Limiter l'usage de produits phytosanitaires
Mardi 12 mai, la Chambre d'agriculture de l'Yonne, conjointement avec Eau de Paris, organisait une matinée dédiée à la lutte anti-limaces. C'est par la présence de la société De Sangosse que les participants ont pu voir de nouveaux outils capables de restreindre l'utilisation de produits phytosanitaires.
C'est à dix heures que les participants se rassemblent sur la parcelle de Daniel Desmartins, céréalier en agriculture de conservation des sols (ACS) à Bazoches-sur-le-Betz pour échanger sur la lutte anti-limaces. C'est en 2011 que Daniel Desmartins s'installe dans ce village du Loiret sur cette exploitation de 130 hectares et fait rapidement face « à la pression des limaces sur ces cultures, sauf que sa volonté est de réduire l'indicateur de fréquence de traitements phytosanitaires (IFT) ». En parallèle, au cours de la même année, il s'engage auprès d'Eau de Paris, dans une démarche de réduction des intrants, intitulée « paiements pour services environnementaux ». Malgré ces démarches, le céréalier constate « une pression limaces en augmentation. J'ai voulu cultiver du tournesol, cette année. J'ai essayé, mais entre les pigeons et les limaces, ma culture a été dévastée. Je ne compte pas en refaire pour le moment », confie-t-il. Tout comme Daniel Desmartins, de nombreux agriculteurs font face à « une pression importante des limaces en France ». À cette occasion, Thomas Guillot, de la société De Sangosse, est venu mettre en avant des méthodes alternatives. La lutte alternative comprend « l'ensemble des moyens non chimiques à mettre en œuvre pour réduire les populations de limaces : la lutte mécanique, la lutte agronomique et la lutte biologique ». En ce qui concerne la lutte mécanique, « elle peut être réalisée par le labour, le déchaumage ou encore le roulage ». À travers ces trois actions, l'objectif est de bouleverser le milieu de vie des limaces, de réduire les populations d'adultes et de bloquer les limaces dans le sol. Pour ce qui est de la lutte agronomique, Thomas Guillot conseille de s'adapter à la présence des insectes en « adoptant une rotation des cultures, en adaptant les dates de semis et en favorisant les conditions d'implantation pour permettre une levée rapide ». En dernier point, la lutte biologique met bien évidemment en avant, « la faune auxiliaire bénéfique aux cultures ».
Connaître les prédateurs
Avant d'aller sur le terrain pour présenter ses outils, Thomas Guillot revient sur les limaces et les deux espèces présentes dans les sols : la limace grise et la limace noire. « Ne vous trompez pas, ce sont deux espèces bien distinctes, notamment par leur capacité de déplacement : la limace noire (1-2 mètres dans la nuit) est plus lente que la grise (5-6 mètres dans la nuit) », inscrit-il au panneau. Effectivement, « la limace grise est donc plus visible sur vos sols et peut avoir plus d'impact, cependant il ne faut pas là sous estimer ». Et aujourd'hui, « on sait que près de trois agriculteurs sur dix font des interventions systématiques sur leurs parcelles, ce qui peut avoir un impact sur les sols et sur l'eau », souligne-t-il. Face à ce constat, la société De Sangosse propose trois solutions : le piégeage, Limacapt et l'épandeur à engrais. Validé par l'Inrae, le piégeage couvre un quart du mètre carré au sein d'une parcelle et a pour objectif de « piéger les limaces dans les sacs, lorsqu'elles cherchent à se réfugier », débute-t-il. La nouveauté de cette année reste « Limacapt », un outil ayant la capacité d'évaluer le risque et la pression à un endroit de la parcelle et de prendre des photos de la culture pour renseigner le stade d'évolution. « Toutefois, il est essentiel d'alimenter cet outil avec les données de pluviométrie », ajoute-t-il. Cet outil possède un certificat d'économie de produits phytosanitaires (CEPP) délivré par l'Inrae qui permet « aux céréaliers d'utiliser plus précisément et plus intelligemment les produits phytosanitaires ». Avec cet outil, les utilisateurs « ont pu déjà faire 35 % d'économie sur l'achat de produits ». En dernier point, l'épandage à engrais proposé « avec des granulés de fongicides » a pour objectif « de cibler les zones, d'éviter de positionner des produits phytosanitaires sur des zones de non-traitements ou sur des cours d'eau et de diminuer l'usage ».