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Eau

Déterminer les bons tuyaux

Les usages de l'eau vont devoir, de plus en plus, faire l'objet d'arbitrages. La Côte-d'Or est un département qui sera particulièrement exposé à ces cas de figure à l'avenir. C'est la raison pour laquelle la préfecture proposait une conférence sur le thème.

Par Berty Robert
Déterminer les bons tuyaux
Jacques de Loisy, président de la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, entre Florence Zito, présidente de la Commission locale de l'eau de la Vouge (à gauche) et Manuelle Dupuy, DDT de Côte-d'Or, lors de la conférence départementale sur l'eau.

La Côte-d'Or a ceci de particulier qu'elle est un château d'eau pour une bonne partie du territoire français. Sa position, en tête de trois bassins hydrographiques, ses sols karstiques qui retiennent peu les eaux, font de notre département un cas d'école en termes de politique de préservation de cette ressource. Cette réalité, le Préfet de Côte-d'Or et de région Bourgogne-Franche-Comté (BFC) Paul Mourier, la rappelait, en ouverture de la Conférence départementale de l'eau, organisée début décembre à Longvic, près de Dijon. Il s'agissait de réfléchir à la pluralité des usages de l'eau, dans un contexte de plus en plus marqué par des crises météorologiques. Pour le Préfet, « nos usages doivent évoluer, sinon nous allons au-devant de conflits. Un risque qu'il faut anticiper et prévenir ». Dans ce domaine, l'agriculture tient une place particulière comme l'a rappelée la présentation, fin septembre, du « Manifeste pour une eau au service de la souveraineté agricole et alimentaire », résultat d'un travail de deux ans de la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or et de nombreux autres partenaires.

Envisager des retenues

Un autre exemple a été cité à l'occasion de cette conférence : le projet Eau et agriculture durable du Chatillonnais (EADC) qui prévoit un soutien aux éleveurs adoptant des pratiques vertueuses envers la ressource en eau. « Des projets qui méritent d'être soutenus et dupliqués » soulignait Paul Mourier. Le représentant de l'État a insisté sur la nécessité de maîtriser la recharge des aquifères et même d'envisager la création de retenues d'eau, uniquement alimentées par des eaux de ruissellement. Il n'est pas question d'aller pomper dans les nappes souterraines. Cette conférence poursuivait donc un objectif : « définir un cap clair et une gestion pérenne de l'eau ». Le problème n'est pas à prendre à la légère : l'été 2025 fut le 3è été le plus chaud observé depuis 1900 et le Préfet avait adopté des mesures de restriction des usages dès le mois de juillet, ce qui n'a pas empêché des difficultés d'alimentation en eau potable pour 18 sites du département. En agriculture, les difficultés se sont traduites par des problèmes d'abreuvement du bétail ou d'irrigation. La conférence a fourni des exemples de prise en compte du problème par des collectivités locales. Ainsi, une démarche prospective intitulée Ouche-Vouge-Tille 2050 et qui concerne 302 communes a permis de définir un plan d'action pour la décennie 2025-2035, qui comprend, entre autres, un accompagnement pour les transitions agricoles.

« Cultivons l'eau ! »

Plus globalement, le secteur agricole a des propositions à faire, comme le soulignait le président de la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, Jacques de Loisy : « il y a un enjeu pour retenir dans notre département une partie de l'eau de la Saône. On doit pouvoir recréer des plans d'eau ou des étangs, alimentés par des eaux de surface, qui fourniront des îlots de fraîcheur, un relais pour l'abreuvement du bétail, une source de consolidation pour les productions végétales et une eau utiles aux pompiers comme à la biodiversité. Plutôt que de transformer les parcelles agricoles en vases d'expansion pour limiter les effets des crues, cultivons l'eau ! Les retenues n'auront pas pour but d'augmenter les prélèvements et les productions, mais de maintenir un potentiel de production. » Une approche pas partagée de la même manière par tout le monde. La vice-présidente du Conseil régional de BFC, Stéphanie Modde, se montrait moyennement enthousiaste sur l'idée de la création de retenues d'eau : « on les regarde avec beaucoup de vigilance. Il faut continuer de travailler. On ne dit pas non sur les retenues, mais on émet des réserves. » Enfin, au-delà des retenues, c'est aussi la question de l'entretien des cours d'eau et des curages des fossés qui se pose. La DDT de Côte-d'Or, Manuelle Dupuy, rappelait que les services de la préfecture proposent un guide sur ce qu'on peut faire et ne pas faire dans ce domaine sur leur site internet.