Crise bovine
«L’heure de vérité pour tous»
Conjoncture calamiteuse, crise structurelle... les éleveurs font face depuis plusieurs mois à une situation qui met en péril l’existence de nombreuses exploitations et interpelle sur l’avenir du troupeau allaitant. Les producteurs de viande sont déstabilisés par l’accumulation des problèmes sur les exploitations: retard des aides, aléas climatiques, empilement des contraintes et des règlementations, conjoncture de marché et de prix défavorable... Tour d’horizon et amorce de solutions avec Jean-Pierre Fleury, président de la FNB.
Face à ce contexte, la commission européenne apparaît impuissante tandis que les pays européens jouent chacun leur partition, dans une cacophonie totale qualifiée de «foutoir» par Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine. Un «foutoir» qui traduit «l’incapacité de l’Europe à apporter des solutions aux problèmes actuels, alors que les aléas climatiques à répétition amplifient les conséquences d’une situation de marché calamiteuse».
L’Europe est en panne, en panne de projet pour son agriculture, «il est urgent que la commission et les États membres se mettent d’accord sur un plan commun pour remédier à cette situation anarchique qui déstructure les marchés. La conjoncture est si défavorable, qu’en terme de prix on est arrivé à un niveau proche des pires heures de la crise de la vache folle» et «la viande allaitante n’accède plus au marché qu’à prix cassés». La conjoncture laitière extrêmement difficile n’arrange rien à l’affaire, avec un afflux de vaches laitières sur le marché qui tire les prix vers le bas et augmente les volumes à écouler dans un contexte de consommation en régression.
Une nouvelle approche pour la filière
Quand tout va mal on cherche des responsables, mais chacun détient dans sa sphère de compétence une partie de la solution. Encore faut-il que les différentes parties acceptent de travailler ensemble et partagent le même objectif. La FNB de son côté n’est pas en panne de proposition, elle assume ainsi «de faire le choix de la valeur pour le troupeau allaitant» et formule une nouvelle approche pour la filière. D’abord, «la différenciation et la valorisation des produits du troupeau allaitant dans les GMS», avec à la clé une meilleure valorisation du travail de l’éleveur par la qualité. Cette orientation vers l’instauration d’un cœur de gamme bien identifié et bien défini, suppose «un réinvestissement par les éleveurs du marché», en interne comme à l’export. Ensuite, il s’agit «d’investir le marché de la restauration collective». Cet appel d’air salutaire profiterait à toute la filière. Enfin l’export, pour lequel «l’Europe va devoir se résoudre à instaurer des crédits export».
Cœur de gamme: un enjeu essentiel
D’autres éléments de contexte interfèrent et doivent être pris en compte : «l’instabilité géopolitique qui sévit en Europe comme dans le monde, la nécessité d’assurer l’autonomie alimentaire du continent européen et celle de définir un nouveau modèle agricole européen, un modèle vertueux». Autre constat, «sur le plan sociétal, il ne faut pas sous-estimer ce qui se passe, les attaques violentes marquent les esprits des consommateurs. Face à cela la meilleure réponse c’est la mise en avant de notre mode d’élevage extensif et vertueux. La responsabilité de la filière c’est aussi de le mettre en avant, c’est la seule réponse durable dans le temps pour contrer les attaques sur la production et la consommation de viande».
Alors à quel niveau agir, comment sortir du fiasco actuel, que certains attribuent à la faillite d’un système par trop productiviste ? Pour Jean-Pierre Fleury, l’avenir de l’élevage allaitant va dépendre «de la responsabilité partagée entre les trois acteurs fondamentaux que sont les politiques, la filière et les producteurs. Aux politiques, la charge d’infléchir la politique européenne, de réviser la LME en conséquence et d’adapter le plan d’urgence aux nécessités actuelles... A la filière, la charge de se remettre en question et d’assumer ses responsabilités avec l’ambition de développer l’export vers les pays tiers, à elle aussi la charge d’informer au mieux les éleveurs sur le fonctionnement et le contenu du cœur de gamme... Aux producteurs enfin, de rester attentifs aux évolutions du marché et à la gestion de leur exploitation, en limitant tout investissement autre que productif».
