« On prend le temps de vivre »
Nous avons rendu une petite visite à François Lucand, éleveur retraité depuis trois ans.
Pour nous, qui dit Molphey dit François Lucand. Et qui dit François Lucand dit reproducteurs charolais ! Une fois n'est pas coutume, le Côte-d'orien de 69 ans ne pose pas avec l'un de ses magnifiques spécimens aujourd'hui, dans Terres de Bourgogne. C'est dans sa cave que nous l'avons rencontré, autour de bonnes bouteilles, pour échanger avec lui sur sa nouvelle vie. La retraite n'a pas été simple à prendre pour ce grand passionné de l'élevage. Finalement sans repreneur, François Lucand a « joué les prolongations » et n'était pas pressé de vendre ses animaux. « La complicité entre un éleveur et ses vaches ne se mesure pas et ne s'explique pas… Pour couper le cordon ombilical, disons qu'il me faut un certain temps ! », confie celui qui a fait naître et a vendu près de 300 reproducteurs en France et dans une dizaine de pays européens. Quand le premier camion rempli de bovins est parti de chez lui, en 2023, François Lucand a forcément versé des larmes. « Je n'ai pas peur de le dire, cela a été très difficile pour moi… Tout le monde ne le comprend pas mais c'est comme ça. On n'arrête pas sa vocation du jour au lendemain… ». Pour son plaisir personnel et éviter que le choc ne soit trop dur, l'éleveur conserve quelques animaux chez lui, pour continuer ce qu'il a toujours aimé faire. Et il a bien raison !
Plein d'occupations
François Lucand a beaucoup plus de temps qu'autrefois. Comment occupe-t-il sa retraite ? Notre interlocuteur nous répond : « je passe davantage de temps en famille, je vois davantage mes enfants et petits-enfants, c'est beaucoup moins la course qu'avant ! On prend le temps de vivre, c'est appréciable. Je bricole et avec Odile, nous recevons aussi un peu plus de monde à la maison. En revanche, la télé et le sport, ce n'est pas pour moi. Ne me parlez pas de la coupe du monde de foot, je n'y connais rien et cela ne m'intéresse pas ! ». Nous orientons la discussion sur les voyages. « Jusqu'à présent, je n'avais quitté la France qu'à une seule reprise, c'était pour l'Irlande, dans le contexte de l'élevage, avec Simon Genetic. Depuis 2023, la donne a bien changé : nous sommes allés aux Pays-Bas, en Croatie, en Italie, au Maroc, en Slovénie, en Suisse, en Autriche et en Corse, même si cela reste la France. En septembre, nous prendrons la direction de la Costa Brava en Espagne ! Mon plus beau voyage ? J'hésite entre les Pays-Bas et la Croatie… Je dirais la Hollande, car c'était en pleine saison des tulipes, c'était magnifique. Nous continuerons de voyager tant que la santé le permettra ».
Une belle cave
La dernière destination de François Lucand n'est pas citée dans la liste précédente, le jeune retraité nous en dit davantage : « je suis allé en Hongrie il y a quelques semaines, encore une fois avec Simon Genetic. C'était super, nous avons visité plusieurs élevages. Le fait d'avoir vendu des animaux dans plusieurs pays me permet aujourd'hui d'avoir des liens et des contacts dans de nombreux endroits. Je me suis également rendu en République tchèque l'an passé dans ce même cadre. Je revois à chaque fois des animaux que j'avais fait naître, avec une certaine émotion ». François Lucand est également un grand amateur de vins : « depuis que je suis en retraite, j'ai pris le temps de ranger ma cave, et je ramène des bouteilles de mes voyages. Les vins bourguignons sont bien sûr les meilleurs, cela va sans dire. Une bouteille qui m'a marqué ? C'était un rouge, un Volnay premier cru mais je ne me rappelle plus la date précise, vers le début des années quatre-vingt-dix ».
Un fils « d'agri »
François Lucand avait repris la ferme familiale en 1983, après plusieurs « petits boulots » à la suite de ses études. La race charolaise était déjà présente sur l'exploitation. La sélection a été développée à partir de 1990, année de l'inscription de son cheptel au HBC : « Il a bien fallu 10 ans pour se faire connaître, le commerce de reproducteurs a réellement pris forme au début des années 2000 », retrace l'éleveur. La production de Tolman avec Douve, Jaguar, Nuremberg, Palmyre (parti en Écosse), Ombrelle (vendu en Irlande) et Ravissante (championne réserve au concours national Charolais 2021) ont marqué son élevage et sa carrière. Le « modèle » de François Lucand a toujours été basé sur de belles qualités de race, notamment dans la tête de ses bovins : « j'ai toujours aimé des vaches bien racées avec de belles cornes, avec une finesse de peau et d'os. J'aime bien la viande aussi, il en faut, avec de belles masses musculaires ». La dernière vente de l'éleveur ne date pas d'avant-2023 mais de l'hiver dernier, à Cercy-la-Tour, dans la Nièvre ! Altesse PP, une génisse homozygote sans corne, avait remporté le prix de championnat et le trophée international du concours.