Vendanges terminées dans le Châtillonnais
Des sécateurs en action dès le 19 août et déjà rangés avant même l'arrivée de septembre : du jamais-vu dans le Châtillonnais. La chaleur et la sécheresse ont précipité les vendanges, dans un millésime marqué par le gel et des rendements en berne, mais qui pourrait réserver de bonnes surprises côté qualité.
La récolte des raisins est précoce partout en France. Les vagues de chaleur et la sécheresse ont accéléré la maturation des fruits. Fabien Guilleman, à Marcenay, a « attaqué » dès le 19 août, ce qui n'était jamais arrivé dans son domaine. Une entrevue avec lui le lendemain nous a permis de recueillir ses premières impressions. « Nous avons coupé un hectare de chardonnay hier avec seulement quatre tonnes de raisins au compteur. C'est un volume très décevant. Il n'y aurait pas eu la sécheresse, je pense que nous aurions été aux alentours de six tonnes, ce qui n'aurait pas été formidable non plus. Le plus gros problème de l'année a été le gel, responsable de la majorité de ces pertes ». Celui qui est également céréalier observe un débourrement de plus en plus précoce du chardonnay. « Le delta avec le pinot noir est beaucoup plus important qu'avant. Cette année, cela a été préjudiciable. Ce cépage n'a guère aimé le gel que nous avons eu en mars ». Le pinot noir devrait, quant à lui, être beaucoup plus généreux pour le propriétaire de 4,5 ha de vignes. « J'espère sept ou huit tonnes, mais nous serons encore loin des quotas qui sont à 11,7 tonnes/ha. En volumes, ce sera une petite année, un peu comme 2025 qui avait terminé sur des baisses de 50 à 60 % ». La quantité est une chose, la qualité en est une autre, Fabien Guilleman donne maintenant son ressenti sur ce dernier critère : « quand il fait chaud, les acides ont tendance à se dégrader mais visiblement, l'acidité semble encore là, c'est un bon point. Un peu moins de maturité aurait été préférable mais c'est comme ça. Je pense que ce sera globalement positif ». L'agriculteur de 48 ans vinifie une partie de sa récolte. Ses bouteilles de crémant sont vendues quasi-intégralement en local. L'autre partie des raisins est vendue à la société Henriot Effervescence à Pothières.
Dans la foulée
La même équipe de vendangeurs qui opérait chez Fabien Guilleman avait ensuite rendez-vous à quelques pas de là, chez Christophe Gérard, à Poinçon-lès-Larrey. « Nous faisons appel au même prestataire qui nous met à disposition une vingtaine de travailleurs, c'est beaucoup plus pratique qu'avant », nous indique celui qui est également producteur de céréales. Les vendanges n'avaient pas encore commencé ce 19 août mais Christophe Gérard acceptait de nous faire part de ses prévisions. « Le chardonnay a également gelé chez moi, pour les mêmes raisons. Il n'y a malheureusement pas beaucoup de raisins. En revanche, le pinot noir est très beau, les grappes sont superbes, nous n'avions pas rogné la vigne pour limiter l'exposition au soleil et aux fortes chaleurs. Il n'y a presque pas de brûlures. Je pense que dans certaines parcelles, nous atteindrons le quota. Dans les moins bonnes, cela devrait tout de même descendre à 4 tonnes. J'espère faire une moyenne de 8 tonnes pour ces vendanges. Ce sera la troisième ou quatrième fois consécutive que je n'atteins pas les quotas ». Le Côte-d'orien exploite un peu plus de 3 ha de vignes depuis 40 ans : « mon père avait 200 brebis à l'époque et nous avions décidé de planter des vignes après avoir arrêté l'élevage ovin. Jusqu'à il y a deux ans, je vinifiais environ 50 % de la récolte. Désormais, je livre l'intégralité des raisins à la société Henriot, avec qui je travaille depuis près de 30 ans. Nous avons davantage de grandes cultures et il fallait faire des choix. Nous livrons les raisins aussitôt récoltés et nous sommes payés au poids ».
Christophe Gérard termine cette rencontre en faisant la promotion du crémant. « À vol d'oiseau, nous ne sommes qu'à 12 km de là où est produit du champagne. S'il n'y a pas d'étiquette, vous aurez du mal à faire la différence entre ces vins effervescents. Nos produits se ressemblent beaucoup à un détail près : au lieu d'être à plus de 20 euros, nos bouteilles sont deux fois moins chères. En période de crise, acheter du crémant est d'autant plus un bon plan ! ».