L’enjeu du «cœur de gamme est essentiel» insiste le président de la FNB. L’accord récemment conclu avec Système U préfigure ce qui pourrait être entrepris avec toutes les autres grandes enseignes de la distribution. «Cette nouvelle construction du prix intègre la dimension «coûts de production éleveur» pour le cœur de gamme. Cette première étape franchie avec Système U pourrait faire tâche d’huile et modifier durablement les bases de la négociation commerciale avec la grande distribution. En jeu, la création d’une nouvelle référence calée sur le prix de revient» et non plus sur les seuls classement et grille de prix. Il faut tout faire pour que «le modèle industriel réducteur ne s’impose pas définitivement demain. Le troupeau allaitant raconte une histoire en phase avec les attentes de la société, au contraire du modèle dépersonnalisé de l’industrie de la viande. Nous sommes tous conscients que la situation actuelle ne peut plus durer, le segment du cœur de gamme repositionne le travail de l’éleveur et assure une plus grande transparence dans la filière assortie d’une meilleure lisibilité des prix pour l’éleveur. Sur cette stratégie de développement d’un cœur de gamme nous avançons aussi avec Leclerc, Carrefour, Intermarché, Auchan, Lidl. Ces grandes enseignes sont en prise directe avec les consommateurs, c’est une évolution fondamentale et c’est une bonne nouvelle pour les éleveurs qui ont toujours travaillé de cette façon avec la boucherie artisanale exclusivement tournée vers l’élevage traditionnel de qualité. Nous sommes dans une logique de négociation enseigne par enseigne, rien à voir avec les engagements du 17 juin 2015».
L’Europe au pied du mur
«Le cœur de gamme c’est le parti pris de la qualité et de la visibilité et une solution à la baisse de la consommation de viande». Le sujet maintenant c’est à qui va profiter le cœur de gamme ? «Nous segmentons dans l’intérêt des éleveurs et nous mettons tout en place afin qu’ils recueillent les fruits de ce nouveau positionnement. C’est le grand rendez-vous de la transparence et l’heure de vérité pour tous».
Il n’y a pas qu’en France que le secteur allaitant est durement touché. «l’Europe est au pied du mur» confirme le président de la FNB, «car cette crise du revenu touche tous les éleveurs producteurs de viande bovine de l’Union européenne. Dans les principaux pays producteurs les prix se sont effondrés et s’affichent comme nettement inférieurs aux coûts de production». Une raison supplémentaire pour tous les acteurs - Europe, pays producteurs, professionnels et acteurs économiques - de s’entendre sur un modèle partagé qui assure la réussite de l’ensemble. A l’heure de l’Euro 2016, quand on joue trop «perso» c’est toute l’équipe qui risque de perdre en laissant du monde sur le carreau...
L’Europe est en panne, en panne de projet pour son agriculture, «il est urgent que la commission et les États membres se mettent d’accord sur un plan commun pour remédier à cette situation anarchique qui déstructure les marchés. La conjoncture est si défavorable, qu’en terme de prix on est arrivé à un niveau proche des pires heures de la crise de la vache folle» et «la viande allaitante n’accède plus au marché qu’à prix cassés». La conjoncture laitière extrêmement difficile n’arrange rien à l’affaire, avec un afflux de vaches laitières sur le marché qui tire les prix vers le bas et augmente les volumes à écouler dans un contexte de consommation en régression.
Une nouvelle approche pour la filière
Quand tout va mal on cherche des responsables, mais chacun détient dans sa sphère de compétence une partie de la solution. Encore faut-il que les différentes parties acceptent de travailler ensemble et partagent le même objectif. La FNB de son côté n’est pas en panne de proposition, elle assume ainsi «de faire le choix de la valeur pour le troupeau allaitant» et formule une nouvelle approche pour la filière. D’abord, «la différenciation et la valorisation des produits du troupeau allaitant dans les GMS», avec à la clé une meilleure valorisation du travail de l’éleveur par la qualité. Cette orientation vers l’instauration d’un cœur de gamme bien identifié et bien défini, suppose «un réinvestissement par les éleveurs du marché», en interne comme à l’export. Ensuite, il s’agit «d’investir le marché de la restauration collective». Cet appel d’air salutaire profiterait à toute la filière. Enfin l’export, pour lequel «l’Europe va devoir se résoudre à instaurer des crédits export».
