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Interbev Bourgogne

Des difficultés, de l’ouvrage... mais des perspectives

Conseil d’administration chargé pour Interbev Bourgogne qui s’est réuni le 7 janvier dernier à Pouilly en Auxois. Beaucoup de dossiers sur la table et, si le fond reste empreint d’une morosité certaine, certaines perspectives d’amélioration de la situation apparaissent. Avec une certitude, rien ne sera donné, tout se gagnera à force de volonté.
Par Anne-Marie Klein
Restauration hors domicile : passer des discours aux actes
Investir durablement les marchés de la restauration hors domicile (établissement d’enseignement, maisons de retraites, cuisines collectives, etc.) assurerait un «bel appel d’air» en termes de débouchés commerciaux, à la production de viande bovine locale. Mais les freins sont à la mesure des enjeux financiers. Ainsi, «les personnes en charge des appels d’offre dans ces établissement, restent pour certaines frileuses sur ces dossiers». Ue carte a été établie qui révèle tout le potentiel commercial de la grande région Bourgogne-Franche-Comté. Elle a pu être dressée grâce au partenariat établi entre la Chambre régionale d’agriculture BFC et la Draaf. Ce qu’elle ne montre pas en revanche, mais ce que l’on doit savoir, c’est que la capacité de réponse logistique aux demandes de la restauration hors foyer fera toute la différence entre les différents porteurs d’offres. Comme souvent, un bon jeu collectif peut permettre de marquer des points par rapport à des challengers qui iraient insuffisamment armés et en ordre dispersé.

Les chinois prennent leurs marques et enquêtent...
Une mission chinoise s’est rendue en divers points du territoire français dans le cadre d’un processus d’agrément des outils d’abattage et de transformation.  Des vice-ministres chinois se sont aussi rendus dans l’Eure. Emmanuel Bernard qui suit ces dossiers pour Interbev Bourgogne en relève toutes les subtilités «les responsables chinois viennent en France avec des objectifs précis sur des produits sélectionnés, mais ne livrent rien de leurs motivations et de leurs attentes. Ce qu’ils semblent apprécier, en revanche, c’est la motivation que l’on met à leur vendre un produit, il faut montrer ses muscles, être punchy, si l’on veut emporter une affaire... Ce qu’on peut espérer, c’est l’emporter sur certains segments de marché seulement». Le responsable professionnel entend veiller à ce que ces marchés potentiels se tournent vers l’Est et nos vertes prairies, plutôt qu’à l’Ouest, déjà servi par ailleurs sur certains contrats.

Guerre des étoiles : aller plus loin
Le système des étoiles, destiné à identifier les morceaux de viande en fonction de leur qualité est acté et mis en place dans les GMS. «Cette nouvelle nomination des morceaux correspond à l’évolution de la société et surtout de la jeune génération qui ne remplissent plus leurs caddies comme leurs aînés» confirme Jean-Pierre Fleury. Tous s’accordent à Interbev à trouver ce nouveau système inopérant, en tout cas dangereux puisqu’il ignore les paramètres fondamentaux de la qualité que sont l’âge de l’animal, ses conditions d’engraissement et le temps de maturation de la viande. Cette nouvelle méthode d’identification «transforme en profondeur le commerce de la viande, sans remédier à la problématique de la consommation». Si les professionnels hésitent encore entre le  dubitatif et le franchement hostile, le consommateur semble plutôt satisfait du dispositif.
Un bon point : l’aspect qualitatif pourrait rejaillir sur l’ensemble du produit viande. En revanche, s’il est trop tard pour remettre en cause ce dispositif, les membres d’Interbev Bourgogne souhaitent que l’on aille plus loin dans la définition de la qualité intrinsèque d’un produit, appliquée aux étoiles : «il va falloir faire avec, mais améliorer le système et mieux l’encadrer».

Marchés : stabilité sur l’Italie, frémissement sur le marché turc
Pour éviter un embouteillage sérieux et des dommages économiques certains, il faudrait que ce marché turc s’ouvre à nouveau. Techniquement c’est possible, chacun «a fait son travail», mais le dossier reste éminemment politique, avec un Premier ministre turc tout puissant, qui souffle le chaud et le froid sur l’Europe et pousse ses avantages au maximum. Autre paramètre important : les éleveurs turcs (majoritairement de très très petits troupeaux) sont à la peine. Erdogan entend donc ménager ces porteurs potentiels de plusieurs millions de bulletins de vote, qu’il espère en sa faveur.  Un appel d’offre d’Etat devrait concerner 100 000 têtes sur des poids inchangés entre 300 et 350 kg/vif. «Ca bouge» confirme Emmanuel Bernard, mais dans un contexte politique tendu et sur une logique purement économique.

Composition du prix de la viande : tout remettre à plat
Interbev vient de se livrer à une étude (limitée mais pertinente) sur la recomposition du prix de la viande, de la ferme au rayon boucherie. L’étude bien que parcellaire ( région Rhône-Alpes) «interpelle la filière» quand elle interroge «Qui fait le prix ?» Le prix évolue tout au long de la chaîne de valeur, à la mesure des pertes de matière, des côuts et des charges, de l’orientation commerciale (minerai, carcasse, désossé, piécé, sous-vide...).
Une observation : quand l’éleveur vend 100% d’un animal, 63% seulement entrent dans les circuits de la commercialisation.
Une conclusion : il semble important «de faire ensemble ce que chacun fait de son côté», à savoir, grapiller un peu de valeur ajoutée à toutes les étapes. Et cela commence par la nécessité de «revaloriser les avants en segmentant notamment le hâché», avec l’ambition que cette valeur ajoutée, (conditionnée à une meilleure identification, notamment des qualités de race), profite à l’éleveur, acteur et garant de cette qualité supérieure. Il n’y a pas de raison que cette différenciation ne s’applique pas aux avants, alors qu’elle s’applique déjà aux morceaux nobles. C’est «un travail à mener en filière» encourage Jean-Pierre Fleury et la condition première à un meilleur positionnement du troupeau allaitant, dans une vision de reconquête du marché.