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Union Européenne

Brexit: Une opération à risque pour le financement de la Pac

L’impact sur les échanges Royaume-Uni/continent et sur le budget de la Pac : deux préoccupations majeures des agriculteurs européens face au Brexit déclenché le 29 mars par Londres.
Par Agra Presse
Brexit: Une opération à risque pour le financement de la Pac
( Crédit photo : T. Michel ) Le Brexit s’est enclenché le 29 mars. Londres, sa Tamise, et le Royaume-Uni resteront-ils attrayants aux yeux des touristes et des acteurs économiques ? Brexit dur ou Brexit pas dur, là est la question...
Le gouvernement britannique avait annoncé le 20 mars son intention d'activer le 29 mars - quatre jours après la commémoration du 60e anniversaire des traités de Rome - l'article 50 du traité européen, c’est fait ! Le processus de sortie du Royaume-Uni de l'Union est désormais lancé. Les organisations et coopératives agricoles des Vingt-huit (Copa-Cogeca) ont eu l'occasion, dans cette perspective, de faire part de leurs inquiétudes à Michel Barnier, négociateur en chef de la Commission de Bruxelles pour le Brexit et ancien ministre français de l'Agriculture. Elles demandent que les pourparlers entre Bruxelles et Londres, qui doivent durer deux ans, préservent la solidarité de la communauté agricole européenne, malgré d'évidents défis politiques.

Un trou de trois milliards d’euros
Le Royaume-Uni étant un contributeur net au budget de l’UE, le départ de cet État membre risque de se traduire, sur les bases actuelles, par «une réduction de trois milliards d’euros» du budget de la Pac, selon le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan. Son collègue chargé du budget, Günther Oettinger, prévoyant pour sa part la nécessité «d’un réalignement et de réductions pour certains programmes (agricoles)».

Perturbation des échanges et concurrence accrue
Outre cette inconnue budgétaire, les organisations agricoles des Vingt-huit ont fait part à Michel Barnier de leur détermination à «travailler pour que l’impact du Brexit sur les échanges soit minimisé». Des échanges qui pourraient être entravés par l’instauration de barrières douanières ou sanitaires entre le Royaume-Uni et les Vingt-sept, mais aussi souffrir de la concurrence exercée par les accords commerciaux que Londres entend négocier avec nombre de pays tiers.
Une concurrence tout aussi inquiétante pour les agriculteurs et consommateurs britanniques, selon Phil Hogan. Le commissaire européen estime, par exemple, qu’un accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et les États-Unis «entraînera inévitablement un abaissement des normes alimentaires, ce qui pourrait conduire à l’introduction de bœuf aux hormones ou de poulet chloré» sur le marché britannique.

Commerce mais aussi intégration
Les importations agroalimentaires du Royaume-Uni - viandes, fromage, céréales, fruits, légumes et boissons - sont de l’ordre de 57 milliards d’euros par an. Elles proviennent à 90% des Vingt-sept, dont 70% de cinq principaux fournisseurs : France, Pays-Bas, Irlande, Allemagne et Espagne. Avec des volumes (135 000 tonnes de fromage, 960 000 tonnes de porc...) qui sont proportionnellement plus élevés que ceux exportés vers la Russie avant l’embargo de 2014. Dans ce secteur, le Royaume-Uni, qui exporte essentiellement des viandes, des produits laitiers, des céréales et des confiseries, enregistre un déficit commercial de plus de 20 milliards d’euros.
À ces échanges traditionnels s’ajoute l’intégration de la chaîne d’approvisionnement alimentaire des deux côtés de la Manche et entre le Royaume-Uni et l’Irlande, qui pourrait être mise à mal. Par exemple, l’industrie laitière britannique utilise des unités de transformation en dehors du Royaume-Uni, en Irlande surtout, et certaines coopératives d’origine irlandaise, danoise ou suédoise pourraient perdre leurs membres britanniques.

Des importations à la charge des Vingt-sept
Le Royaume-Uni est aussi l’une des destinations européennes préférées des pays tiers fournisseurs dans le cadre des accords de l’OMC et avec les États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) conclus par l’UE, ont aussi souligné les organisations agricoles des Vingt-huit lors de leur échange de vues avec le négociateur en chef de la Commission de Bruxelles pour le Brexit.
Selon elles, le retrait du Royaume-Uni de l’Union laisse potentiellement disponibles sur le marché de l’UE à Vingt-sept 700 000 tonnes de sucre, 12 000 tonnes de beurre, 12 000 tonnes de fromage, 85 000 tonnes de viande ovine, 230 000 tonnes de volaille et 16 000 tonnes de viande bovine. La question est : qui remplacera ces fournisseurs ?