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Apprentissage

L’agriculture ouvre grand ses portes au handicap

En cinq ans, le nombre de contrats d’apprentissage en agriculture pour les personnes en situation de handicap a doublé en Rhône-Alpes. Véritables tremplins vers l’emploi, ils offrent de réelles opportunités, principalement dans les secteurs de l’élevage et des travaux paysagers.
Par Patricia Flochon
L’agriculture ouvre grand ses portes au handicap
Damien Merméty, éleveur laitier dans l’Ain et son apprenti Yannick Cécillon.
Les Chambres d’agriculture de Rhône-Alpes et l’Agefiph (1) ont engagé en 2014 un partenariat visant à favoriser les contrats d’apprentissage dans les entreprises agricoles pour les personnes en situation de handicap. Une action qui a porté ses fruits, puisqu’en cinq ans, le nombre de contrats signés a doublé, passant de 28 à 58.

Le secteur d’activité le plus prisé reste le paysage (50 %), devant l’élevage, le maraîchage, l’horticulture... «Pour les apprentis relevant de la Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), ces contrats sont de véritables tremplins vers l’emploi. Pour les agriculteurs employeurs, la relation avec ces salariés, très volontaires, assidus et motivés, est aussi enrichissante. Ils participent pleinement à l’épanouissement professionnel et personnel de leurs salariés, dans une relation gagnant-gagnant», souligne-t-on à l’Agefiph qui propose notamment une participation aux frais de transport, d’hébergement ou à l’achat de matériel professionnel pour l’apprenti.

L’employeur peut bénéficier d’aides à l’embauche et d’aides à l’intégration dans l’entreprise pendant les six premiers mois. Damien Merméty, producteur de lait à comté à Nurieux-Volognat dans l’Ain et son apprenti, Yannick Cécillon, témoignent de cette expérience enrichissante partagée.

L’autonomie pas à pas…
Dysphasique, Yannick présente un trouble du langage, des difficultés syntaxiques. Il a du mal à exprimer ce qu’il ressent.

Depuis tout jeune il est attiré par l’élevage. En 4e, il a effectué un stage chez un éleveur de bovins viande et l’année suivante chez un éleveur de veaux de lait, un maraîcher, et chez Damien Merméty. Apprenti en CAP Métiers de l’agriculture depuis septembre 2018 pour deux ans chez ce dernier, il vit pleinement sa formation : «Je suis content de ma formation par alternance. J’apprécie le travail sur l’exploitation. Au CFPPA je me suis fait des camarades. Pour m’aider au niveau scolaire, je suis dispensé des cours d’anglais. À la place, ma référente handicap m’apporte un soutien en mathématique, français et expression orale». Il explique comment il a réussi à s’adapter aux missions qui lui ont été confiées sur la ferme et ses projets pour l’avenir : «J’arrive à faire des travaux seul, (aller chercher les animaux, clôturer les parcs, rentrer le bois, nettoyer la stabulation…) J’essaie de bien écouter les consignes de mon employeur et je les note dans un carnet pour ne pas oublier les tâches. Je referai certainement une année de CAP pour compléter, avec des vaches ou des céréales».

Des aménagements nécessaires
Expérience concluante également pour le maître d’apprentissage, Damien Merméty : «Nous avons effectué une semaine d’essai en mai 2018 qui fut positive, bien que la transmission d’informations soit difficile et que le niveau technique de Yannick était celui d’un débutant». Après un aménagement du planning de travail et la mise en place d’un accompagnement très fin du jeune pendant les huit premiers mois, Yannick a finalement pris ses marques. Bilan positif toutefois nuancé: «La difficulté principale a été de savoir quel niveau d’exigence mettre en place et de déplacer ensuite le curseur en fonction des progrès. J’ai perdu beaucoup de temps au début mais à présent le travail de Yannick soulage quelque peu l’astreinte quotidienne», ajoute l’éleveur. Quant à renouveler l’expérience? : «Pourquoi pas, mais pas dans les conditions de formation actuelles. Le programme ne correspond pas à ce que l’on peut attendre d’un élève de CAP, à savoir connaître le vocabulaire technique employé dans l’entreprise, observer le troupeau et exécuter des tâches simples et répétitives».
Depuis janvier, l’apprentissage n’est plus géré par les chambres consulaires mais par les Opérateurs de compétences (Opco).

(1) Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées.