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Pénurie de beurre

À qui profite la crise ?

Les consommateurs constatent une pénurie de beurre dans les magasins et des prix qui augmentent fortement. Dans le même temps, les producteurs de lait conventionnel continuent de faire face à une crise sans précédent.
Par Ma signature
À qui profite la crise ?
Comme de nombreux producteurs de lait standard, la FRSEA de Bourgogne-Franche-Comté s’interroge sur les raisons de la pénurie actuelle de beurre dans les linéaires, alors que la situation des producteurs ne s’améliorent pas et que les paies de lait restent très en-deça de la situation du marché mondial, si l’on se réfère à la sacro-sainte loi du marché. A qui profite la crise actuelle sur le beurre ? interpelle la FRSEA. «En 2016, 60% des exploitations en lait conventionnel ont eu un revenu négatif et de nombreux agriculteurs ont des difficultés à payer leurs échéances». Alors même que le prix du beurre a «explosé» passant de 3000 €/t à 6000€/t en moins d’un an, le prix du lait payé aux producteurs reste inférieur aux coûts de production et en dépit de «la bonne conjoncture des marchés laitiers», en 2017, ce prix reste quasiment identique à celui de 2001 (324€/1000l).
Alors que la valorisation beurre-poudre se situe à près de 350€/1000 l, que le prix du lait en Allemagne atteint près de 365€/1000l (en août), que la valorisation du marché intérieur augmente, que la pénurie de beurre s’installe... les leaders industriels du lait annoncent aux producteurs un prix en octobre qui plafonne à 325€/1000l, «avec des pressions à la baisse» relève la FRSEA BFC .
Le décalage entre la faiblesse du prix payé à la production et la bonne conjoncture des différents marchés laitiers demeurent incompréhensible. Sur les marchés la remontée en puissance de la demande de beurre s’explique par une évolution favorable de l’image du beurre et une augmentation de sa consommation (5% en France, 2,5% dans le monde). L’augmentation de la demande en fromages réduit la disponibilité en matière grasse laitière, alors que la conjoncture laitière défavorable pèse sur la collecte qui a chuté au sein de l’UE à partir de la fin de l’été 2016. Les conditions climatiques défavorables accentuant cette baisse de volumes. Les volumes de lait consacrés au beurre semblent insuffisants à satisfaire la demande (20% du lait collecté est transformé en beurre). Le contexte du marché européen ces trente dernières années avait en effet emmené l’UE à mettre en place des quotas de production de matière grasse laitière, afin d’en limiter la production. Les pratiques d’élevage en France comme en Europe ont ainsi évolué vers une diminution de la teneur en matière grasse du lait jusqu’en 2014, dernière année complète soumise aux quotas de production.

Bruxelles s’attaque aux stocks de poudre de lait
Toutefois, dans le cadre du réglement Omnibus, l’Europe commence à prendre en compte la nécessité de stabiliser les prix payés aux producteurs avec la mise en place des organisations de négociation. Cela passe notamment par la réduction des stocks de poudre de lait européen qui pèse sur les marchés et freinent la remontée du prix du lait dans les fermes. Bruxelles cherche ainsi à faire évoluer le dispositif actuel afin de réduire le stock de poudre de lait en 2018. Ces stocks accumulés depuis la crise de 2016 pèse fortement sur les marchés. La commission européenne cherche maintenant à empêcher que de nouveaux stocks s’y ajoutent et à vendre les stocks existants qui se dégradent rapidement. Les stocks actuels atteignent 380 000 tonnes. Reste maintenant à trouver des solutions pour déstocker alors que le consensus n’est pas d’actualité sur la marche à suivre entre les pays européens et que la décision finale doit être validée par les 28...
Dans le même temps, le commissaire à l’agriculture a annoncé le lancement d’une campagne de sensibilisation sur l’utilité des organisations de producteurs (OP) dans le secteur laitier, afin d’encourager la création de nouvelles OP et d’améliorer le fonctionnement de celles qui existent. Côté collecte, la bonne récolte de fourrage de 2017 devrait favoriser une augmentation des volumes produits. Reste que les producteurs français sont toujours en attente de signaux positifs et de voir la forte demande en fromage, beurre, crème et poudre, se transformer en espèces sonnantes et trébuchantes dans leur poche...

Compromis sur le règlement Omnibus

Les négociateurs du Conseil de l’UE, du Parlement européen et de la Commission de Bruxelles, sont parvenus le 12 octobre à un compromis sur le volet agricole du règlement omnibus. Parmi les points qui étaient en suspens, le niveau de déclenchement de l’outil de stabilisation du revenu est fixé à 20% au niveau sectoriel, un taux également applicables aux assurances climatiques ; les organisations de producteurs restent volontaires, mais la possibilité pour elles de planifier la production est étendue ; les exploitations de moins de 30 ha sont dispensées des obligations liées aux surfaces d’intérêt écologique (dans lesquelles le miscanthus est inclu) comme cela est déjà le cas pour la diversification des cultures (dans laquelle l’épeautre est inclue).