« Ce n'est pas une fatalité »
Afin de répondre aux questionnements sur la gestion des limaces, la Chambre d'agriculture de la Nièvre proposait une formation sur le sujet le 7 janvier à Varennes-lès-Narcy.
Avec des conditions climatiques très enneigées, la sortie terrain de la formation dédiée aux limaces du 7 janvier fut annulée. Malgré tout, la rencontre, proposée par la Chambre d'agriculture de la Nièvre, s'ajusta pour apporter des éléments de réponses aux exploitants s'interrogeant sur la gestion de ces ravageurs. Ainsi, c'est en salle que se déroulait la présentation animée par Thomas Guillot, responsable développement chez De Sangosse, qui introduit les échanges : « Souvent la pression des limaces est perçue comme sans solution. Mais, nous avons des leviers pour la lutte ». Durant le tour de table, la principale culture touchée par la problématique de la pression est le colza. Certains exploitants présents évoquent des surfaces de 10 à 30 hectares totalement ravagées, nécessitant plusieurs passages pour tenter de limiter les dégâts. Les exploitants insistent : « nous souhaiterions en savoir plus sur la limace, mais aussi sur les solutions efficaces qui peuvent être envisagées ».
Un profil ravageur
Thomas Guillot explique alors : « Nous constatons une forte pression depuis 2 ans, notamment car les conditions sont favorables à son développement. Afin de lutter efficacement contre les limaces il faut, tout d'abord, différencier la noire et la grise car elles n'ont ni les mêmes comportements (rayon de déplacements notamment), ni les mêmes cycles ». Pour ces points, il détaille : « La limace noire se déplace moins que la grise, il faut donc prendre cela en compte dans l'ingestion des anti-limaces, et in fine leur efficacité. Pour les cycles, la limace grise en réalise deux à trois par an, contre un pour la noire ; sur la base de 100 à 300 œufs par ponte. Les cycles répétés plusieurs fois par années offrent une capacité de régénération rapide de la population. Dans tous les cas, les limaces aiment pondre dans des endroits sécurisants comme les mulchs ou les pailles, et leur vitesse de développement dépend de la matière organique ou des cultures appétentes à disposition. Enfin, la limace a une durée de vie de 15 à 18 mois ».
Observer pour agir
Après ce point, il poursuit sur la gestion : « Ensuite, tous les aspects sont importants : le travail du sol, la gestion des intercultures, la gestion des cultures précédentes ou encore l'historique de limaces sur la parcelle… En somme, beaucoup de paramètres jouent et clairement, le but de l'intervention est d'arrêter les dégâts, donc parfois si cela ne fonctionne pas il faut revoir la stratégie ». Pour illustrer son propos, il pointe : « l'utilisation de petites doses de granulés est problématique pour la lutte car cela n'enraye pas les populations du premier coup ce qui vous oblige à faire de nouveaux passages. De plus, le travail préventif sécurise certes, mais pour faire des économies financières, il faut éviter les traitements inutiles. Afin d'ajuster son action, il est nécessaire, encore une fois, d'identifier le type de limaces ». Pour y parvenir, il rappelle que la limace grise a une face ventrale assez blanche ou crème et que celle de la limace noire est orangée. Toujours sur la question de l'observation, Thomas Guillot met en avant le piégeage, mais là les exploitants insistent : « notre temps a une valeur et nous ne pouvons pas le passer à mettre 50 pièges dans 50 parcelles différentes ». Face à ce positionnement, Thomas Guillot explique : « Choisissez des parcelles de références, cela vous donnera au moins une idée globale. L'outil connecté Limacapt peut aussi vous aider ». Pour mémoire, ce dernier a obtenu une médaille de bronze au SIMA Innovation Awards 2019.
Des leviers à considérer
Puis, il aborda la lutte en elle-même : « Aujourd'hui les deux molécules restantes sont le métaldéhyde et le phosphate de fer, qui se concentrent sur l'ingestion du produit par les limaces, ne prenant donc pas en compte la destruction des œufs. Ces derniers sont, pour rappel, résistants à des températures allant jusqu'à – 11 °C, mais très sensibles aux UV. Leur gestion se fera donc durant des périodes plus chaudes. La limace et ses œufs sont à travailler de front pour avoir une gestion efficace ». Il évoque alors différents types de luttes : « La lutte mécanique avec le labour qui permet de réduire la population adulte, le déchaumage qui a un effet direct sur les œufs ou encore le rouleau qui reste une solution très efficace puisqu'elle enferme quasi totalement les limaces dans le sol sans possibilité de sortir donc de se nourrir. La lutte agronomique avec une adaptation de la rotation ou des dates de semis ou encore de l'attention particulière portée aux conditions d'implantation. Et enfin, la lutte biologique notamment avec les carabes qui sont des prédateurs importants pour les limaces ». Il conclut : « La limace est très résistante tant que son environnement n'est pas bouleversé. En effet, dès lors qu'il y a un changement, la limace devient fragile… il ne faut donc pas perdre espoir face à ce ravageur, car ce n'est pas une fatalité ».