Point de vue
«Il faut un contrat moral et social qui engage la nation et ceux qui la nourrissent»
Polyculteur-éleveur à Humbercourt, dans la Somme, Jérôme Caillerez a écrit au Président de la République pour lui proposer un «Pacte citoyen de l’alimentation». extraits des propos recueillis par Marie-France Guilhem.
Pensez-vous que les Etats généraux de l’alimentation puissent déboucher sur quelque chose pour les agriculteurs ?
Si quelques frappes chirurgicales seront portées, au final, ces États généraux vont, à mon avis, accoucher d’une souris. Pour nos exploitations, les décisions prises n’auront pas grande incidence. D’autant que les distributeurs jouent à celui qui sera le plus vertueux alors que, dans le même temps, ils bradent les produits laitiers dans leurs magasins bien que ce soit interdit par la loi Sapin. (...) Par ailleurs, je suis un peu déçu de l’attitude de Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA. Je m’attendais à ce qu’elle fonce dans le tas pour que tout soit remis à plat et qu’elle remette en cause l’hégémonie de la grande distribution. Rien de tel ne se produit. Ce que j’attends d’elle, c’est qu’elle incite à l’abrogation de la Loi de modernisation de l’économie (LME) et qu’une nouvelle loi soit portée sur les fonts baptismaux, qui pourrait s’appeler le Pacte citoyen de l’alimentation.
Un pacte citoyen de l’alimentation, c’est justement ce que vous avez décidé de défendre. De quoi se compose ce Pacte citoyen de l’alimentation ?
C’est d’abord un contrat moral. L’idée est de faire table rase du passé car, aujourd’hui, nous sommes pris entre le marteau des marchés et l’enclume de la grande distribution. Il faut que les paysans puissent partout vivre dignement de leur travail. Pour ce faire, la transparence sur les marges et la fixation d’un prix décent payé aux producteurs doivent être imposées. Et pour qu’il en soit ainsi, il faut donner plus de moyens à la répression des fraudes et à l’Observatoire des prix et des marges des produits alimentaires. Pourquoi ne pas, d’ailleurs, coupler ces deux organismes de telle sorte à avoir toutes les données au même endroit, et leur permettre ainsi d’être plus efficaces dans leurs missions ? Par ailleurs, depuis le temps que tout le monde parle de la répartition de la valeur ajoutée, rien ne s’est passé. Il faut vraiment travailler en filière et convenir de seuils de vente à perte, de coefficients multiples, etc. En fait, il faudrait anticiper les volumes. Nous sommes loin du compte. Dans ce pacte, on doit aussi s’engager à préserver l’environnement et la biodiversité. En d’autres termes, il faudra évoluer vers une agriculture plus vertueuse et moins dépendante de la chimie. Mais, pour ce faire, des mesures d’accompagnement seront nécessaires. En termes de financement, la taxe carbone pourrait revenir dans le giron de l’agriculture, par exemple. Au-delà de l’agriculture, de son fonctionnement et de ses évolutions nécessaires, le Pacte citoyen de l’alimentation englobe aussi la santé à travers l’alimentation, l’approvisionnement des cantines en produits locaux, les traditions culinaires et, derrière tout cela, un art de vivre à la française. Ce que je veux, c’est que les citoyens consommateurs s’emparent de la décision et ne se laissent pas dicter leurs choix alimentaires par la grande distribution. Je leur demande donc de saisir leurs députés pour que ce pacte soit défendu par ces derniers et qu’il fasse l’objet d’un projet de loi. L’alimentation n’est pas juste une activité économique, c’est un enjeu de société, un bien culturel précieux, toutes nos traditions culinaires et le vivre ensemble. Si nous n’avons plus cela, comment transmettra-t-on demain nos valeurs ? C’est une question cruciale. Enfin, je dis aussi qu’il faut veiller à la souveraineté alimentaire de notre nation. Le général de Gaulle disait qu’une nation n’est grande que si elle arrive à se nourrir. Ce n’est plus le cas de la France aujourd’hui. Il y a donc péril en la demeure.
Si quelques frappes chirurgicales seront portées, au final, ces États généraux vont, à mon avis, accoucher d’une souris. Pour nos exploitations, les décisions prises n’auront pas grande incidence. D’autant que les distributeurs jouent à celui qui sera le plus vertueux alors que, dans le même temps, ils bradent les produits laitiers dans leurs magasins bien que ce soit interdit par la loi Sapin. (...) Par ailleurs, je suis un peu déçu de l’attitude de Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA. Je m’attendais à ce qu’elle fonce dans le tas pour que tout soit remis à plat et qu’elle remette en cause l’hégémonie de la grande distribution. Rien de tel ne se produit. Ce que j’attends d’elle, c’est qu’elle incite à l’abrogation de la Loi de modernisation de l’économie (LME) et qu’une nouvelle loi soit portée sur les fonts baptismaux, qui pourrait s’appeler le Pacte citoyen de l’alimentation.
Un pacte citoyen de l’alimentation, c’est justement ce que vous avez décidé de défendre. De quoi se compose ce Pacte citoyen de l’alimentation ?
C’est d’abord un contrat moral. L’idée est de faire table rase du passé car, aujourd’hui, nous sommes pris entre le marteau des marchés et l’enclume de la grande distribution. Il faut que les paysans puissent partout vivre dignement de leur travail. Pour ce faire, la transparence sur les marges et la fixation d’un prix décent payé aux producteurs doivent être imposées. Et pour qu’il en soit ainsi, il faut donner plus de moyens à la répression des fraudes et à l’Observatoire des prix et des marges des produits alimentaires. Pourquoi ne pas, d’ailleurs, coupler ces deux organismes de telle sorte à avoir toutes les données au même endroit, et leur permettre ainsi d’être plus efficaces dans leurs missions ? Par ailleurs, depuis le temps que tout le monde parle de la répartition de la valeur ajoutée, rien ne s’est passé. Il faut vraiment travailler en filière et convenir de seuils de vente à perte, de coefficients multiples, etc. En fait, il faudrait anticiper les volumes. Nous sommes loin du compte. Dans ce pacte, on doit aussi s’engager à préserver l’environnement et la biodiversité. En d’autres termes, il faudra évoluer vers une agriculture plus vertueuse et moins dépendante de la chimie. Mais, pour ce faire, des mesures d’accompagnement seront nécessaires. En termes de financement, la taxe carbone pourrait revenir dans le giron de l’agriculture, par exemple. Au-delà de l’agriculture, de son fonctionnement et de ses évolutions nécessaires, le Pacte citoyen de l’alimentation englobe aussi la santé à travers l’alimentation, l’approvisionnement des cantines en produits locaux, les traditions culinaires et, derrière tout cela, un art de vivre à la française. Ce que je veux, c’est que les citoyens consommateurs s’emparent de la décision et ne se laissent pas dicter leurs choix alimentaires par la grande distribution. Je leur demande donc de saisir leurs députés pour que ce pacte soit défendu par ces derniers et qu’il fasse l’objet d’un projet de loi. L’alimentation n’est pas juste une activité économique, c’est un enjeu de société, un bien culturel précieux, toutes nos traditions culinaires et le vivre ensemble. Si nous n’avons plus cela, comment transmettra-t-on demain nos valeurs ? C’est une question cruciale. Enfin, je dis aussi qu’il faut veiller à la souveraineté alimentaire de notre nation. Le général de Gaulle disait qu’une nation n’est grande que si elle arrive à se nourrir. Ce n’est plus le cas de la France aujourd’hui. Il y a donc péril en la demeure.