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Le Premier ministre en visite au congrès mondial de la race brune

La France et son agriculture, une histoire d’amour pour Manuel Valls

Tant attendus en Lozère, le dixième congrès mondial et le concours européen de la race Brune ont été lancés mercredi 6 avril et ont reçu la visite du Premier ministre le 8 avril.
Par Sandra Hartmann, Le Réveil Lozère
C’est la Ville de Mende qui a lancé les cérémonies. Congressistes et officiels se sont retrouvés à l’espace Georges-Frêche mercredi 6 avril. Et c’est José Baechler, président national et international de la race brune qui s’est exprimé en premier, précisant que les congressistes venaient de 20 pays, que 190 Brunes de toute l’Europe devaient concourir et que Mende avait réussi à devenir «le carrefour mondial de l’élevage laitier». Il a ensuite enchaîné pour rappeler qu’à Mende, «vous trouverez des savoir-faire et de la qualité et vous avez déjà pu le constater lors des visites d’élevages». Ce sont des éleveurs lozériens, cantaliens et aveyronnais qui ont ouvert leurs portes. Les congressistes ont ainsi découvert les systèmes d’exploitation locaux où génétique et pâturage font partie des fondamentaux.
De même que la qualité du lait que n’a pas manqué de relever Alain Bertrand, sénateur et maire de Mende, évoquant Époisses, Chaources et Langres, des fromages à base de lait de Brune. Tout comme Saveur Lozère, un fromage lozérien à base de lait de Brune qu’il n’a pas manqué de goûter, a-t-il précisé, avant de rappeler «la mobilisation de tous, éleveurs et collectivités pour obtenir l’organisation de ce mondial». Vincent Julhan, président d’Optibrune et Éric Barbut ont su motiver leur troupe. «Et ils ont été convaincants !». Les rangs des bénévoles ont grandi au fur et à mesure. Ils sont près de 300.
Plusieurs temps forts ont émaillé ce mondial : la vente aux enchères, le concours européen de la race Brune et forcément la visite du Premier ministre Manuel Valls. 10 400 euros, tel est le record de la vente aux enchères pour Sienna, une génisse écossaise, petite-fille de Snickerdoodle, une Brune dont les index dépassent 90 et 100 000 kilos en septième lactation. Pour la petite histoire, Sienna était la première arrivée sous le chapiteau. Mais ce sont les Suisses qui ont brillé dans le concours européen : ils se sont adjugé la coupe des nations. Pour sa part, Palma (Zeus CH) est devenue la grande championne.

