Déchets au bord des routes, danger dans les prés
Jetés par des automobilistes indélicats, les déchets abandonnés le long des routes ne dégradent pas seulement le paysage. En milieu agricole, ils représentent un risque sanitaire réel pour les bovins, exposés à l’ingestion de corps étrangers. Pour alerter sur ce sujet, les Groupes de vulgarisation agricole (GVA) jurassiens implantent des panneaux de sensibilisation.
Ils jonchent les bords des routes par dizaines, jetés par des automobilistes indélicats. Les déchets ne se contentent pas de dégrader le paysage et de polluer l’environnement : ils constituent aussi un danger réel pour les animaux qui pâturent dans les prés à proximité. Face à ce constat, les agriculteurs et éleveurs jurassiens, réunis au sein des Groupes de vulgarisation agricole (GVA), ont décidé de prendre le problème à bras-le-corps en implantant des panneaux de prévention destinés à sensibiliser les conducteurs aux conséquences de leurs gestes. Les chiffres sont édifiants : En 2019, la quantité de déchets ramassés le long du réseau routier national a été évaluée à 1,4 tonne par kilomètre. Au-delà de l’impact paysager et environnemental, ils représentent un risque sanitaire pour les bovins. Contrairement à d’autres herbivores, les vaches trient très mal leur nourriture et ingèrent facilement des corps étrangers.
Risque sous-estimé pour les troupeaux
Les objets en verre ou en métal peuvent être déchiquetés lors de la fauche des foins. De petits fragments dangereux se retrouvent alors dans le fourrage distribué aux animaux, avec à la clé des lésions internes parfois graves. Une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) menée en 2021 estime que chaque année, entre 7 et 20 % des vaches ingèrent des corps étrangers. Potentiellement, 0,6 % d’entre elles, soit environ 59 000 animaux, en meurent ou voient leur carcasse réformée à l’abattoir à la suite de cette ingestion. « Nous retrouvons régulièrement des détritus dans nos champs, principalement des canettes en verre, en aluminium ou en plastique, mais parfois aussi des déchets plus lourds, comme des pneus », témoigne Christian Colmagne, éleveur et céréalier à Champagne-sur-Loue, près d'Arbois, qui a supervisé la fabrication des panneaux. « On essaie de les enlever au moment de la fauche, mais ce n’est pas toujours évident. On n’est pas à l’abri que certains soient broyés et se retrouvent dans le fourrage. Ils peuvent aussi poser problème dans les cultures de soja, car cette plante se récolte à ras du sol. »
Sensibiliser les usagers de la route
L’idée de ces panneaux de prévention a émergé lors d’une réunion de la Fédération régionale des groupes d’études et de développement agricole de Franche-Comté (FRGEDA), au cours de laquelle ont été présentés des panneaux de sensibilisation conçus par des agriculteurs suisses. Des dispositifs similaires sont d’ailleurs visibles le long de certaines routes du Haut Doubs, notamment dans le secteur de Pontarlier, où des éleveurs ont fait le choix d’en acquérir auprès de leurs homologues helvétiques. Les GVA jurassiens se sont montrés intéressés, tout en souhaitant développer leurs propres supports. Une fois le visuel conçu, mettant en scène une montbéliarde sur fond de paysages jurassiens, et le prestataire retenu, en l’occurrence la société Comep à Toulouse-le-Château, le coût de fabrication de 100 panneaux s’est établi à environ une centaine d’euros par unité. Les communautés de communes, la fédération des chasseurs du Jura, Groupama et le Crédit Agricole ont contribué au financement à hauteur de 60 %. Le reste à charge pour les GVA ou les agriculteurs s’élève ainsi à une quarantaine d’euros par panneau. « Ces panneaux mesurent 1,5 mètre de hauteur, un juste compromis pour qu’ils soient visibles depuis les véhicules sans être trop imposants, afin d’éviter une prise au vent excessive, explique Élodie Matter, animatrice de la FDGEDA. Il a ensuite fallu déterminer les lieux d’implantation. Il existe des règles strictes concernant les panneaux publicitaires ou la signalisation routière, mais ces panneaux n’entrant dans aucune de ces catégories, le Conseil départemental nous a recommandé de les installer sur les parcelles agricoles. » Au total, les sept GVA jurassiens, qui couvrent la quasi-totalité du département, ont chacun reçu une quinzaine de panneaux. Les agriculteurs espèrent désormais qu’ils favoriseront une prise de conscience des usagers de la route inciviques et contribueront à réduire sensiblement la présence de déchets.