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Finances

Comment les chinois investissent sur les plaines céréalières du Berry

Le rachat de parts de société de terres agricoles par une entreprise chinoise inquiète la FNSafer. Car ces ventes ont été réalisées en dehors de son contrôle. Le phénomène semble s’amplifier.
Par Agra Presse
Comment les chinois investissent sur les plaines céréalières du Berry
( Crédit photo : Réussir/Christian Gloria ) Certaines plaines du Berry (ex-province française couvrant l’Indre - photo- et le Cher) attisent la convoitise des investisseurs chinois.
Si l’on savait que les entrepreneurs chinois s’intéressaient aux domaines viticoles français, l’achat de champs de céréales est un phénomène nouveau. Cinq exploitations, soit 1 700 ha de terres, ont été rachetées depuis le mois de septembre par Hongyang, une société chinoise. Des transactions réalisées «dans la discrétion générale», confie Emmanuel Hyest, président de la FNSafer. Cette dernière n’a pas eu son mot à dire : les ventes ayant été réalisées par le biais de rachats de parts de société, la Safer ne dispose d’aucun moyen juridique pour s’en mêler.

D’autres rachats en perspectives
«Je pense que ce n’est pas terminé», soupire Régis Lemitre, président de la Safer du Centre, qui s’attend à de nouveaux achats par la même société. La production de céréales est destinée à l’exportation, explique la Safer. Dans ces conditions, Régis Lemitre est «persuadé que ce n’est pas seulement 1 700 ha qui les intéressent» mais bien plus. «Il faut au moins 15 000 ha pour remplir un bateau» témoigne-t-il. De fait, l’entreprise aurait tout intérêt à acheter davantage, afin de rentabiliser le transport des céréales. «Le bateau ne reviendra pas à vide», alerte Régis Lemitre qui craint voir revenir des intrants en provenance de la Chine.
Certains agents immobiliers profiteraient de la crise agricole pour proposer aux agriculteurs de vendre.
Le phénomène n’a pas de raison de s’essouffler : selon Régis Lemitre, en France, on compte 27 ares de terres agricoles par habitant ; en Chine seulement 4 ares. Les terres agricoles sont donc une denrée rare et convoitée par les Chinois. Et les terres françaises sont particulièrement attractives, car elles restent moins chères que celles des pays voisins, selon Gilles de la Poterie, l’agent immobilier qui a conclu une partie des ventes.

Investisseurs étrangers
Gilles de la Poterie estime de son côté que l’arrivée d’investisseurs étrangers est bienvenue. «Heureusement que des sociétés étrangères investissent !», s’exclame-t-il. L’agent immobilier déclare en effet que l’une des exploitations rachetées par l’entreprise chinoise était en vente depuis deux ans et qu’elle ne trouvait pas d’acquéreur.

Il assure travailler en priorité avec des acquéreurs potentiels locaux. Mais seules les petites et moyennes exploitations intéressent les locaux ; et ces exploitations se font rares dans la région Centre. Pour Gilles de la Poterie, seuls les gros investisseurs ont les moyens de racheter les grandes exploitations. «J’ai vendu à des Américains, des Canadiens, des Écossais...», déclare-t-il, remarquant que ça n’avait pas fait tant de bruit.
«Certaines transactions sont conclues de manière surprenante», avant toute communication, s’étonne Régis Lemitre qui s’agace contre ces agents immobiliers «peu scrupuleux». «En termes d’éthique, ils sont plutôt borderline !» renchérit Emmanuel Hyest. Et si ces ventes irritent particulièrement les Safer, c’est parce qu’elles n’ont aucun moyen de les contrôler. Certains agents immobiliers «apportent un conseil pour contourner le système de contrôle des structures», déplore Régis Lemitre. Ils s’engouffrent dans une faille juridique qui exclut les Safer de tout contrôle. Lorsqu’une transaction est effectuée par le biais de vente de parts sociales et que l’acquéreur ne rachète pas l’intégralité des parts de la société dont il veut prendre le contrôle, la Safer ne peut pas intervenir, son contrôle étant limité aux cas de cessions de l’intégralité des parts. Certaines exploitations créent des sociétés uniquement dans ce but : «Une société a été créée et quelques semaines plus tard, le transfert était fait», raconte Régis Lemaitre. En pratique, l’acquéreur rachète la quasi-totalité des parts, tandis que l’agriculteur en place en garde un minimum, avant de vendre les dernières parts quelque temps plus tard.