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vitiforesterie

L’ABC Davayé teste l’agroforesterie grandeur nature

L’Agro Bio Campus de Davayé a procédé vendredi 22 mai à l’inauguration d’une parcelle expérimentale en agroforesterie. Une réalisation qui s’intègre dans le plan Vitaf.

Par David Bessenay
L’ABC Davayé teste l’agroforesterie grandeur nature
David Bessenay
La parcelle des Thorins, sur un sol typique du Mâconnais (argile limono sableux fortement calcaire) est composée de 2 500 plants de chardonnay.

Cheville ouvrière du projet, Patrick Le Nadan ne cachait pas son émotion au moment d’inaugurer officiellement la parcelle dite des Thorins, plantée sans succès en 2024 à cause des conditions climatiques puis replantée pour de bon, mais sur la moitié de la parcelle de 0,8 ha, en 2025.

Positionnée en contrebas de l’établissement, elle accueille du chardonnay, sur un porte-greffe résistant à la sécheresse, mais avec la particularité d’être composée d’une dizaine d’arbres d’essences variées (érable, charme, tilleul, mûrier blanc, pommier, prunier, cognassier, sorbier, cormier) au cœur de la vigne.

« On a planté le 30 avril, j’ai ensuite arrosé, traité mais depuis septembre 2025, ce sont bien les apprenants qui cultivent la parcelle. Ils ont palissé, pioché… C’est important pour nous de les intégrer à cette parcelle d’essai », insiste l’enseignant.

Capteurs et microvinifications

L’objectif, d’un point de vue scientifique, sera de mesurer l’impact de la présence d’arbres au cœur de la parcelle. Ainsi des capteurs ont été positionnés pour relever le taux d’humidité et la température. Par ailleurs, les ceps autour des arbres feront l’objet d’une étude minutieuse (et de comparaison avec des zones témoins éloignées des arbres) : suivi des stades phénologiques, stress hydrique, présence d’azote, volume de récolte, degré, acidité… Ils feront ensuite l’objet de vinifications séparées.

Autant d’éléments qui fourniront de précieuses données à la filière viticole en quête de solutions face au réchauffement climatique. En effet, aucune étude ni donnée n’existe aujourd’hui en vignobles septentrionaux et vignes étroites et l’incidence de l’arbre est peu connue sur les exploitations viticoles régionales sur les plans agronomiques et économiques.

Haies champêtres

Autour de la vigne les apprenants ont aussi planté plusieurs haies champêtres de 40 et 110 mètres avec des essences multiples, futurs réservoirs à biodiversité et sources de fraîcheur.

Ce projet enthousiasme le nouveau directeur de l’ABC Davayé, Ghislain Favergeat, qui insiste sur le fait que l’expérimentation et l’innovation faisaient partie des missions intégrantes de l’enseignement agricole.

Le volet pédagogique et transfert de connaissances, baptisé “Du cep à la bouteille”, est l’un des piliers du projet Vitaf. Il permet, grâce à une décharge horaire d’assurer la coordination entre les équipes pédagogiques, les apprenants et les partenaires tout en garantissant l’intégration du projet dans les formations.

Pour autant, l’exploitation du lycée des Poncétys étant un domaine comme les autres, le but final sera bien de produire et de commercialiser cette cuvée de Saint-Veran bio. Première récolte prévue en 2027 !

Quant à l’autre moitié de la parcelle, elle sera sans doute l’occasion d’une autre expérimentation d’ici deux à trois ans. Et les sujets de recherche ne manquent pas…

La genèse du projet Vitaf

La genèse du projet Vitaf
David Bessenay
L’objectif du projet Vitaf est de créer une dynamique agroforestière dans les vignobles de Bourgogne-Franche-Comté de manière plus générale afin de limiter les effets du dérèglement climatique sur le vignoble.

C’est en 2020 dans le cadre des ateliers des territoires portés par le PETR Mâconnais Sud Bourgogne qu’une réflexion sur l’adaptation au changement climatique a été menée et l’introduction d’arbres dans le vignoble a fait consensus.

Deux ans plus tard, grâce au partenariat européen pour l’innovation (PEI) et au soutien de la Région BFC, le projet Vitaf est entré en phase d’émergence, porté par l’établissement de Davayé, le Vinipôle, l’Union des producteurs de vins de Mâcon, le cru Saint-Veran, la CAVB et le syndicat des bourgognes.

Le partenariat très serré avec la profession est incontestablement le point fort de la démarche. Kevin Tessieux, ex-président du cru et actuel maire de Davayé, a remercié chaleureusement l’établissement « de prendre le risque d’innover ».

L’ancien directeur de l’ABC Davayé, Jean-Philippe Lachaize, de retour pour l’événement, s’est félicité de voir travailler ensemble deux cursus distincts : les BTS viti-œno et les GPN (Gestion protection de la nature).

Luc Chevallier, président du lycée a eu un mot envers les élèves particulièrement impliqués, qu’il a qualifié de véritable « pépinière » de la viticulture de demain. Au nom des élèves justement, Corentin Blanco (BTS viti-œno) a exprimé sa fierté d’œuvrer pour un projet « porteur d’espérance pour l’avenir ».

À noter qu’une autre parcelle d’essai en agroforesterie, suivie par la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire, a été implantée à Lugny, toujours dans le cadre de ce projet Vitaf.