’Irlande et devant les états-Unis. Dans l’autre sens, la France est le troisième fournisseur du Royaume-Uni, derrière l’Irlande et les Pays-Bas. La France bénéficie d’un solde positif vis-à-vis de la Grande-Bretagne, alors que d’éventuels droits de douane ou dévaluation de la livre pourrait en rendre l’accès plus difficile.

Dans le commerce de la viande, «un Brexit bouleverserait la donne» estime le directeur délégué du syndicat d’industriels, Culture viande, qui s’attend par exemple à la mise en place de barrières douanières . Sans compter les effets d’un «imbroglio juridique et de possibles conflits à l’OMC».

La viande ovine est le secteur le plus concerné par ces échanges, la France étant la première destination du Royaume-Uni pour l’agneau et le mouton. La présidente de la Fédération nationale ovine, Michèle Baudoin en convient, le Brexit «aura un impact car l’agneau français risque alors de devenir très cher», d’où un risque de désaffection des consommateurs.

Les inquiétudes ne concernent pas que l’agneau, le Royaume-Uni est également un gros consommateur de viandes porcine, bovine et de volailles. Un ralentissement du marché pourrait provoquer les mêmes effets domino que l’embargo russe, même pour ceux qui ne sont pas exportateurs vers l’Angleterre.

En revanche, sur les grands secteurs du lait, des légumes et des grandes cultures, pas d’inquiétude : le Royaume-Uni est un marché parmi d’autres qui devra bien continuer à s’approvisionner. La viticulture française reste aussi sereine, car le marché est mature et reste stable.

Un éventuel Brexit ne représenterait donc pas un grand bouleversement pour l’agriculture française. Maintenant, rien n’est jamais écrit d’avance et le monde agricole reste attentif à l’issue de cet enjeu.

L’UE perdrait 7% de son agriculture

Si les Britanniques devaient se prononcer en majorité le 23 juin pour la sortie de l’Union européenne, l’agriculture communautaire perdrait 7% de sa production en valeur. Le Royaume-Uni devrait se passer de plus de 3,5 milliards d’euros que lui apporte annuellement la Pac.

Il hypothéquerait ses exportations agricoles et agroalimentaires qui atteignent 24 milliards d’euros, dont plus de 60% destinés à l’UE. Les paiements de la Pac, selon Phil Hogan, représentent actuellement 87% des revenus des agriculteurs locaux, 53% en moyenne dans l’ensemble du Royaume-Uni. «Il n’y a pas de garantie du Trésor britannique de pouvoir se substituer à ce soutien» a insisté le commissaire européen à l’agriculture et il faudrait au pays 8 à 10 ans pour conclure de nouveaux accords commerciaux avec ses ex-partenaires.