Maraîchage : Des leviers à activer face aux pucerons
En maraîchage, pucerons et concombres ne font pas bon ménage. Pour illustrer cette problématique et donner des pistes de lutte, la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or a convié des professionnels à une après-midi technique chez un maraîcher de Messigny-et-Vantoux.
Ils sont à peine visibles à l'œil nu, mais leur pouvoir de nuisance est réel : les pucerons font partie des grands ennemis de la culture de concombre, notamment en raison des virus qu'ils véhiculent. C'est la raison pour laquelle la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or organisait, le 6 juillet, un rendez-vous technique sur les moyens de contenir la pression pucerons sur concombre sous abri. Pour rendre les choses concrètes, rendez-vous était donné chez Philippe Marande, maraîcher de la ferme des Marcs d'Or, à Messigny-et-Vantoux, au nord de Dijon. Cette action s'inscrit dans le cadre du projet Agrotech Innov, avec l'objectif de réduire l'usage des produits phytosanitaires. Des techniques alternatives permettant de limiter les infestations de pucerons étaient abordées. Pour bien combattre cet insecte nuisible, il importe de comprendre sa biologie et les facteurs pouvant favoriser son implantation. Tous ces points faisaient donc l'objet d'interventions de Laurine Thibault et Anne-Laure Galimard, conseillères spécialisées à la Chambre.
Mise en place d'essais
Pour observer la menace et évaluer les moyens de lutte, la Chambre d'agriculture a mis en place un essai sur l'exploitation de Philippe Marande, mais aussi dans une exploitation d'Auxonne, en conventionnel et en bio, en partenariat avec l'entreprise Koppert, qui a fourni les insectes auxiliaires nécessaires à la lutte biologique. Il faut noter qu'un autre essai du même type est mené sur deux sites par la Chambre d'agriculture de la Nièvre. Ces moyens de lutte sont d'autant plus nécessaires que les différentes espèces de pucerons ont une vitesse de développement très rapide et qui, malheureusement, coïncide avec les périodes de plantation des concombres en tunnels. Des plants assez jeunes, et donc assez faibles, peuvent vite se retrouver infestés sur une grande échelle. De plus, les cultures sous serre offrent à ces pucerons un microclimat favorable autant qu'un abri face aux aléas climatiques et aussi par rapport à leurs éventuels prédateurs. D'où la nécessité d'introduire volontairement ces derniers. L'essai mené par la Chambre d'agriculture joue sur plusieurs tableaux en tentant de combiner l'introduction d'auxiliaires prédateurs des pucerons et un décalage des semis de concombre, cinq semaines plus tard que la norme (soit à la mi-mai), de variétés différentes (Loustik, Caman, Tirano et Bluesummer) afin d'offrir des plants moins vulnérables à ces ravageurs.
Pucerons « momifiés »
Tout cela repose aussi sur une capacité d'observation des signes annonciateurs de la présence des pucerons sur les plants par le maraîcher, afin de déterminer au mieux les nécessités d'intervention. Parmi les prédateurs qui peuvent montrer une certaine efficacité, on trouve des petites guêpes qui vont pondre dans les pucerons. Leurs larves vont se développer à l'intérieur de l'insecte qui se retrouve ainsi « momifié ». Les guêpes qui vont naître de cette surprenante genèse pourront, à leur tour, s'attaquer à d'autres pucerons. D'autres modalités de lutte par le biais d'auxiliaires ont été testées sur cet essai, avec une série de lâchers à partir du 12 juin. Ces essais permettront de récolter des données précieuses et de faire progresser les pistes de réflexion sur les luttes alternatives aux produits phytosanitaires.