Interview de Marie-Guite Dufay, présidente de Région
Cap sur la qualité
Pour la présidente de Région, c’est la différenciation qualitative des productions agricoles qui permettra aux exploitations de surmonter la crise actuelle. Marie-Guite Dufay vient aussi de nommer un «monsieur Cantines» chargé de structurer la demande des établissements scolaires pour favoriser l’utilisation des denrées locales.
- Quel est votre état d’esprit, une vingtaine de jours après avoir visité une exploitation agricole de Saône-et-Loire et rencontré les représentants syndicaux de la profession ?
Marie-Guite Dufay: «Je voudrais d’abord témoigner de ma considération, face à cette crise immense que traversent les agriculteurs et les agricultrices. Peut-on d’ailleurs parler de crise, quand on finit par ne plus savoir ce qui est la situation normale ? Là, on est dans une mutation profonde. Je ferais tout ce qui est en mon possible pour préserver le modèle d’agriculture familiale, à dimension humaine, avec les leviers qui sont les miens. Sophie Fonquernie et moi allons sur le terrain, à la rencontre des organisations syndicales, des Départements, de l’État. Il faut travailler tous ensemble. D’un point de vue administratif, les Chambres et les Régions ont du s’unir entre nos deux régions. Ce n’est pas la situation la plus simple mais malgré tout, il faut aller de l’avant. Avec la chambre d’Agriculture régionale, je souhaite une gouvernance encore plus rapprochée pour être dans une réactivité réciproque».
Sophie Fonquernie: «Il y a aussi à travailler sur le Feader (Fonds Européen Agricole de Développement Rural). Des difficultés restent à résorber avec les services de l’État. La Région a la compétence économique. Nous avons débuté en juillet pour rentrer en concertation avec tous les acteurs. D’autres réunions sont prévues cet automne pour construire ce plan stratégique régional pour le développement agricole. Il verra le jour en début d’année 2017».
- Qu’est-ce qui est du ressort de la Région ?
M-G.D.: «Ce qui est de l’ordre des mesures conjoncturelles, c’est le propre de l’État, des organismes sociaux... Compte- tenu de la violence de la chute des trésoreries, nous ne sommes pas fermés à l’intervention, une fois que les organisations agricoles auront négocié avec les banques (dans le cadre du dernier Plan de soutien de l’État). Nous sommes néanmoins en train d’étendre le système de garantie Siagi, un système de garantie initialement bourguignon et propre aux artisans. Ce dispositif peut permettre de restructurer une partie des dettes des agriculteurs, sur les besoins en fonds de roulement.
Nous agirons principalement sur le plan structurel : il faut qu’on sorte de cette crise par le haut, en produisant le plus de produits de qualité possible. C’est par la qualité qu’on obtient des prix élevés, qu’on gagne en valeur ajoutée et au final en revenu dans les exploitations. Cette valeur ajoutée, il faut la fixer et la partager, et pour cela il faut voir quelles sont les difficultés qui empêchent d’y arriver: on a besoin d’objectiver tout ça. On a besoin de savoir qu’est-ce qui fait, qu’aujourd’hui, telle ou telle filière est mal organisée. C’est dans ce cadre que nous allons lancer une campagne d’audits, à la fois des audits de filières (céréales, lait et viande) et des audits d’exploitations, dès cet hiver, pour être en mesure au printemps prochain de démarrer notre plan régional stratégique. Nous pourrons par exemple accompagner certaines structures dans des domaines tels que la structuration de l’offre, la logistique ou l’export... Sans oublier la recherche et le développement, en encourageant l’innovation : je pense ici par exemple à l’AgroPôle de Dijon, voué à devenir un catalyseur technologique et économique».
S.F. : «Le fait aussi de mettre tout le monde autour d’une table au sein d’une filière en juillet ne s’était jamais vraiment produit. C’est le petit coup de pouce de la Région pour trouver des débouchés supplémentaires à l’export ou de proximité, en passant par le marché européen. Mais également pour mieux partager la valeur ajoutée. Car c’est loin d’être le cas actuellement partout. On l’a vu avec l’audit de la filière porc en Franche-Comté. Si les transformateurs voulaient continuer d’avoir des volumes et de la qualité, il fallait qu’ils communiquent avec les producteurs pour pouvoir abonder leurs marchés. Maintenant, dans le cas de la filière bovine, on a plutôt des marchés engorgés. Il y a un travail à faire de différenciation des produits. Car, c’est quand même incroyable que ces charolais - élevés à l’herbe – avec la qualité qu’on leur connaît, soient vendus comme du steak haché. Le politique peut amener les acteurs à se mettre en synergie sur la qualité. Les professionnels aussi, comme le prouve la démarche Cœur de gamme en viande bovine avec la distribution».
