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Parc national

L’agriculture «victime d’une dette écologique»

Un agriculteur de Châtillon-sur-Seine évoque le dossier du parc national des Forêts de Champagne et Bourgogne sans langue de bois.
Par Aurélien Genest
L’agriculture «victime d’une dette écologique»
Vincent Renault revient notamment sur l’action de communication du 27 février à Montigny-sur-Aube.
Énervement, impatience et fatigue. C’est dans ces trois états d’esprit que Vincent Renault retrace l’évolution du projet de parc national des Forêts de Champagne et Bourgogne et sa dernière actualité datant du 27 février avec l’assemblée générale du GIP qui n’a finalement pas eu lieu. L’agriculteur de 32 ans, représentant JA21 dans ce dossier, se dit «outré» par le récent communiqué de presse du GIP : «Celui-ci a très certainement été réalisé par son président et son directeur. Les propos tenus sont inacceptables et beaucoup trop forts. On nous fait passer pour des moins que rien. Nous étions allés à Montigny dans le seul objectif de communiquer, avec de l’enrubannage et des bennes qui représentent notre seul moyen de communication dans cette affaire».

Un projet «anti-économique»
Rabâchant sans cesse leur refus de ne voir figurer la moindre terre agricole dans le cœur de parc, les agriculteurs du Châtillonnais s’étaient déplacés en nombre et dans un esprit pacifique à Montigny : «l’action est effectivement montée d’un cran à cause de la météo. Il pleuvait et tout le monde s’est regroupé devant la salle des fêtes. La porte était ouverte et les esprits ont commencé de s’échauffer par un concours de circonstances. La réunion n’a pas eu lieu mais il s’est dit vraiment n’importe quoi dans les journaux à l’issue de cette action». La réunion a finalement été reportée au 16 mars. Vincent Renault, exploitant à Marigny, hameau de Châtillon-sur-Seine, n’excluait pas une nouvelle présence agricole à ce rendez-vous programmé à Langres : «nous n’allons pas lâcher l’affaire. Ce projet est anti-économique. Où est le projet de territoire ? Il n’y en a pas, ce dossier est une dictature. Le dialogue est devenu impossible, ils ne veulent même pas entendre parler de la possibilité de volontariat pour intégrer le cœur de parc. Nous ne traitons plus qu’avec la préfecture depuis de longs mois. Les acteurs du territoire ne sont pas d’accord avec ce projet. Les agriculteurs craignent des restrictions trop fortes pour la production. Quand nous avions rencontrés Ségolène Royal au ministère en juin 2015, en présence de nos élus départementaux et le président du GIP, elle nous a dit qu il y aura des contraintes... Paroles de ministre! La vocation d’un parc national est d’ailleurs de protéger, pas de développer. Alors, que l’on ne nous raconte pas n’importe quoi. Les forestiers, pour eux, c’est encore plus compliqué car toute leur filière va être impactée entre les propriétaires, les exploitants, les transformateurs et les scieurs... Les chasseurs, pour leur part, attendent de voir la suite des évènements. Mais quand ce sera signé, il sera trop tard. Des décisions seront prises à perpétuité !»

Non au parc ?
Vincent Renault annonce un serrage de boulons dans de telles conditions : «si cela continue ainsi, nous allons aller plus loin dans nos revendications et nous opposer au parc, tout simplement. Si nous ne sommes pas écoutés, que nous sommes des menteurs, c’est ce qu’il va arriver». Vincent Renault regrette le fondement de ces problèmes : «la France a une dette vis-à-vis de l’Europe. Les zones Natura 2000, les cœurs de parcs et compagnie font partie des zones protégées. La France doit atteindre une certaine surface, c’est pour cela que nous en sommes là. Nous sommes victimes d’une dette écologique. Le projet de 2009 nous avait été vendu sans terres agricoles. Tout devait aller très vite pour être calé avant les élections de 2012. Les échéances avaient été reportées pour avril 2017. Désormais le calendrier annonce 2019». Affaire à suivre.