Cœur de gamme: un enjeu essentiel
D’autres éléments de contexte interfèrent et doivent être pris en compte : «l’instabilité géopolitique qui sévit en Europe comme dans le monde, la nécessité d’assurer l’autonomie alimentaire du continent européen et celle de définir un nouveau modèle agricole européen, un modèle vertueux». Autre constat, «sur le plan sociétal, il ne faut pas sous-estimer ce qui se passe, les attaques violentes marquent les esprits des consommateurs. Face à cela la meilleure réponse c’est la mise en avant de notre mode d’élevage extensif et vertueux. La responsabilité de la filière c’est aussi de le mettre en avant, c’est la seule réponse durable dans le temps pour contrer les attaques sur la production et la consommation de viande».
Alors à quel niveau agir, comment sortir du fiasco actuel, que certains attribuent à la faillite d’un système par trop productiviste ? Pour Jean-Pierre Fleury, l’avenir de l’élevage allaitant va dépendre «de la responsabilité partagée entre les trois acteurs fondamentaux que sont les politiques, la filière et les producteurs. Aux politiques, la charge d’infléchir la politique européenne, de réviser la LME en conséquence et d’adapter le plan d’urgence aux nécessités actuelles... A la filière, la charge de se remettre en question et d’assumer ses responsabilités avec l’ambition de développer l’export vers les pays tiers, à elle aussi la charge d’informer au mieux les éleveurs sur le fonctionnement et le contenu du cœur de gamme... Aux producteurs enfin, de rester attentifs aux évolutions du marché et à la gestion de leur exploitation, en limitant tout investissement autre que productif».
L’enjeu du «cœur de gamme est essentiel» insiste le président de la FNB. L’accord récemment conclu avec Système U préfigure ce qui pourrait être entrepris avec toutes les autres grandes enseignes de la distribution. «Cette nouvelle construction du prix intègre la dimension «coûts de production éleveur» pour le cœur de gamme. Cette première étape franchie avec Système U pourrait faire tâche d’huile et modifier durablement les bases de la négociation commerciale avec la grande distribution. En jeu, la création d’une nouvelle référence calée sur le prix de revient» et non plus sur les seuls classement et grille de prix. Il faut tout faire pour que «le modèle industriel réducteur ne s’impose pas définitivement demain. Le troupeau allaitant raconte une histoire en phase avec les attentes de la société, au contraire du modèle dépersonnalisé de l’industrie de la viande. Nous sommes tous conscients que la situation actuelle ne peut plus durer, le segment du cœur de gamme repositionne le travail de l’éleveur et assure une plus grande transparence dans la filière assortie d’une meilleure lisibilité des prix pour l’éleveur. Sur cette stratégie de développement d’un cœur de gamme nous avançons aussi avec Leclerc, Carrefour, Intermarché, Auchan, Lidl. Ces grandes enseignes sont en prise directe avec les consommateurs, c’est une évolution fondamentale et c’est une bonne nouvelle pour les éleveurs qui ont toujours travaillé de cette façon avec la boucherie artisanale exclusivement tournée vers l’élevage traditionnel de qualité. Nous sommes dans une logique de négociation enseigne par enseigne, rien à voir avec les engagements du 17 juin 2015».
L’Europe au pied du mur
«Le cœur de gamme c’est le parti pris de la qualité et de la visibilité et une solution à la baisse de la consommation de viande». Le sujet maintenant c’est à qui va profiter le cœur de gamme ? «Nous segmentons dans l’intérêt des éleveurs et nous mettons tout en place afin qu’ils recueillent les fruits de ce nouveau positionnement. C’est le grand rendez-vous de la transparence et l’heure de vérité pour tous».
Il n’y a pas qu’en France que le secteur allaitant est durement touché. «l’Europe est au pied du mur» confirme le président de la FNB, «car cette crise du revenu touche tous les éleveurs producteurs de viande bovine de l’Union européenne. Dans les principaux pays producteurs les prix se sont effondrés et s’affichent comme nettement inférieurs aux coûts de production». Une raison supplémentaire pour tous les acteurs - Europe, pays producteurs, professionnels et acteurs économiques - de s’entendre sur un modèle partagé qui assure la réussite de l’ensemble. A l’heure de l’Euro 2016, quand on joue trop «perso» c’est toute l’équipe qui risque de perdre en laissant du monde sur le carreau...