- Sur le plan pratique, qui réalisera ces audits ?
M-G.D.: «Nous avons lancé un appel d’offre cet été, ouvert à tous, et nous finaliserons nos choix au cours de ce mois d’octobre. Il y a bien sûr des acteurs «habituels» tels que les organismes de conseil et les Chambres d’agriculture, mais pas seulement ! Des cabinets extérieurs réaliseront aussi des audits. Ceux-ci sont ouverts sans limites de nombre. Il faut que tous ceux qui ont envie de se faire épauler puissent le faire. Le plus possible même. Car les avis d’experts sont aussi des éléments de réassurance. Après le diagnostic viendront des éléments de prescriptions pour aider l’entreprise à prendre tel ou tel tournant majeur pour son avenir.
L’enjeu est d’épauler les agriculteurs qui le souhaitent à prendre des tournants majeurs, structurels, dans leurs exploitations, pour pouvoir être encore là demain et vivre de leur métier. Il faut lever les obstacles naturels, structurels et conjoncturels. Hélas, certains ne pourront pas s’en sortir, et c’est un véritable drame : la Région doit là apporter des moyens pour les accompagner dignement vers la sortie, pour les aider à rebondir, à valoriser leurs compétences de chefs d’entreprise dans d’autres secteurs d’activité».
- Avec la loi NOTRe, qui a la main ?
M-G.D.: «Le maître mot est la coopération entre Région et Départements, sinon on ratera le développement de nos territoires et on aura, demain, la responsabilité partagée si on avance pas.
La loi dit que moyennant un conventionnement, les départements peuvent continuer à être «sur le pont» de l’agriculture. Nous avons déjà signé 5 conventions (Côte d’Or ; Haute Saône ; Saône-et-Loire ; Yonne et Territoire de Belfort) et tous vont signer. Nous avons convenu avec eux qu’ils continuent sur les aides, sur lesquels ils étaient auparavant, jusqu’en septembre 2017. Après, ils continueront mais sur la base de la stratégie régionale que nous aurons travaillé avec eux, j’y tiens, car les départements ont un ancrage de proximité».
S.F.: «D’ailleurs, avec la crise, on leur a redits qu’ils peuvent venir en aide en finançant des audits d’exploitations, en accompagnants les agriculteurs en grandes difficultés… C’est dans leurs compétences sociales».
- Vous n’avez cependant pas le pouvoir de réguler les marchés...
M-G.D.: «Une des spécificités de la Région est de pouvoir orienter la commande publique, à travers la restauration hors-foyer dans les lycées. Je viens de recruter un «Monsieur Achats» dont le rôle sera de structurer la demande des intendants, pour arriver à terme à un groupement public d’achat. J’ai bon espoir que ce mouvement entraîne également dans son sillage les collèges, les primaires et les établissements sanitaires. C’est un sujet complexe, et il y a un gros travail de fond pour faire bouger les intendances (un référent a également été nommé au rectorat), mais l’enjeu est de taille : c’est de pouvoir travailler avec les producteurs locaux pour approvisionner les cantines des établissements scolaires. Du côté des producteurs aussi il y a du chemin à faire pour structurer l’offre, planifier, assurer la logistique - créer des légumeries par exemple - et c’est le rôle du service économique de la Région, mais nous voulons aller vite sur ce dossier pour avoir du concret dès la rentrée de septembre 2017. Les expériences conduites dans le domaine de l’alimentation de proximité font le constat que cela ne coûte pas plus cher au final. Si, pendant la phase de mise en place, cela doit coûter un peu plus cher, alors la Région fera ce qu’il faut. C’est un mouvement qui est en marche, avec des villes comme Besançon ou Dijon qui ont inscrit l’autonomie alimentaire dans leur projet».
