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Betteraves sucrière

Jaunisse, charançon, sécheresse : trio perdant pour les betteraviers

Avec la jaunisse, le charançon et la sécheresse, l'année n'a pas gâté les producteurs de betteraves. Rencontre avec Emmanuel Simonnet, betteravier à Saint-Martin-sur-Oreuse.

Par Charlotte Sauvignac
Betteraves à sucre
Emmanuel Simonnet, betteravier à Saint-Martin-sur-Oreuse fait le point sur la culture de betteraves.

Vendredi 31 juillet, la sécheresse continue de battre son plein dans les plaines de l'Yonne. Emmanuel Simonnet, céréalier à Saint-Martin-sur-Oreuse, associé à son frère Philippe en Gaec sur 230 hectares, observe ses champs de betteraves. Comme ses collègues, il constate que ses betteraves souffrent. Cette culture-là est produite dans leur famille depuis trois générations. « Notre père et notre oncle l'ont développé, donc, lorsque l'on s'est installé avec mon frère, on a continué la production. C'est cette production qui nous a permis de nous installer à deux sur l'exploitation familiale, sur une surface assez limitée, car elle était assez rémunératrice », se souvient-il. Les deux jeunes agriculteurs ont poursuivi leur activité avec « des rendements qui progressaient régulièrement », jusqu'à l'année de référence 2017. À partir de cette année, « on a constaté une baisse régulière de rendements, passant de 100 tonnes en 2017 à 50 tonnes les deux années suivantes. Puis en 2020, on n'a produit que 19 tonnes », l'année de la jaunisse. Avant, les jeunes ne se préoccupaient pas de cette problématique, « on avait les néonicotinoïdes, on semait la betterave et ça levait impeccablement ». Face à l'accumulation de mauvaises années, les deux frères ont choisi de diminuer le quota de betteraves avec la sucrerie en passant de 1 900 tonnes à 1 200 tonnes. Ils ont également allongé les rotations de la production de betteraves dans leurs cultures en passant progressivement « de cultures revenant tous les 4 ans, à tous les cinq ans. Et aujourd'hui, la betterave ne revient que tous les six ans dans la rotation. La filière betteravière a pris un coup ».

Cette année ?

Pour la campagne 2026, les plants de betterave ont vu arriver des « pucerons à un stade juvénile de la plante, lorsqu'elle avait quatre feuilles. Vecteurs de la jaunisse, ces pucerons ont impacté une grande partie de nos plants mais les symptômes ont été stoppés par la sécheresse. Dès lors qu'il pleuvra de nouveau, les symptômes se manifesteront ». La filière a également observé l'apparition d'altises « qui viennent manger et grignoter les feuilles », ce qui nécessite l'usage de produits phytosanitaires spécifiques. Emmanuel Simonnet expliquait également, le 31 juillet dernier, que « la sécheresse impliquait des symptômes supplémentaires causés par le charançon. Il pique le pétiole et se fait sa petite galerie. La sécheresse amplifie le phénomène », témoignait-il, en coupant au couteau l'une de ses betteraves. Avec la sécheresse, la larve descend vers le collet de la betterave et crée des galeries dans la racine pour pouvoir s'alimenter. Cela crée « des portes d'entrées » pour des maladies ainsi que pour un champignon appelé rhizopus entraînant la nécrose de la betterave. « La plupart du temps, ce sont des champignons qui sont dans le sol naturellement et pour lesquels nous ne pouvons rien faire. Comme il n'y a aucun moyen de lutte contre le charançon autorisé en France, contrairement aux autres pays européens , nous sommes dans l'impasse… ». Lors de la récolte « il faudra faire attention. Ces betteraves malades risquent de contaminer les autres autour et d'aggraver la perte de rendement actuelle. Nous nous attendons à une année très compliquée ». En allongeant leurs cycles de rotation, les frères Simonnet ont souhaité limiter la présence d'autres maladies comme la cercosporiose. « Cette année, étant donné la sécheresse, les feuilles sont cramées, aucune maladie, donc pas de fongicides à ce jour alors que d'habitude nous sommes déjà à deux passages ».

La question majeure à se poser pour Emmanuel Simonnet et son frère était donc : « avec le cumul des maladies, l'impact des aléas climatiques et de nombreuses impasses techniques, est-ce que l'on continuera la betterave ? ».

Betteraves à sucre
Emmanuel Simonnet, le 31 juillet dernier, découpait des betteraves ayant été piquées par le charançon. Sur cette photo, nous pouvons voir que la larve a créé des galeries au sein de la betterave.