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Déméter

Image, Ukraine, protéine-azote et Chine pour le Déméter 2017

Chaque année, à l'automne, sort le Déméter, une publication qui traite de stratégie en matière agricole.
Par Thierry Michel
Image, Ukraine, protéine-azote et Chine pour le Déméter 2017
( Crédit photo : Réussir/Thierry Michel ) Les Français ont une bonne image des agriculteurs. Le SIA est souvent le lieu qui permet aux uns et aux autres de se rencontrer et de dialoguer.
En 2016, le Déméter s’était penché sur la révolution numérique agricole, sur la Bretagne, le Canada, la relation homme-animal et le commerce agricole mondial. Cette année, cette publication d’économie et de stratégies agricoles placée sous la direction de Marie Roberte Bédés du Club Déméter, se penche sur des sujets très différents.
Pour ouvrir la présente édition, on découvre un article intitulé «Image des agriculteurs auprès du grand public. Persistance d’une réelle bienveillance, mais porosité au traitement médiatique de l’actualité de la profession» rédigé par Fabienne Gomant, directrice au département Opinion et stratégies d’entreprise à l’Institut français d’opinion publique (Ifop). On retiendra d’abord que malgré un contexte économique difficile pour la profession, les agriculteurs bénéficient du «soutien largement majoritaire de la part des Français». L’auteure relève même qu’il existe «un regain de confiance sur deux aspects étroitement liés : le respect de la santé des Français et de l’environnement». Cependant, la rencontre entre une «activité ancestrale» et les «contraintes de la mondialisation» est difficile. Et si les Français estiment que l’agriculture est «un pan sinistré» de l’économie nationale, les agriculteurs ne sont pas considérés «comme des assistés». Ce qui étonne le plus les Français c’est la «violence» qui a accompagné les mouvements de manifestation de la profession. Mais tout ceci n’altère pas vraiment la confiance globale que les citoyens ont par rapport aux agriculteurs. La plupart des problèmes qui touchent la profession (abattoir, viande frelatée...) ne leur sont pas attribués et ils s’en trouvent donc protégés.
Il ressort, au final, que la profession communicant assez peu sur ses pratiques, son image est parfois un peu diffuse et la perception des Français s’en trouve altérée. Ces derniers se disent partagés entre «une image globale particulièrement positive, associée à un modèle agricole traditionnel» et «l’impression d’une relative opacité des pratiques agricoles, d’un manque d’informations» du reste davantage attribué aux grandes exploitations et aux productions intensives. L’auteure note également que les «craintes du grand public ne se situent plus vraiment, aujourd’hui, dans le registre des crises sanitaires, mais plutôt dans celui de la qualité des produits». L’Ifop, qui a organisé une conférence citoyens en 2015, a constaté enfin que le grand public était en demande d’information avec des souhaits très précis sur le sujet : provenance du produit, émission totale des gaz à effet de serre nécessaires à sa production, système de production... Ce même grand public désire des spots télévisés par les pouvoirs publics pour diffuser ce genre d’information.

Ukraine
Deuxième article de cette nouvelle édition, «Ukraine - Union européenne (UE), qu’attendre pour l’agriculture de l’accord de libre-échange ?» écrit par Jean-Jacques Hervé, membre du comité de direction et conseiller du président chez Crédit agricole Bank. Quelques illustrations situent d’abord la problématique agricole ukrainienne (répartition des terres, grandes productions végétales, productions de viandes, structures des entreprises agricoles, collecte en fonction des types d’exploitations et production laitière et du troupeau bovin laitier). Un accord de libre-échange a été ratifié entre l’Ukraine et l’UE le 16 septembre 2014, accord entré en vigueur au 1er janvier 2016. Pour l’heure, il n’est pas établi, selon les opinions des différents experts sur ce sujet, si cet accord est basé sur un équilibre bénéficiant aux deux parties ou s’il s’agit d’un «marché de dupes», selon l’auteur. L’article ne manque pas non plus de rappeler que le pays évolue depuis l’automne 2013 sur fond de crise avec son immense voisin la Russie.
Après avoir évoqué le développement et les perspectives pour les exportations de céréales de la Mer noire et l’évolution des structures de production, l’article aborde les enjeux agricoles de l’accord de libre-échange entre les deux blocs. Pour l’auteur, les potentiels d’exportation de l’Ukraine vers l’UE paraissent assez limités par rapport à leurs volumes actuels, déjà élevés dans certaines productions. Si opportunités il y a, elles existent plus du côté des filières miel, fibres textiles ou produits de pisciculture. De même, il n’apparaît pas que l’UE puisse massivement exporter plus vers l’Ukraine.
Dès lors, quelles peuvent être les perspectives pour un tel accord ? Plutôt que dans les échanges entre les deux parties, l’auteur semble plus croire à des potentiels si l’on additionne les capacités de l’une et de l’autre.
Il rappelle, par exemple, que UE +Ukraine = 1er producteur mondial de blé, «capable de rivaliser avec l’Amérique du Nord pour la production de maïs et surtout d’oléo-protéagineux». En revanche, l’Ukraine pourrait se révéler un très sérieux concurrent de l’UE dans le domaine de la production de protéines animales. Pour l’auteur, si le bilan de cet accord, en matière agricole, est bien maigre, on peut encore «discuter au fond».

