Un tour aux Jardins de la Butte
Nous avons rendu visite à Guillaume Lavier, maraîcher à Saulx-le-Duc, pour parler de son adaptation à cet été caniculaire.
Nous nous étions déjà rendus chez lui il y a cinq ans, pour parler de son activité, plutôt atypique dans les coins d'Is-sur-Tille. La semaine dernière, nous avons repris le même chemin pour savoir comment se passait cette rude période estivale. « Le maraîchage bénéficie de dérogations et le robinet coule toujours, c'est le plus important pour nous. Nous pouvons continuer d'arroser à partir de 18 heures, c'est une opportunité que nous saisissons, bien évidemment », indique Guillaume Lavier. Moyennant des volumes d'arrosage inédits depuis son installation, son potager résiste tant bien que mal à cette météo : « j'arrose toute la nuit. Alors oui, les coûts de production seront forcément plus importants, mais on ne peut pas faire autrement. Les semaines les plus chaudes, nous sommes, en moyenne, entre 30 et 40 mm selon les cultures et leurs stades de croissance. L'an passé avait déjà été exigeant en eau, la consommation était de 3 800 m3. Cette fois, il est probable que je termine entre 4 500 et 4 700. C'est assez rare pour être souligné : nous avons eu la chance d'avoir pris deux orages de 30 mm ici, cela a permis de faire des pauses au niveau de l'irrigation. Nous levons également le pied lorsqu'il fait un peu moins chaud ».
Ça tient
L'eau est un « excellent médicament » contre la chaleur, souligne le maraîcher : « encore une fois, nous avons la chance d'en avoir dans notre réseau et à un prix encore convenable, ce qui n'est pas le cas de collègues qui sont dans d'autres secteurs. La situation reste toutefois fragile, nous ne savons pas de quoi l'avenir sera fait dans ce domaine. Pour l'instant, oui, les cultures se tiennent plutôt bien. Jusqu'à 37 degrés, nous savons faire, mais au-delà, je ne sais pas comment réagiraient les légumes. Si ça se trouve, tout décrocherait avec 2 °C de plus ! ». Sur le plan technique, un « tas de petits trucs » existe pour s'adapter : « blanchir les serres apporte ses bénéfices. Pour éviter que les fleurs ne coulent, nous arrosons quelques minutes pour créer un climat plus humide et frais, investir dans des voiles d'ombrage peut être utile, tout comme dans des systèmes d'irrigation plus économes et performants. Au niveau des cultures elles-mêmes, un exemple me vient en tête, en lien avec les choux : historiquement ici, nous les plantons début juillet, mais nous le faisons désormais début juin voire fin mai pour qu'ils aient un peu plus temps de s'implanter avant les grosses chaleurs et les vols d'altises, cela a l'air de porter ses fruits ».
Merci les salariés
Tout n'est pas rose pour autant depuis le début de saison. « Mais ça, ça fait partie du métier ! », tempère notre interlocuteur, « les salades, par exemple, n'ont pas beaucoup aimé la première canicule… Il y a aussi des interrogations pour la suite, même si les pommes de terre et les oignons ont l'air plutôt jolis. La première série de carottes n'avait pas été exceptionnelle, la seconde a l'air de mieux se comporter. Les poireaux ne poussent pas au-dessus de 30 °C : ils auront pris du retard à l'arrivée de l'automne, mais je ne sais pas dans quelle mesure. Pour les futures tomates, aubergines et concombres, quelques fleurs ont avorté ». La plus grande difficulté, à ce jour, est le travail en lui-même : « j'emploie trois salariés et j'ai envie de leur dire bravo pour ce qu'ils font au quotidien. Travailler dans de telles conditions est exigeant physiquement et même moralement. Il faut être souvent partout à la fois et sans cesse faire des choix. Ce n'est pas tous les jours évident ».