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Fièvre catarrhale ovine

Faut-il craindre le retour de la maladie clinique ?

Après l’épizootie de 2006 à 2009 qui a vu la propagation des sérotypes 8 et 1 du virus de la F.C.O sur le continent européen et après son extinction apparente suite à plusieurs campagnes de vaccination, le sérotype 8 a fait sa réapparition au cœur de la France en septembre 2015. Les premières observations semblent montrer une extension assez lente de la circulation virale à partir d’un épicentre situé dans le Massif Central. Aujourd’hui près de 70 départements sont déclarés en zone réglementée et donc susceptibles de voir l’infection se propager à partir de la reprise d’activité des vecteurs (moucherons Culicoïdes) dès que les températures dépasseront régulièrement les 10°C.
Par FRGDS Bourgogne
Faut-il craindre le retour de la maladie clinique ?
( Crédit photo : Réussir )
En 2006, les premiers foyers se manifestaient cliniquement essentiellement sur les ovins et très peu sur les bovins. En 2007 et 2008, avec la montée de la pression virale, des symptômes sont apparus sur les bovins, pourtant réputés peu sensibles, mais qui étaient complètement naïfs sur le plan immunitaire par rapport à cette maladie qu’ils n’avaient jamais rencontrée. Dès lors on peut craindre un scénario similaire en 2016, et se pose la question de l’intérêt de la vaccination pour protéger le cheptel souche.

Des effets importants sur les ovins et très variables sur les bovins
Comme son nom l’indique, la Fièvre Catarrhale Ovine touche d’abord les moutons. Ses symptômes (fièvre, œdèmes de la face, boiteries,…) sont très marqués sur cette espèce, et des mortalités sont fréquemment observées. Ce qui a surtout marqué les esprits avec la découverte de cette maladie c’est son impact sur la reproduction avec son effet sur la fertilité des mâles et l’augmentation des avortements, des naissances prématurées et surtout des malformations congénitales touchant les articulations (ovins) et le système neurologique (voir tableau 1 des effets selon le stade de gestation chez les bovins). Les statistiques des naissances bovines dans la Nièvre de 2006 à 2009 (cf figure 1) illustrent bien cet impact avec des vêlages avancés en 2007-2008 qui signaient une infection automnale par le virus et des vêlages repoussés en 2008-2009 qui signaient une activité plus estivale, voire printanière, du virus qui a provoqué des avortements précoces. Au final, le nombre global de naissances n’avait chuté que de 2% dans la Nièvre, mais ce chiffre cache une énorme variabilité car 1 élevage sur 6 signalait une diminution de plus de 20% en début de saison.

La vaccination : une protection efficace malgré des effets secondaires suspectés
L’arrivée au cours de l’été 2008 des vaccins, fabriqués en urgence et en masse pour faire face à ce sérotype inconnu à l’époque dans l’hémisphère nord, a permis une première campagne de vaccination malheureusement un peu tardive par rapport à la reprise d’activité du virus. L’effet protecteur a été donc partiel et une étude rétrospective menée dans la Nièvre en 2009 avait montré que la protection vaccinale avait été surtout observée chez les éleveurs ayant vacciné le plus tôt (avant le 1er août 2008). Par la suite les 2 campagnes de vaccination généralisée conjuguées à l’immunité naturelle très forte ont conduit à une quasi extinction du virus et en tout cas de ses effets cliniques. Ce qui a permis à la France et d’autres pays européens de recouvrer leur statut officiellement indemne de F.C.O en décembre 2012 après 2 ans sans foyer observé.
Un certain nombre d’éleveurs ont suspecté des effets indésirables de la vaccination sur la fertilité et des études ont été lancées en lien avec les G.D.S pour évaluer objectivement ce problème, tant en insémination qu’en monte naturelle. L’Institut de l’Elevage a publié un bilan de ces observations (dont un résumé est disponible sur le site www.gdsbourgogne.fr) qui ont montré un effet assez faible au moment de l’insémination et pas d’effet significatif au plan statistique en monte naturelle. Par précaution, il vaut donc mieux éviter de vacciner dans les (7) jours précédant et suivant la mise à la reproduction.

Quelle est la situation immunitaire actuelle ?
Afin de pouvoir attribuer le statut de «Zone saisonnièrement indemne» (ZSI) qui permet de faciliter les échanges, le ministère a diligenté des enquêtes sérologiques par zone dans des élevages tirés au sort pour montrer l’absence simultanée de circulation virale et d’activité vectorielle. Les résultats sérologiques permettent d’une part, de savoir si le virus a récemment circulé sur des jeunes générations et d’autre part, quel est le niveau résiduel de la couverture immunitaire de la population bovine.
Pour la Bourgogne, les premiers résultats indiquent une très faible circulation virale sur les jeunes animaux (< 3% positifs) et une séro-prévalence proche de 100% pour les bovins âgés de plus de 7 ans. Ces bovins âgés ont donc conservé une immunité qui durera probablement toute leur carrière. Le virus de 2015 a encore peu circulé au sein de la population bourguignonne et seule une petite frange d’animaux (les plus vieux, âgés de plus de 6 ans) dispose d’une immunité sans doute valide. Ce «matelas» immunitaire résiduel est bien sûr trop faible pour enrayer la propagation du virus dans la population actuelle, mais nul ne sait s’il aura un effet d’atténuation ou non.