Protéine et azote
Protéines et azote sont donc les sujets du deuxième dossier de l’ouvrage. Partant du constat que «les protéines sont des composantes uniques et indispensables de notre alimentation. Consommées et métabolisées en quantité importante, elles constituent la seule source possible pour fournir des acides aminés au corps humain», les auteurs commencent par associer protéines et azote pour analyser conjointement la performance économique et la performance environnementale avant de passer en revue les crises et les plans pour accroître l’autonomie protéique. Le dossier se poursuit ensuite avec une étude de la demande mondiale de protéines pour l’alimentation humaine et du marché mondial des protéines végétales. On enchaîne avec un sujet sur les ressources protéiques végétales utilisées en France pour nourrir les hommes et les animaux et avec les systèmes de culture métropolitains. Un point est ensuite fait sur les besoins alimentaires en protéines et les besoins spécifiques de certaines catégories de population. Trois autres textes complètent ce dossier fourni de 120 pages : l’élevage contribue à la production durable de protéines ; Et si la France passait au régime «bio, local et demitarien»? (où il est question de sobriété alimentaire et d’autonomie protéique et azotée pour l’agriculture et l’élevage); Perspectives pour des systèmes protéiques et azotés durables.

Comme chaque année, le Déméter 2017 ne faillit pas à la tradition en se terminant par cinquante pages de chiffres complets les plus récents de l’agriculture mondiale et européenne.

Nourrir 1,4 milliard de Chinois

C'est le deuxième dossier du Déméter 2017. L'article est sous-titré "Un défi agricole, économique et géopolitique d'abord pour la Chine, mais aussi le reste de la planète".
C'est Jean Marc Chaumet, agroéconomiste à l'Institut de l'élevage, qui ouvre le dossier sur cette thématique de nourrir les 1,4 milliard de Chinois, avec une question fondamentale pour démarrer : "La dépendance alimentaire chinoise va-t-elle s'accroître et devenir le talon d'Achille de l'Empire du Milieu ?" alors même que le pays s'est hissé au deuxième rang des puissances économiques et que son PIB pourrait dépasser celui des États-Unis en 2030. Les fragilités ne manquent pas dans ce colosse au pied d'argile : économie, finance, social, démographie politique sont autant de points d'interrogation vus de l'extérieur. Le pays doit aussi se poser la question d'une stratégie alimentaire : autosuffisance ou ouverture pour importer. D'autres grandes questions se posent : comment maintenir une main-d'oeuvre agricole importante et comment maintenir un potentiel de terres suffisant ; comment concilier volumes de production importants et qualité des aliments tout en respectant certaines règles environnementales. En toile de fond, quelle peut être l'évolution du régime politique du pays où libéralisme et économie planifiée s'entrechoquent sans cesse. Certaines clés sont importantes pour comprendre la problématique chinoise. D'abord, il faut assimiler le fait que la transition entre consommation alimentaire fondée sur le végétal vers une consommation de produits animaux est rapide. Ensuite, le dogme de l'autosuffisance évolue vers la reconnaissance de la nécessité d'importer.
Côté filières, le secteur porcin évolue entre restructuration accélérée et consolidation avec des questions autour de l'environnement, des enjeux sanitaires et de la sécurité alimentaire. Pour les volailles et l'oeuf, on assiste à une intégration des filières et à la pénétration croissante des entreprises étrangères. La restructuration de la filière lait s'opère sous la pression des importations alors que riz, blé et maïs continuent sous un régime d'autosuffisance au défi des réalités de marchés. Les huiles et protéines végétales dépendent de plus en plus des importations. Un oeil particulièrement attentif doit aussi être jeté sur une relation devenue stratégique entre le géant chinois et l'Argentine alors que pour la Chine la diversification des sources d'approvisionnement est devenue un enjeu de sécurité nationale. Enfin, un article étudie les opportunités et les risques du marché chinois pour les entreprises agroalimentaires européennes.