Heureusement, il y a les vaches
Un exploitant en Côte-d'Or, gérant d'une entreprise de travaux agricoles, évoque les conséquences de la guerre au Moyen-Orient.
Lundi 23 mars, beaucoup de tracteurs de l'Auxois-Morvan évoluaient dans les blés pour assurer le deuxième apport d'azote. Nous décidons d'aller discuter quelques instants avec l'un de ces hommes (ou femmes) au volant. Nous tombons sur Sébastien Ledoux, agriculteur sur la commune d'Allerey, petit village entre Arnay-le-Duc, Liernais et Pouilly-en-Auxois. Nous évoquons d'emblée le plein de notre voiture, réalisé quelques minutes plus tôt au prix déprimant de 2,158 euros/litre. Qu'en est-il dans le monde agricole ? « Ne m'en parlez pas ! Dès l'annonce de la guerre au Moyen-Orient, à la radio au petit matin, j'ai tout de suite pensé aux répercussions que nous allions avoir avec, en ligne de mire, une forte hausse de nos coûts de production… », confie Sébastien Ledoux. Trois semaines après le début du conflit, celui-ci était encore très inquiet, à double titre : pour sa propre ferme et mais aussi pour l'ETA qu'il gère avec des travaux de broyage et surtout, les moissons estivales.
Ça coûte cher
Le Côte-d'Orien a rempli toutes ses réserves de GNR, mais il en manquera beaucoup pour aller au bout de la saison : « je me suis dépêché de faire le plein peu après le début de la guerre, mais mes cuves étaient déjà presque pleines. J'en suis à 9 000 litres achetés à un prix relativement correct, mais il m'en faudra 12 000 autres pour l'ETA en 2026. Pour la ferme, il m'en faudra au moins autant… Je n'ai pas les chiffres précis en tête mais au moment où je vous parle, le GNR doit être à 1,40 euro, alors qu'il était à 0,80 il n'y a pas si longtemps. Nous ne sommes pas loin du double, alors que les travaux dans les champs se multiplient ». Les futures moissons chez ses presque 40 clients de l'Auxois-Morvan le « travaillent » énormément : « si rien ne bouge favorablement, il y a de fortes chances que les tarifs évoluent, on ne pourra pas faire autrement… Je pense que les clients le comprendront, ils savent comment ça marche, nous sommes tous sur le même bateau… ».
Les inquiétudes continuent
Sébastien Ledoux redoute également l'envolée du prix des engrais, dont la prochaine commande est programmée dans trois mois, pour les besoins de 2027 : « en juin dernier, la note était de 475 euros la tonne. Ce tarif étant basé sur le prix du pétrole et du gaz, automatiquement, ça va flamber. L'ammonitrate est d'ailleurs aujourd'hui à 570 euros. J'achetais jusqu'à présent à prix ferme, je crains ne pas pouvoir acheter ainsi la prochaine fois car les fournisseurs ne pourront peut-être pas assurer un tarif. Souhaitons que les prix des céréales évoluent favorablement, et qu'ils couvrent au moins cette hausse du prix des engrais. J'ai vendu la moitié de mon blé juste avant le début de la guerre à 156 euros/tonne, nous sommes loin du compte ». À cette problématique du prix des engrais pourrait s'ajouter une autre complication : la disponibilité des produits : « heureusement, les derniers échos que j'ai eus dans ce domaine sont assez rassurants ». Sébastien Ledoux élève 19 000 poulets dans un bâtiment consommateur de gaz : « ce sera une surprise là aussi. Le prochain plein est programmé dans quelques jours seulement. Normalement, les tarifs n'évoluent pas, mais dans ce cas de figure, on peut tout s'imaginer… ».
Bien, les bovins
L'habitant du hameau d'Huilly salue la très bonne tenue des cours de la viande, qui permet à nombre de ses clients et à lui-même de dresser une conjoncture encore favorable : « nous sommes dans une zone d'élevage, seulement 50 % des céréales de ma clientèle sont vendues. Le reste est dédié à l'alimentation du bétail. Malgré toutes ces péripéties, le moral est là, les bêtes remontent largement la donne en ce moment. Personnellement, mes derniers broutards sont partis à 5,85 euros/kg, pour 420 kg payables, c'est très encourageant. Attention toutefois aux conséquences sur le coût des transports : les exportateurs vont avoir des tarifs revus à la hausse… ».