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110 Bourgogne

Changer d'époque

Jeudi 4 décembre, la coopérative 110 Bourgogne a invité Philippe Dessertine, spécialiste de l'économie et de la finance, qui est intervenu au cours de la réunion d'information publique.

Par Charlotte Sauvignac
110 Bourgogne
Thierry Bret
Walter Huré, président de 110 Bourgogne est intervenu pour présenter les grandes actions du groupe.

C'est au sein d'Auxerrexpo, que près de 160 personnes se sont réunies pour assister à la réunion d'information publique organisée par la coopérative agricole 110 Bourgogne. Walter Huré, président de la coopérative a voulu adresser quelques mots à l'assemblée avant de laisser la place à Philippe Dessertine, spécialiste de l'économie. « Dans un environnement agricole en pleine mutation, 110 Bourgogne a poursuivi ses investissements d'avenir : développement du photovoltaïque sur six sites, modernisation logistique avec FarmCollecte, innovation numérique avec FarmPilots et FarmProducts, amélioration continue de la sécurité et des conditions de travail. Ces avancées concrètes traduisent une volonté : construire une coopérative moderne, performante et durable, au service des adhérents et des territoires », conclut-il. De son côté, Philippe Dessertine commence par s'adresser aux agriculteurs présents dans la salle en abordant la question géopolitique des trois vieillards. Le premier a 72 ans est n'est autre que Vladimir Poutine, « l'homosoviéticus ». Dans ce contexte, l'économiste aborde la question de la guerre russo-ukrainienne. « Vous savez bien que dans les domaines qui sont les vôtres, notamment en grandes cultures et en viticulture, on doit avoir à l'esprit la question de l'Ukraine », affirme-t-il. À cela il ajoute que ce conflit doit « faire réfléchir les Européens au futur » car « si la Russie perd, « l'Europe va devoir entamer la reconstruction de l'Ukraine, ce qui d'après les chiffres, constituera près d'1/3 du budget européen. Le problème c'est que là où l'Ukraine est la plus douée c'est sur la production agricole. En payant la reconstruction de l'Ukraine, l'Europe applique une double peine aux agriculteurs, en payant plus et en évitant qu'il y ait une concurrence trop destructrice envers les agriculteurs ukrainiens et européens », relate-t-il.

« Représenter sa nouvelle valeur »

Dans un second volet, nous retrouvons le second vieillard, « Xi Jinping, 75 ans. C'est le retour de l'homme de Mao… Au cours de son deuxième mandat, Xi Jinping a énormément durci les règles et s'oppose de plus en plus au marché américain qui se ferme. Il lui faut donc s'ouvrir à d'autres marchés, comme le marché européen, qui est très intéressant », raconte-t-il, avant d'ajouter quelques aspects positifs. « La Chine a une approche assez favorable aux importations européennes ainsi qu'à la qualité française. L'Asie, le premier marché mondial avec 4,5 milliards d'habitants adore l'agriculture française », affirme-t-il, le sourire aux lèvres. Cependant, pour Philippe Dessertine, l'avenir de la Chine doit attendre 2027, « lorsque les élections présidentielles débuteront à Taïwan. Nous verrons apparaître un candidat pro-chinois, c’est-à-dire pour la grande république chinoise ». Cette situation d'instabilité vient s'ajouter au fait que « les Taïwanais ne peuvent compter que sur eux-mêmes, car, depuis que Trump est au pouvoir, les visites d'État du président taïwanais en Amérique centrale sont compromises. Avant les États-Unis accueillait le président pour lui permettre de faire une escale, maintenant, on lui refuse son visa. Suite à cela, le président chinois a d'ailleurs décidé d'échanger avec le président américain », constate-t-il, après les dernières informations. Le troisième vieillard a 79 ans, on l'appelle « l'homo simenticus » et il s'agit de Donald Trump, président des États-Unis. « Même si ce politicien a beaucoup changé de parti, il a toujours eu la même volonté : fermeture des frontières, logique protectionniste, logique isolationniste », déclare Philippe Dessertine. En se rendant compte « que les Américains sont de moins en moins riches », Donald Trump a décidé de « valoriser le crédit », et la question que l'on a envie de se poser c'est « où est la vraie valeur de la monnaie ? », et il commence à aborder le rôle de bitcoin, une monnaie digitale qui prend de la valeur. Après avoir analysé « trois grands vieillards » qui ont du pouvoir sur les marchés mondiaux, l'économiste revient sur la France, elle qui « a une situation française et de mauvaises finances publiques, doit se réinventer et créer une nouvelle valeur », confie-t-il. Pour illustrer ses propos, il raconte le contact qu'il a eu avec une coopérative agricole comprenant des éleveurs de brebis bios en Aveyron. « Ils étaient devant moi en râlant car les caves de roquefort bio se sont mises à acheter le roquefort au même prix que celui en bio. Alors je me suis mis à chercher ce qui pouvait apporter une réelle valeur à leur production, comme le fait que les brebis mangent une fougère, considérée comme le premier risque d'incendie. Alors ils ont décidé d'amener des assureurs qui vont financer les brebis juste pour qu'elles broutent. Ils s'en moquent du lait, du roquefort. En revanche, vous êtes en train de diminuer le risque d'incendie, c'est intéressant parce que ça a de la valeur économique », conclut-il.