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Humeur

Et pendant ce temps, l’eau coule…

Jean-Pierre Fleury, président de la commission Viande à la Chambre régionale d’agriculture de Bourgogne Franche-Comté et en charge du dossier Changement climatique et énergie renouvelable, exprime mécontentement et préoccupation sur deux questions : le stockage de l’eau et la production d’électricité photovoltaïque.
Par Jean-Pierre Fleury
« Lorsqu’il y a une mauvaise nouvelle vis-à-vis de l’agriculture, on se dépêche de la mettre en place, mais quand des bonnes nouvelles sont annoncées, elles n’arrivent pas. J’ai un brin de soupçon sur l’administration quand je vois tous les contrôles que les agriculteurs ont subis sur les haies, à l’automne dernier, lorsqu’on est allé dans les fermes pour faire remarquer qu’il manquait 3 mètres de haies ici, ou 1,50 m là, et qu’on a infligé des pénalités sans précédent aux exploitations. En parallèle, on a eu une sécheresse très lourde sur la Côte-d’Or et la région et, à cette heure, aucun dossier n’a encore été validé par notre administration dans le but de créer une réserve d’eau. Pour moi, il y a deux poids deux mesures. Lorsque j’entends Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, venue en Côte-d’Or le 23 janvier, botter en touche et nous dire que ce problème du stockage de l’eau relève du local, je suis agacé. Pendant ce temps, l’eau coule : 600 mm de pluie sont tombés depuis la fin de la sécheresse et aucun dossier de stockage n’est encore sorti… Je n’ose pas imaginer qu’une nouvelle sécheresse se produise en 2020, mais nous saurons à qui nous adresser si nous manquons d’eau. Chacun devra assumer ses responsabilités. Je n’aime pas du tout cette période où on en colle sur le dos des agriculteurs du matin au soir. Je me demande si l’administration est capable de sortir un document à destination des agriculteurs et en particulier des éleveurs pour le stockage de l’eau, dans lequel il ne serait pas écrit « Il est interdit… » Ce que je lui reproche, dans les départements, ce n’est pas de ne pas être à nos côtés - c’est souvent le cas - mais de se retrancher en permanence dans une surinterprétation des règlements. On nous parle de transition écologique, mais celle-ci n’est pas possible pour des exploitations qui sont dans des situations financières difficiles ».

Soutenir un potentiel régional
« Sur le photovoltaïque, jusqu’à présent, un agriculteur pouvait installer une puissance de 100 kW sur ses toits sans passer par un appel d’offres. On s’est progressivement aperçu que l’agriculture était exclue de ces appels d’offres, au profit de ceux lancés par des sociétés. Étendre la possibilité d’éviter le passage par un appel d’offres de 100 à 250 kW de puissance produite est un combat que nous menons depuis trois ans, parce que dans notre région, nous avons des toits qui peuvent supporter un tel potentiel de production. En Bourgogne Franche-Comté, selon la Dreal, les toitures de plus de 2 500 mètres carrés représentent 3 000 hectares ! Le champ exploratoire est donc très important, si l’on obtient le passage de 100 à 250 kW sans appel d’offres. Un décret modificatif allant dans ce sens est en cours de rédaction et devrait prochainement sortir. La grande question, c’est de connaître les conditions qui seront à remplir pour accéder à cette évolution ».