Quels sont les risques actuels et quelle conduite à tenir ?
Compte tenu des éléments précédents, et l’avis publié en décembre 2015 par l’ANSES va dans ce sens, il paraît évident que les conditions pour une reprise d’activité virale au printemps et au cours de l’été 2016 sont réunies, mais sans que l’on puisse prédire l’importance. Pour les ovins, très sensibles à cette maladie, le risque est donc majeur et la vaccination est vivement recommandée. Pour les bovins, le risque paraît plus nuancé et surtout, difficilement prévisible. Si le biotope local est favorable à la pullulation des vecteurs et si la maladie s’était exprimée cliniquement lors de l’épisode 2007-2008, la vaccination devient hautement recommandée. Dans ce cas, la priorité doit être donnée aux jeunes reproductrices.
Pour les autres situations, et en dehors des exigences de vaccination pour la commercialisation, il appartient à chaque éleveur d’analyser ses risques et ses possibilités techniques et financières en lien avec son vétérinaire qui pourra l’éclairer sur la situation locale. Malheureusement le facteur le plus bloquant reste la disponibilité limitée des vaccins pour les semaines à venir et la mise à l’herbe des animaux qui compliquera la mise en œuvre de la vaccination. Raison de plus pour y réfléchir.

Questions à Patrick Raphat, président de la FRGDS Bourgogne

Certains éleveurs souhaitent vacciner leur cheptel de souche pour le protéger. Peuvent-ils réaliser la vaccination par eux-mêmes et comment peuvent-ils s’approvisionner en vaccins ?
- «Sauf quand elle est exigée pour certains échanges (exemple des veaux laitiers pour l’Espagne), la vaccination du cheptel de souche reste facultative et de ce fait, elle peut être réalisée par l’éleveur lui-même. Dans ce cas, il ne pourra pas bénéficier d’un certificat vétérinaire de vaccination pour les animaux vaccinés.
La difficulté principale est l’approvisionnement en vaccins, car leurs stocks sont limités et l’Etat, qui les a tous achetés, les réserve en priorité aux échanges commerciaux. Des stocks sont en cours de fabrication mais ils arriveront plus tardivement. Afin de gérer au mieux cette pénurie, les besoins vont être recensés auprès des éleveurs et des informations leur seront prochainement diffusées pour expliquer les modalités des attributions».

Quel rôle jouent les G.D.S dans cette crise sanitaire ?
«Les règles de gestion de la FCO sont fixées dans un cadre international (législation européenne et accords bilatéraux avec les pays acheteurs de nos animaux) et il est difficile de les infléchir localement. Les G.D.S restent néanmoins aux côtés des éleveurs en les informant régulièrement (voir le site www.gdsbourgogne.fr) , et essaient de faire entendre leur voix dans les décisions locales ou nationales au sein des comités d’orientation des politiques sanitaires et auprès des autorités sanitaires. Les G.D.S ont notamment appelé à une simplification du zonage qui a empoisonné la vie des éleveurs au début de la crise. Nous avons également milité pour faciliter les échanges entre les différentes zones françaises et maintenir les manifestations de l’élevage  (concours, rassemblements,…) sans prendre de risques sanitaires. Les G.D.S vont également s’investir dans le recensement des besoins en vaccins pour coller au plus près de leur réalité et gérer au mieux la pénurie actuelle, ce qui n’est jamais simple ni agréable. Nous aurions bien sûr souhaité que l’accès aux vaccins soit le plus large possible mais face au constat des stocks limités, nous ne pouvons que déplorer l’absence d’anticipation de cette crise. Il faudra d’ailleurs réfléchir aux perspectives d’avenir de la F.C.O en France et en Europe et faire des propositions qui évitent une telle paralysie de l’élevage à une si large échelle.
Avec le FMSE (Fonds Mutuel Sanitaire et Environnemental), un dispositif d’indemnisation mutualiste est en train de se monter avec l’appui de l’Etat et devrait permettre de distribuer près de 14 M€ aux éleveurs bloqués en septembre et octobre du fait de la F.C.O. Les G.D.S sont très largement impliqués dans ce dispositif, puisqu’ils instruiront les demandes des éleveurs qui y ont adhéré par leur intermédiaire. Nous sommes en attente des modalités de ce dispositif et les diffuserons dès que possible».