Marie-Guite Dufay: «Je voudrais d’abord témoigner de ma considération, face à cette crise immense que traversent les agriculteurs et les agricultrices. Peut-on d’ailleurs parler de crise, quand on finit par ne plus savoir ce qui est la situation normale ? Là, on est dans une mutation profonde. Je ferais tout ce qui est en mon possible pour préserver le modèle d’agriculture familiale, à dimension humaine, avec les leviers qui sont les miens. Sophie Fonquernie et moi allons sur le terrain, à la rencontre des organisations syndicales, des Départements, de l’État. Il faut travailler tous ensemble. D’un point de vue administratif, les Chambres et les Régions ont du s’unir entre nos deux régions. Ce n’est pas la situation la plus simple mais malgré tout, il faut aller de l’avant. Avec la chambre d’Agriculture régionale, je souhaite une gouvernance encore plus rapprochée pour être dans une réactivité réciproque».
Sophie Fonquernie: «Il y a aussi à travailler sur le Feader (Fonds Européen Agricole de Développement Rural). Des difficultés restent à résorber avec les services de l’État. La Région a la compétence économique. Nous avons débuté en juillet pour rentrer en concertation avec tous les acteurs. D’autres réunions sont prévues cet automne pour construire ce plan stratégique régional pour le développement agricole. Il verra le jour en début d’année 2017».
- Qu’est-ce qui est du ressort de la Région ?
M-G.D.: «Ce qui est de l’ordre des mesures conjoncturelles, c’est le propre de l’État, des organismes sociaux... Compte- tenu de la violence de la chute des trésoreries, nous ne sommes pas fermés à l’intervention, une fois que les organisations agricoles auront négocié avec les banques (dans le cadre du dernier Plan de soutien de l’État). Nous sommes néanmoins en train d’étendre le système de garantie Siagi, un système de garantie initialement bourguignon et propre aux artisans. Ce dispositif peut permettre de restructurer une partie des dettes des agriculteurs, sur les besoins en fonds de roulement.
Nous agirons principalement sur le plan structurel : il faut qu’on sorte de cette crise par le haut, en produisant le plus de produits de qualité possible. C’est par la qualité qu’on obtient des prix élevés, qu’on gagne en valeur ajoutée et au final en revenu dans les exploitations. Cette valeur ajoutée, il faut la fixer et la partager, et pour cela il faut voir quelles sont les difficultés qui empêchent d’y arriver: on a besoin d’objectiver tout ça. On a besoin de savoir qu’est-ce qui fait, qu’aujourd’hui, telle ou telle filière est mal organisée. C’est dans ce cadre que nous allons lancer une campagne d’audits, à la fois des audits de filières (céréales, lait et viande) et des audits d’exploitations, dès cet hiver, pour être en mesure au printemps prochain de démarrer notre plan régional stratégique. Nous pourrons par exemple accompagner certaines structures dans des domaines tels que la structuration de l’offre, la logistique ou l’export... Sans oublier la recherche et le développement, en encourageant l’innovation : je pense ici par exemple à l’AgroPôle de Dijon, voué à devenir un catalyseur technologique et économique».
S.F. : «Le fait aussi de mettre tout le monde autour d’une table au sein d’une filière en juillet ne s’était jamais vraiment produit. C’est le petit coup de pouce de la Région pour trouver des débouchés supplémentaires à l’export ou de proximité, en passant par le marché européen. Mais également pour mieux partager la valeur ajoutée. Car c’est loin d’être le cas actuellement partout. On l’a vu avec l’audit de la filière porc en Franche-Comté. Si les transformateurs voulaient continuer d’avoir des volumes et de la qualité, il fallait qu’ils communiquent avec les producteurs pour pouvoir abonder leurs marchés. Maintenant, dans le cas de la filière bovine, on a plutôt des marchés engorgés. Il y a un travail à faire de différenciation des produits. Car, c’est quand même incroyable que ces charolais - élevés à l’herbe – avec la qualité qu’on leur connaît, soient vendus comme du steak haché. Le politique peut amener les acteurs à se mettre en synergie sur la qualité. Les professionnels aussi, comme le prouve la démarche Cœur de gamme en viande bovine avec la distribution».
- Sur le plan pratique, qui réalisera ces audits ?
M-G.D.: «Nous avons lancé un appel d’offre cet été, ouvert à tous, et nous finaliserons nos choix au cours de ce mois d’octobre. Il y a bien sûr des acteurs «habituels» tels que les organismes de conseil et les Chambres d’agriculture, mais pas seulement ! Des cabinets extérieurs réaliseront aussi des audits. Ceux-ci sont ouverts sans limites de nombre. Il faut que tous ceux qui ont envie de se faire épauler puissent le faire. Le plus possible même. Car les avis d’experts sont aussi des éléments de réassurance. Après le diagnostic viendront des éléments de prescriptions pour aider l’entreprise à prendre tel ou tel tournant majeur pour son avenir.
