A la chasse aux caricatures !
C'est à Besançon, sur un bateau voguant sur le Doubs que jeunes agriculteurs et citadins ont échangé sur les enjeux et défis agricoles. Les débats, parfois tranchés se sont succédé mais dans un but vertueux : combattre les idées reçues sur l'agriculture.
L'eau, l'alimentation, le bio, le foncier ou les pesticides… c'est sur tous ces thèmes qu'une trentaine de personnes et des jeunes agriculteurs ont pu débattre, au mois de janvier, à Besançon. L'évènement prenait une forme particulière en étant organisé à bord du Battant, péniche bien connue des habitants de la cité doubienne. « Nous avons communiqué via les réseaux sociaux mais aussi par des affiches posées en ville une dizaine de jours, avant l'évènement, explique Jessica Durget, directrice de Jeunes agriculteurs BFC. Nous n'avons retenu que les premiers inscrits car les places étaient gratuites et limitées ». Les quelques places ont été prises d'assaut. Preuve que les sujets agricoles intéressent voire passionnent. Mal compris quand ils ne sont pas stigmatisés, les JA souhaitent reconnecter les citoyens avec ceux qui les nourrissent. Ce changement de regard sur l'agriculture, les JA l'ont imaginé lors de temps forts à différents endroits du territoire national via les rendez-vous nommés Terres innovantes. Autour d'un brunch, d'un déjeuner, ou d'une personnalité, il s'agit pour les jeunes agriculteurs issus de différentes productions de provoquer un échange avec des citadins, des associations, au cœur de la ville, lors d'un festival ou d'un grand rendez-vous. « En BFC, nous avions organisé une première édition à Poligny dans le Jura au moment de la sortie du film de Louise Courvoisier, Vingt Dieux» rappelle Jessica. Dans une atmosphère décontractée, parfois décalée, il s'agit de faciliter le dialogue et déconstruire certaines idées reçues. « Avec un maximum de 20 participants, les échanges sont favorisés et aucun sujet n'est tu » insiste la directrice.
Entre souveraineté et injonctions sociétales
L'agriculture n'échappe pas aux mutations profondes. Entre adaptation au changement climatique et atténuation des impacts de ce changement, réduction de l'empreinte carbone, utilisation et usage de l'eau, les sujets environnementaux sont devenus des sujets sociétaux. « Ces transformations doivent être comprises tout comme doit être compris le défi générationnel » poursuit Jessica. Terres innovantes abordent tous ces sujets plus quelques autres qui pointent du doigt les incohérences dont font parfois preuve les consommateurs. Par exemple, la demande croissante pour les produits locaux, respectueux du bien-être animal, avec des normes environnementales de haute exigence alors que le prix du produit reste le premier critère d'achat. Faire connaître les enjeux économiques d'une ferme, mettre l'accent sur la vitalité des territoires et la richesse des traditions sans tomber dans les clichés. Écouter et entendre ce que les consommateurs ont à dire aux agriculteurs, s'inspirer d'expériences, de points de vue pour nuancer et tolérer les différences, le tout sur un format de deux heures pour ne pas trop étaler les échanges au risque de perdre les participants, tout a été pensé pour que chacun y trouve son compte. Avec des profils bien différents chez les participants, infirmière en psychiatrie, agent d'assurances, étudiant ou organisateur d'évènements sportifs… des questions très pratiques ont été posées. Sur la prédation, une jeune femme était contre le tir de défense. « En témoignant en tant qu'éleveuse, rappelait Emma Girardin, inscrite dans le parcours Avenir formation de JA BFC (parcours complet de responsables agricoles), je ne dis pas qu'elle a été convaincue par nos arguments mais elle a écouté et a pu entendre un point de vue différent. » Les langues se sont déliées autour du buffet dînatoire. « L'infirmière en psychiatrie nous a dit qu'elle avait déjà croisé, dans l'unité où elle travaille, des agriculteurs. Elle s'interrogeait sur le mal-être de cette profession. Isolement, surcharge de travail… Nous aussi ça nous oblige à réfléchir à des questions délicates » soulignait la jeune agricultrice. Ces échanges auront fait germer de nouvelles idées dans ces jeunes têtes qui veulent défendre leur métier, leurs produits et leurs valeurs mais qui veulent surtout qu'on les comprenne sans les juger. La rencontre bisontine rappelait aussi une évidence trop souvent oubliée : l'agriculture ne se résume pas à des chiffres, des normes ou des polémiques. Elle se vit, se partage, et se réinvente chaque jour grâce à celles et ceux qui la font vivre. Les agriculteurs via Terres innovantes continuent à tendre la main, à expliquer, à échanger – car c'est en recréant du lien, en brisant les murs des préjugés qu'ils construisent ensemble une agriculture comprise, soutenue et fière de son rôle. Alors, à quand la prochaine rencontre en BFC ?
Une mission d'intérêt général
Terres innovantes est le fonds de dotation de Jeunes Agriculteurs national qui, soutenu par ses mécènes (Crédit Agricole, Lidl, McDonald's France, TotalEnergies, Ragt, Nestlé) remplit une mission d'intérêt général en organisant des rencontres qui visent à renforcer les liens entre les agriculteurs et la société. Besançon était une seconde étape pour la région Bourgogne-Franche-Comté après Poligny en mars 2025 lors de la projection du film "Vingt Dieux". Les inscriptions sont d'ores et déjà ouvertes pour les deux prochains rendez-vous, le 22 février lors du prochain Salon de l'agriculture à Paris et le 28 mars à Bourges. Qui sera volontaire en BFC pour une troisième séance d'échanges ?