Consommation et climat
En visite le vendredi 8 avril, Manuel Valls n’a pas fait d’annonces fortes. Toutefois, sa présence aura braqué les caméras sur le mondial de la Brune. Xavier Beulin, le président du syndicat majoritaire avait aussi fait le déplacement. L’occasion de rappeler la profonde crise traversée par le secteur agricole. Le Premier ministre a promis qu’il ne laisserait pas tomber les éleveurs et a détaillé une feuille de route en trois points. Le premier porte sur la régulation des marchés des denrées agricoles. Pour n’évoquer que le secteur laitier depuis la fin des quotas en mars 2015, «nous n’étions pas aux affaires», a-t-il semblé se justifier, la production de lait en Europe ayant augmenté d’environ 2 % sur un an. Dans le même temps, la consommation de lait plongeait en Chine et l’Europe devait composer avec les effets de l’embargo russe. Cette surproduction a causé une chute des prix de 3 % au niveau mondial, entraînant l’élevage laitier français dans une crise profonde. «La France est mobilisée pour rétablir l’équilibre du marché européen et encourage les mesures volontaires de réduction de la production. Des mesures qui ne seront efficaces que si elles sont financées par Bruxelles. Il faut prendre en compte la réalité de l’agriculture de chaque pays, sinon, cette concurrence frénétique finira par tuer nos agriculteurs et faire disparaître nos productions», a-t-il enchaîné.
Le deuxième chantier porte sur les échanges internationaux pour qu’ils ne se fassent pas au détriment de certaines productions et territoires. «Nous serons très vigilants, très exigeants, très mobilisés [...] dans les négociations avec les États-Unis.»Allusion à peine voilée au traité transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) sur lequel la profession a exprimé les plus grandes réserves.
«Nous sommes inquiets parce que ce traité pourrait remettre en cause notre modèle alimentaire. Pour la filière bovine, déjà en grande difficulté, l’augmentation des importations de viandes américaines pourrait être fatale. D’après Interbev, les États-Unis, premier producteur mondial de viande bovine, n’exportent pour l’instant qu’environ 15 000 tonnes de viande par an vers l’Europe. Qu’en sera-t-il après la signature du traité ? Le prix de production de la viande étant plus bas aux États-Unis qu’en France, le modèle d’élevage français risque d’avoir du mal à s’adapter à la nouvelle concurrence, sans parler de la question des normes. Faut-il craindre l’importation de bœuf aux hormones ? Le Premier ministre balaye l’idée, «nos races bovines continueront de rayonner dans le monde entier» a rappelé la FNSEA. Xavier Beulin s’était déjà exprimé il y a quelques mois sur un sujet quasi similaire : «ce que je veux, c’est que l’on puisse continuer à faire nos AOC, nos IGP, etc, ce qui caractérise notre alimentation et qui fait l’intérêt de la France sur le plan touristique».
Le troisième chantier énoncé par le Premier ministre vise à faire en sorte que «la consommation de viande et la lutte contre le changement climatique aillent de pair. Ce qui veut dire lutter contre les effets de serre, contre le gaspillage et promouvoir une certaine sobriété»Manuel Valls a terminé son discours en parlant d’une histoire d’amour entre la France et son agriculture, «une histoire que je veux défendre».

La commission «montagne» de la FNSEA

Paiement des ICHN, pluriactivité, campagnols, loups... Autant de sujets qui mobilisent les élus de la Commission «montagne» de la FNSEA, réunis en fin de semaine à Mende.
• Indemnités compensatoires de handicaps naturels (ICHN) : La profession fustige toutes tentatives d’orientations «environnementales» de la mesure, qui consisterait selon Jean-Michel Anxolabehere, représentant des Pyrénées «à dénaturer l’indemnité qui doit rester non seulement une aide économique mais aussi un soutien à un type de développement du territoire». Sur l’enveloppe ICHN d’1,1 milliard d’euros annoncés en 2013 par le Chef de l’État au Sommet de l’Élevage, Patrick Bénézit, pour le Massif central a estimé «qu’avec la fusion des régions, nous n’avons pas retrouvé nos petits». La profession en appelle donc au respect des engagements et au paiement concomitant des aides du 1er pilier et de l’ICHN, soit avant le 30 juin 2016.
• Pluriactivité : Dans le cadre de la dérogation en cours sur la pluriactivité, les élus se sont positionnés clairement en faveur d’un resserrement du dispositif «pour éviter les dérives et préserver le statut du Gaec qui reste une particularité française dans le paysage européen», a insisté le président de la commission, Dominique Fayel. La dérogation est donc réservée aux activités saisonnières hivernales de haute-montagne et doit correspondre aux usages locaux et ne pourra excéder 700 heures annuelles.
• Campagnols terrestres : Le Massif central est particulièrement touché par des attaques sans précédent. Sur ce dossier, les agriculteurs ont rappelé le double enjeu : abonder les enveloppes du FMSE pour indemniser les éleveurs à hauteur des préjudices subis et bénéficier de fonds CASDAR conséquents pour la recherche.
• Loups : Le ministère évalue à 350, le nombre de loups présents sur le territoire français. Un volume largement sous-estimé selon Mickaël Sabinen, éleveur dans les Alpes-de-Haute-Provence. Du 1er janvier au 29 février 2016, il y a déjà eu 161 attaques recensées et 510 victimes indemnisées. L’augmentation du quota de prélèvement reste une priorité absolue pour les professionnels, car le volume de 36 loups est largement insuffisant. Sophie Chatenet