L’enjeu est d’épauler les agriculteurs qui le souhaitent à prendre des tournants majeurs, structurels, dans leurs exploitations, pour pouvoir être encore là demain et vivre de leur métier. Il faut lever les obstacles naturels, structurels et conjoncturels. Hélas, certains ne pourront pas s’en sortir, et c’est un véritable drame : la Région doit là apporter des moyens pour les accompagner dignement vers la sortie, pour les aider à rebondir, à valoriser leurs compétences de chefs d’entreprise dans d’autres secteurs d’activité».
- Avec la loi NOTRe, qui a la main ?
M-G.D.: «Le maître mot est la coopération entre Région et Départements, sinon on ratera le développement de nos territoires et on aura, demain, la responsabilité partagée si on avance pas.
La loi dit que moyennant un conventionnement, les départements peuvent continuer à être «sur le pont» de l’agriculture. Nous avons déjà signé 5 conventions (Côte d’Or ; Haute Saône ; Saône-et-Loire ; Yonne et Territoire de Belfort) et tous vont signer. Nous avons convenu avec eux qu’ils continuent sur les aides, sur lesquels ils étaient auparavant, jusqu’en septembre 2017. Après, ils continueront mais sur la base de la stratégie régionale que nous aurons travaillé avec eux, j’y tiens, car les départements ont un ancrage de proximité».
S.F.: «D’ailleurs, avec la crise, on leur a redits qu’ils peuvent venir en aide en finançant des audits d’exploitations, en accompagnants les agriculteurs en grandes difficultés… C’est dans leurs compétences sociales».
- Vous n’avez cependant pas le pouvoir de réguler les marchés...
M-G.D.: «Une des spécificités de la Région est de pouvoir orienter la commande publique, à travers la restauration hors-foyer dans les lycées. Je viens de recruter un «Monsieur Achats» dont le rôle sera de structurer la demande des intendants, pour arriver à terme à un groupement public d’achat. J’ai bon espoir que ce mouvement entraîne également dans son sillage les collèges, les primaires et les établissements sanitaires. C’est un sujet complexe, et il y a un gros travail de fond pour faire bouger les intendances (un référent a également été nommé au rectorat), mais l’enjeu est de taille : c’est de pouvoir travailler avec les producteurs locaux pour approvisionner les cantines des établissements scolaires. Du côté des producteurs aussi il y a du chemin à faire pour structurer l’offre, planifier, assurer la logistique - créer des légumeries par exemple - et c’est le rôle du service économique de la Région, mais nous voulons aller vite sur ce dossier pour avoir du concret dès la rentrée de septembre 2017. Les expériences conduites dans le domaine de l’alimentation de proximité font le constat que cela ne coûte pas plus cher au final. Si, pendant la phase de mise en place, cela doit coûter un peu plus cher, alors la Région fera ce qu’il faut. C’est un mouvement qui est en marche, avec des villes comme Besançon ou Dijon qui ont inscrit l’autonomie alimentaire dans leur projet».
Regonfler le moral des agriculteurs
«Probablement en février, la Région lancera une campagne de communication sur les agriculteurs et les agricultrices de nos campagnes, du Nivernais au Jura, de l’Yonne à la Sâone-et-Loire, pour montrer toutes leurs diversités et leur complémentarité dans notre grande région. Je veux pousser l’agriculture sur le devant de la scène régionale. Montrer qu’effectivement, on a besoin d’eux. Personne n’ose imaginer que demain les exploitations familiales n’existent plus et soient remplacées par des exploitations avec des salariés à leurs têtes. C’est inimaginable !», pour la présidente de la Région. Pas question d’opposer non plus les modes d’agriculture. Sur les traitements phytosanitaires, polémiques, «on doit ramener de la raison sur ces questions. Malheureusement, il suffit d’un mauvais exemple pour défrayer la chronique. Les paysans sont nés avec la nature, ils la connaissent et ne la détruisent pas. Ils ont appris à doser. Ce ne sont pas des pollueurs nés et ne s’amusent pas à inonder les champs de produits nocifs. C’est trop souvent l’idée propagée. Il faut trouver les techniques les plus appropriés pour protéger l’environnement», conclut Marie-Guite Dufay.