La transition technologique agricole, concrètement
Le Gofar Tour, événement qui met en lumière les innovations agricoles en matière de robotique, de nouvelles technologies ou de productions énergétiques, a fait étape en Côte-d'Or.
De l'intérêt, parfois du scepticisme, mais avant tout de la curiosité : telles étaient les expressions qui se lisaient sur les visages des participants à l'étape côte-d'orienne du Gofar Tour, organisée le 6 mai sur une exploitation de Flavigny-sur-Ozerain. Cet événement (qui sera également présent le 30 septembre dans la Nièvre) a pour objectif de démontrer, sur le terrain, la faisabilité de différentes innovations agricoles. Engins autonomes, robotique, recours aux drones, sont les thématiques abordées, de manière théorique mais aussi très concrète avec des démonstrations. L'étape côte-d'orienne était aussi très orientée sur l'agrivoltaïsme, l'exploitation qui accueillait l'évènement étant porteuse d'un projet dans ce domaine qui fédère quatre agriculteurs. L’adaptation des machines aux contraintes des installations photovoltaïques ainsi que l’évolution des pratiques agricoles dans ces nouveaux environnements furent donc largement abordées.
Une réflexion sur les fonctionnements
Le 6 mai, Gofar (voir encadré) s'était entouré de plusieurs partenaires : Claas Bourgogne, qui présentait notamment le robot AgXeed, le pôle Agronov, et Terapolis, société spécialisée dans le développement de solutions d'énergies renouvelables et partenaire du projet des agriculteurs précédemment cité. Ces derniers ont pu expliquer leur intérêt à s'engager dans un tel projet. Baptiste Masson est l'un des quatre agriculteurs impliqués : « le projet porte sur environ 60 ha. Personnellement, je suis engagé sur 7 ha, des terres très superficielles avec beaucoup de cailloux et donc un potentiel agronomique très réduit. Le projet est encore en cours d'instruction et se posent également les questions liées au raccordement au réseau électrique. L'intérêt est d'assurer un revenu sur une partie de nos parcelles, mais qui reste relativement limité. Cela permet aussi de s'ouvrir l'esprit à travers l'étude agricole qui est conduite. On rencontre des gens d'autres secteurs, cela nous conduit à remettre en question nos fonctionnements, cela amène de la réflexion. C'est une possibilité de faire évoluer nos fermes, nos assolements… »
« Un robot n'est pas un tracteur »
Si la robotique agricole innove, par définition, elle semble aussi avoir du mal à consolider son modèle économique. Pour Marie-Flore Doutreleau, manager du projet robotique au sein de Gofar, les choses ne sont pas si simples : « Un robot, ce n'est pas un tracteur ! On se rend compte qu'il est nécessaire d'avoir, sur ces questions, un accompagnement, encore largement inexistant aujourd'hui. Les acteurs du machinisme agricole en sont conscients : on ne vend pas un robot comme on vend un tracteur. Il faut penser à la manière dont on souhaite l'utiliser, pour faire quelles tâches… Cela implique une remise en question de l'organisation du travail. Prenez l'exemple du robot AgXeed qui fait 156 CV. Il ne va pas remplacer un tracteur de la même puissance mais plutôt un tracteur qui ferait entre 200 et 400 CV. Il a besoin de moins de puissance parce qu'il porte des outils de travail du sol de taille plus réduite. Alors, certes, le débit de chantier est moins important, mais cela est compensé par le fait qu'il peut travailler en continu, de jour comme de nuit, ce qu'un conducteur de tracteur ne pourrait pas faire… » Le robot est aussi plus léger qu'un tracteur traditionnel (8 t pour l'AgXeed) ce qui entraîne moins de tassements du terrain.
Experts digitaux
Claas Bourgogne a commercialisé son premier robot AgXeed récemment. L'entreprise distribue ces matériels en s'appuyant sur des experts en solutions digitales qui accompagnent les agriculteurs dans cette transition. Simon Lorin est l'un d'eux : « l'important, explique-t-il, c'est déjà de définir le cahier des charges avec le client. On s'assure que le matériel est adapté à son infrastructure, son exploitation, son parcellaire. Nous vendons aussi des offres de service et d'accompagnement pour la mise en place du robot sur l'exploitation (arpentage du parcellaire, création des outils dans la plateforme AgXeed, accompagnement de la mise en œuvre au champ). Le but c'est que le client soit autonome le plus rapidement possible. » Autour de la robotique, de l'agrivoltaïsme ou des drones, c'est tout un nouvel écosystème agricole qui se met ainsi en place. Lentement, mais avec de vrais arguments.
Gofar, association de promotion de la robotique agricole
Gofar est une association française créée en 2019 qui accompagne le développement de la robotique agricole en Europe. Son objectif est de fédérer l'écosystème complet de l'innovation agricole afin d'accélérer l'adoption des technologies robotiques dans les exploitations. Elle est aussi à l'origine du Forum international de la robotique agricole (Fira). « Aujourd'hui, nous avons besoin de développer la robotique au champ, précise Marie-Flore Doutreleau, manager du projet robotique au sein de Gofar, et montrer aux agriculteurs les matériels en situation. C'est pourquoi nous avons décidé d'organiser le Gofar Tour qui a commencé en février à Toulouse. Le monde agricole se questionne énormément sur ces technologies et le but de cet événement, c'est d'éclairer, de dédramatiser face aux changements d'habitudes qui se dessinent. »