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Abreuvement du bétail

Un été à pomper

Rencontre avec David Doyer, éleveur charolais à Chaudenay-la-Ville et président de la fédération des caisses locales de Groupama Côte-d'Or.

Par AG
Un été à pomper
« C'est un cap difficile à passer pour bon nombre d'exploitations », s'inquiète le Côte-d'orien.

Allons faire un petit tour du côté de la vallée de l'Ouche, dans l'une des zones les plus séchantes du département. Nous décidons de suivre une tonne à eau. Au volant, David Doyer, que nous connaissons bien, termine à l'instant sa deuxième tournée vers ses bovins. Comme tous les matins, près de 9 000 litres prélevés dans l'Ouche ont été distribués. « À ce volume s'ajoutent 2 000 autres litres venant du réseau. Les points d'eau dans les prés, il ne m'en reste plus que deux au moment où je vous parle, tous les autres ont lâché », nous informe l'agriculteur. Celui-ci semble dépité de la situation, alors qu'aucune perspective positive n'est encore en vue concernant la météo. « Il est tombé deux fois 12 mm ici mais cela n'a absolument rien changé. Clairement, c'est mon année la plus difficile depuis mon installation, il n'y a pas photo », lâche l'éleveur. Celui-ci n'est bien sûr pas le seul dans ce cas : « une donnée chiffrée illustre bien les difficultés de la Côte-d'Or. À elle seule, elle représentait 26 % des sinistres aléas climatiques déclarés et provisionnés que la caisse régionale Groupama avait reçus au 30 juin, alors que le périmètre couvre tout de même 12 départements… Ces chiffres sont en train de s’affoler sur l’ensemble du territoire de la caisse régionale, les prochains bilans réactualisés risquent d’être vertigineux. À mon avis, la période que nous sommes en train de vivre sera un cap très difficile à passer pour bon nombre de fermes. On n'imagine pas toujours ce que peut nous coûter chaque jour de sécheresse ». David Doyer cite l'eau, la main-d’œuvre, le carburant mais pas que : « les vaches souffrent énormément avec ces canicules. Pour leur faire faire un veau, il faudra les remettre en état, ce qui va nous coûter d'autant plus cher ».

De nombreuses baisses

L'affouragement fait bien entendu partie des autres dépenses. « Pour ma part, je donne, en plus de la paille, 2 kg de farine tous les jours à chaque vache. Je conserve de l'orge et je l'écrase. Cela me permet aussi d'économiser du foin pour l'hiver, pour ne pas avoir à en acheter. Aux prix actuels de l'orge et du foin, je pense que c'est un bon choix. Du moins, c'est celui que j'ai fait ! Pour la paille, je vais être juste au niveau quantité mais cela devrait passer. L'an dernier, j'avais réussi à vendre cinq camions mais cette fois, il n'y aura aucun excèdent ». À la baisse de 50 % des volumes de paille s'ajoute une diminution de 35 à 40 % des tonnages en foin. « La qualité était là, mais pas la quantité. Oui, tout est en diminution en 2026… Les moissons ? Mon rendement historique en blé est de 59 q/ha, j'ai terminé à 38 q/ha cette année. Les dégâts de gibier ? J'ai fait le choix de ne plus faire de tournesols tellement j'étais impacté. J'ai tout de même eu une parcelle de 7 ha de blé détruite à 100 % sur 4,50 ha. L'estimateur était tout autant dépité que moi… Pour ne rien arranger, les sangliers viennent jusqu'à la stabulation, il ne faut rien laisser traîner. Tout doit être barricadé sinon, ils mangent tout ! Les prix de la viande ont eux aussi baissé. Mais comment expliquer cette chute de 2 euros/kg des broutards ? On se fout vraiment de nous. Avec tous ces problèmes, le phénomène de décapitalisation ne va pas s'arrêter ».

Des leçons ?

Comme bon nombre d'éleveurs, à l'instar de Thomas Lemée (lire ici), David Doyer espère des avancées dans le domaine du stockage de l'eau. « Il faut encore y croire sinon on arrête tout… Cet été 2026 et la loi d'urgence pourront peut-être changer les choses et faire avancer les mentalités. Sans eau, il n'est possible de rien faire du tout ! Il devrait être possible de créer des retenues d'eau un peu partout, et beaucoup plus facilement ». Référent incendie pour le territoire de Pouilly-Bligny, David Doyer souligne lui aussi l'utilité qu'auraient ces réserves en cas de départs de feu.