Accès au contenu
Olivier Allain, coordinateur des États généraux de l'alimentation

Il faut remettre en position de force le maillon faible !

Ancien président de la FDSEA, puis de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor, Olivier Allain a été chargé par Emmanuel Macron de son programme agricole. Aujourd'hui promu coordonnateur national des États généraux de l'alimentation, il dresse les grandes priorités de son tout nouveau mandat.
Par Jean Dubé, Terra
Il faut remettre en position de force le maillon faible !
Olivier Allain a été nommé coordonnateur des États généraux de l'alimentation par le président de la République
- Vous avez été nommé coordonnateur national des États généraux en quoi consiste cette fonction ?
Mon rôle sera notamment de faire le lien entre les 14 ateliers. Le président de la République a souhaité que l'on mette du pragmatisme dans ces travaux. Les États généraux seront réussis si les ateliers 5 et 7 sur la création et le partage de la valeur sont réussis. La priorité des priorités est de mettre en avant et de renforcer le pouvoir des producteurs.

- La question de la valeur ajoutée et du revenu est constamment mise en avant. Quelles sont les marges de manœuvre réelles ?
La LME a été très efficace. Pour illustrer, je veux juste mettre en avant deux chiffres : ceux des prix agricoles tout d'abord. Ce sont souvent les mêmes aujourd'hui qu'il y a 30 ans. Le maillon production est le maillon faible mais il en existe un second : celui de la transformation. La marge a baissé de 5 % chez les industriels de la transformation, quand elle a augmenté de 2 % chez les manufacturiers, en l'espace d'une décennie, soit donc depuis la LME. Dans le domaine alimentaire, la LME a donc atteint ses objectifs, malheureusement contraires aux intérêts des agriculteurs, à savoir maintenir des prix très bas chez le producteur et au consommateur, et écraser les marges pour les agriculteurs et la transformation.

- Justement le fait que Serge Papin, Président de Système U, préside le groupe « Rendre les prix d'achat des produits agricoles plus rémunérateurs » a fait naître beaucoup d'interrogations. Les comprenez-vous ?
Je pense très sincèrement que c'est exactement le contraire. C'est bien dans l'état d'esprit d'Emmanuel Macron de casser les codes. Quelqu'un qui est au coeur du problème, qui est le "responsable" du problème, on pense qu'il a la solution. Le problème vient de la distribution, la solution doit venir d'eux aussi ! Mon rôle sera de respecter l'équilibre des forces en présence. Mais nous avons une mission bien claire sur les prix : faire en sorte que le pouvoir législatif renforce le maillon très faible.

- Comment concrètement ?
Certains ateliers se sont déjà réunis au moins une première fois. Le constat est unanime : les prix agricoles payés aux agriculteurs sont beaucoup trop bas. Cela ne peut plus durer. Le monde agricole n'a jamais eu autant la possibilité de faire bouger le véhicule législatif, pour que ce ne soit plus le cas. Nous sommes en attente de propositions concrètes sur le seuil de revente à perte..., tout ce qui pourrait faire que l'on crée de la valeur, qu'on la partage et qu'on la ramène du côté de l'amont.

- Des conférences régionales ont été créées. À quoi sert cet échelon ?
Il y aura effectivement des contributions régionales mais aussi des contributions en ligne. La région du grand ouest est très concernée par exemple par le marché export en matière d'élevage. Qu'elle puisse avoir une réflexion en rassemblant large, qu'elle soit porteuse de propositions en matière législative sera très utile. Cela viendra s'ajouter ou affiner les discussions nationales. Je vais aussi rassembler toutes les filières pour les écouter, écouter les industriels, les différentes organisations syndicales, afin que tous ceux qui ne sont pas représentés dans ces ateliers puissent donner leur vision et puissent faire des propositions. Mettre tout le monde autour de la table ne s'est jamais fait. Il y a de l'expression, et aujourd'hui il y a unanimité sur le constat.

- Nicolas Hulot était présent à Rennes la semaine dernière. Il a beaucoup mis en avant la bio la vente directe.
Oui on peut concilier ces différentes formes d'agriculture, la question sera où mettre le curseur. Il y a aujourd'hui déjà un encouragement à l'agriculture biologique par exemple sur les MAE, on travaille au niveau des collectivités sur un renforcement de la demande des acheteurs publics en produits agro bio et ou locaux, pour que les produits d'un territoire puissent être consommés dans ce territoire. Les deux systèmes sont donc compatibles. L'encouragement sur la bio et les circuits de proximité existe déjà aujourd'hui par exemple en Bretagne avec Breiz Alim avec les chambres d'agriculture. L'ensemble du monde agricole est favorable à cela. Il s'agit de mettre plus en phase les acheteurs locaux, alors que jusqu'à aujourd'hui c'est la politique de prix et les prix bas qui ont prévalu, au détriment du local ou de l'environnemental.
Je voudrais juste ajouter un point : quand un ministre prend une décision sur la fiscalité, elle est applicable dès le lendemain, et elle peut être évaluée. Dans le cas présent, les décisions qui seront prises vont avoir un rôle à jouer dans les négociations dès cet automne, mais aussi sur le moyen ou le long terme. On sait bien que les outils les plus efficaces seraient les régulations européennes de marchés. À défaut, on ne peut pas renvoyer les décisions aux calendes grecques. En attendant il faut remettre en position de force le maillon faible.

Les coulisses des ateliers des États généraux de l'alimentation

Certains ateliers des États généraux de l'alimentation (EGA) sont déjà à mi-parcours. Les professionnels rapportent que les positions y sont parfois bien campées. Pour autant, certains constats sont partagés, et le dialogue s'instaure progressivement, et même au-delà des réunions d'ateliers. Le ministère demande maintenant des propositions pour faire avancer les dossiers.
Les témoignages recueillis indiquent aussi l'importance des rendez-vous non-inscrits au programme des EGA. Paul Auffray, président de la FNP explique que ce n'est pas un secret : « Il y a des discussions à l'extérieur des ateliers, des réunions de travail non officielles. »
Les propositions arrivent aux oreilles des pouvoirs aussi par d'autres voies que celles des ateliers en cours. Paul Auffray raconte : « Au Space, un député de la majorité m'a demandé une liste de trois - quatre propositions prioritaires. Il m'a dit qu'il essaiera de les faire remonter à l'Élysée. » Mathilde Théry, experte alimentation durable chez FNH (Fondation pour la nature et l'homme) aussi est convaincue que les réunions hors cadre des ateliers sont fondamentales. « Nous avons demandé un rendez-vous avec la FNSEA, les Jeunes agriculteurs... la Confédération paysanne... nous avons un accord e principe, mais pas de date », développe-t-elle.
À la fin, il faudra trancher. « Je n'ai pas le sentiment que les choses sont écrites d'avance », considère Michel Prugue, président de Coop de France. Au Space, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert a voulu réaffirmer que « l'État saura prendre sa part du travail, notamment en légiférant u en réglementant si c'est nécessaire. »