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Débat

Enseignement agricole et agriculture : sur la même longueur d'onde ?

Quelle place l’agriculture occupe-t-elle réellement dans les formations agricoles ? La question était au centre d’une table ronde organisée par les Jeunes Agriculteurs du Jura, réunissant responsables d’établissements, formateurs et représentants professionnels autour du lien entre contenus pédagogiques et attentes du terrain.

Par Sébastien Closa
Enseignement agricole et agriculture : sur la même longueur d'onde ?
De gauche à droite : Romain Deleris, membre du bureau JA national, Philippe Cornu, ancien président JA 39 et secrétaires général JA BFC, Pierre Martin, directeur du Legta de Montmorot, Christelle Clément, directrice adjointe CFA CFPPA Châteaufarine et Julien Durier, formateur CFA de Montmorot

L’enseignement agricole représente 220 000 élèves répartis dans environ 800 établissements, dont 98 Centres de formation d’apprentis (CFA). Il était au cœur d'une table ronde récemment organisée par les JA du Jura, portant plus particulièrement sur la place de l'agriculture dans les formations agricoles. Pour les représentants professionnels, l’enjeu est clair : préparer le renouvellement des générations. « Beaucoup d’agriculteurs vont bientôt partir à la retraite. Il faut former les jeunes pour les remplacer, soulignait Philippe Cornu, secrétaire général des JA BFC, lui-même ancien enseignant agricole avant son installation. La passion ne suffit pas. Les exploitants sont aussi des chefs d’entreprise. Ils doivent être comptables, mécaniciens, éleveurs ou employeurs. » Un constat partagé par Romain Deleris, éleveur en Aveyron et membre du bureau national des JA, qui rappelait l’importance stratégique de la formation : « Dans les instances nationales ou siègent les JA, nous parlons de difficultés professionnelles mais aussi organisationnelles. Nous avons parfois du mal à être entendus », regrettait-il.

Pilotage collectif

Les établissements publics d’enseignement agricole sont régis par le code rural et fonctionnent autour d’un conseil d’administration composé de trois collèges : un tiers de représentants des personnels, un tiers d’élèves et de parents et un tiers de professionnels agricoles. « La direction met en œuvre les décisions du conseil d’administration, expliquait Pierre Martin, directeur du Legta de Montmorot. On y vote le budget mais aussi tout ce qui concerne la pédagogie : ouverture ou fermeture de filières, modules de formation, périodes de stage ou organisation des enseignements. » Les représentants professionnels membres du CA viennent des Chambres d’agriculture, des syndicats agricoles ou des filières concernées. Pour plusieurs intervenants, la place de la profession dans ces instances pourrait être renforcée. « Les JA ont un rôle important à jouer car ce sont des agriculteurs récemment sortis du lycée, estime Philippe Cornu. Mais le conseil d’administration est très technique, notamment lorsqu’on vote le budget. Et avec seulement trois réunions par an, ce n’est pas toujours simple de s’impliquer pleinement. » Le responsable syndical plaidait également pour que les présidents d’établissements publics locaux soient issus de la Chambre d’agriculture, plutôt que désignés par des organisations syndicales. « À l’heure où l’on parle de souveraineté alimentaire, ce n’est pas logique que le président du conseil d’administration vienne d’un syndicat qui prône la décroissance », lance-t-il, faisant référence au Legta de Montmorot. Face à ces critiques, Pierre Martin rappelle le cadre de l’enseignement agricole public : « Nous sommes l’école de la République. Nous devons rester laïques et non politisés. Toutes les visions doivent pouvoir être présentées. » Il explique que les enseignants disposent d’une autonomie pédagogique, dans le respect des référentiels nationaux définis par le ministère de l’Agriculture, avec une adaptation possible aux spécificités locales.

Adapter les formations aux besoins des filières

Les responsables d’établissement rappellent également que les formations évoluent régulièrement pour s’adapter aux besoins professionnels. « Chaque année nous invitons les représentants des filières pour définir leurs attentes et leurs besoins », expliquait Christelle Clément qui rappelle qu’au CFA, les apprentis sont en permanence au contact de leurs employeurs et donc directement confrontés à la réalité du terrain. La directrice adjointe du CFA-CFPPA de Châteaufarine estimait aussi que l’enseignement agricole n’est pas le plus mal loti : « le référentiel professionnel des bacs pro technicien de service, qui dépend du ministère de l'Éducation, date de plus de 20 ans. En agriculture les diplômes sont rénovés tous les 5 ans. » Le débat a également porté sur l’orientation des formations, notamment face aux enjeux environnementaux, certaines filières de l’enseignement agricole conduisant aussi vers des métiers des services de l’État liés à l’environnement. « J’insiste sur le fait qu’il faut apprendre à produire, réagissait Philippe Cornu. Par moments, j’ai l’impression qu’on forme plus pour contrôler les agriculteurs que pour assurer notre souveraineté alimentaire. »