Deux vaches de Côte d'Or ont dépassé les cent tonnes
C'est une tradition dans le monde de la Montbéliarde : une vache qui atteint voire dépasse les 100 tonnes de lait est décorée, à titre post mortem, par une statuette peinte à son effigie. « Dans d'autres races, les récompenses sont remises dès le cap des 100 000 kg. Chez nous, nous attendons la réforme des animaux. La remise des statuettes peut donc prendre beaucoup de temps, surtout pour les plus grandes productrices qui peuvent atteindre 140 000 kg », informe Lucas Barczynski, directeur de Montbéliarde Association. Les statuettes décernées en 2026 sont au nombre de 147 sur le territoire national. La Côte-d'Or est citée à deux reprises avec des vaches élevées à la SCEA Lerat de Villers-les-Pots et chez Chantal Jacquet à Riel-les-Eaux. « Avant cette remise de prix, la Côte d'Or comptait 19 statuettes. Elle en dénombre désormais 21 », poursuit Lucas Barczynski.
Petit tour à Villers
Nous avons rendu visite à Bastien Lerat, installé sur l'ancienne ferme de Claude et Odile Monin près d'Auxonne depuis 2017 : « La vache en question se nomme Gazelle, elle est partie en décembre… Sa production a été précisément de 101 145 kg en 11 lactations ! Elle était née en 2011 chez mes prédécesseurs. Le troupeau que j'ai repris avait une haute valeur génétique : cette statuette est aussi une récompense pour le travail de Monsieur et Madame Monin ! Gazelle avait déjà produit pas mal de lait avec eux, avant que je reprenne la ferme. Passer la barre des 100 000 kg n'était encore jamais arrivé ici, c'est une grande première ». Le jeune homme de 33 ans, dans le top20 Isu depuis son installation, poursuit la description de sa montbéliarde : « c'est une fille d'Urbaniste, un taureau né en Saône-et-Loire, très connu dans la race. Nous savions depuis longtemps qu'elle avait du potentiel et ce, pour un tas de raisons : ses index, sa morphologie, sa production… ». Mais pour dépasser les 100 000 kg de lait, rien n'était gagné d'avance. « Les planètes doivent être toutes alignées, plusieurs facteurs entrent en jeu », souligne l'éleveur de 68 vaches : « aucun problème de boiteries ne doit être rencontré, les vêlages doivent bien se passer, la qualité du lait ne doit pas être problématique à un moment ou à un autre… Gazelle, vache très solide, n'a jamais rencontré de problèmes récurrents. En plus d'être productive, elle était gentille et docile ! Nous avons souvent des vaches qui approchent les 80 000 voire 85 000 kg, mais 100 000, c'est exceptionnel ».
De nombreuses filles
Une telle vache, on en prend soin ! Et on porte une attention toute particulière à sa descendance : « j'ai actuellement quatorze de ses filles, petites-filles et arrière-petites-filles dans mon élevage. L'utilisation de semences sexées, qui permet d'avoir des femelles dans 92 % des cas, a assuré la relève ». Ces montbéliardes en question prennent-elles le même chemin que Gazelle ? « Elles sont prometteuses, mais de là à dire que certaines attendront les 100 000 kg, je ne sais pas, il faudra attendre », répond Bastien Lerat, qui pensait bien obtenir une seconde statuette avec Lune, une autre de ses vaches, il y a un an : « elle était à 88 000 kg et réalisait de très grosses lactations entre 15 000 et 16 000 kg en 18,19 ou 20 mois. Mais je n'ai jamais réussi à la faire reprendre à l'insémination. J'ai actuellement une autre vache, Jaseuse, née en 2014 et actuellement à 87 000 kg : je pense qu'elle a le potentiel d'y aller, si elle ne rencontre pas de problèmes ». Bastien Lerat termine l'entretien en instant sur la longévité des vaches : « c'est un élément déterminant pour la rentabilité de nos élevages. Nous comptons de plus en plus souvent en nombre de kg de lait par jour de vie. Gazelle, par exemple, était à 18,6. Économiquement parlant, cette vache était très intéressante ».
Fléchette, encore mieux
La deuxième vache récompensée par une statuette s'appelle Fléchette, fille d'Urbaniste, elle aussi. Née en 2010, cette Montbéliarde a été élevée chez Chantal Jacquet à Riel-les-Eaux, dans le Châtillonnais. Ses « chiffres » sont encore plus impressionnants que ceux de Gazelle avec un total de 102 829 kg de lait produits en 12 lactations, et 18,9 kg de lait produits par jour de vie ! « Fléchette est partie de l'exploitation en début d'année et avait donc 15 ans. Comme on dit, la meilleure du troupeau, c'est celle que l'on ne voit pas, elle n'a jamais de soucis », nous confie Chantal Jacquet, qui décroche elle aussi sa toute première statuette.