L’intervention clé pour le rendement et la qualité
Dans le contexte économique actuel, optimiser chaque unité d’azote apportée est plus stratégique que jamais. Fractionner en trois ou quatre passages, choisir les formes d’engrais les plus efficientes, réaliser les apports selon les conditions climatiques et piloter grâce aux outils d’aide à la décision sont autant de leviers qui influent directement sur la rentabilité du blé tendre.
Faut-il diminuer le dernier apport sur blé au vu du prix des engrais ? Le dernier apport d’azote sur céréales, considéré généralement comme « l’apport qualité », est trop souvent perçu comme un levier exclusivement destiné à améliorer la teneur en protéines. Pourtant, ses conséquences vont au‑delà, car il intervient à un stade où la plante est encore sensible en termes de construction du rendement, en particulier au stade dernière feuille quand elle met en place la fertilité de ses épis et établit le nombre de grains par m². Son rôle dans l’établissement du rendement est donc essentiel, dans une région où les composantes de fin de cycle (fertilité des épis, PMG) sont fortement impactées par les stress azotés.
Par ailleurs, au vu du contexte actuel, le rôle de ce dernier apport vis-à-vis de la teneur en protéine est particulièrement important, puisque le risque de pénalité protéine a encore plus d’impact lorsque les prix du blé sont bas.
Sur une quarantaine d’essais récents répartis sur l’ensemble du territoire (réseau Arvalis « Azoclim » 2023-2025), les résultats sont sans appel : une réduction de 40 kgN/ha de la dose prévisionnelle se traduit par une perte de rendement et de protéines. Pour une impasse d’apport à DFE, la perte est en moyenne de 4 q/ha et de 1 % de protéine.
Face aux niveaux de prix du blé et de l’azote les matrices d’ajustement des doses Arvalis ont été réactualisées en s’appuyant sur un jeu de données conséquent : 442 essais conduits entre 1990 et 2022. Ces nouvelles matrices matérialisent une plage de dose d’azote pour laquelle on atteint un optimum technico-économique. Attention, ces références sont établies dans l’hypothèse où la dose d’azote a été calculée à l’optimum technique de fertilisation (figure 1).
L’utilisation d’un outil de pilotage à partir du stade deux nœuds (par satellite type Farmstar, à l’aide de la pince N-Tester ou d’autres méthodes) est à privilégier pour ajuster la dose initialement mise en réserve à la hausse ou à la baisse selon l’état de la parcelle.
Rappel : certaines variétés de blé tendre nécessitent une mise en réserve pour le dernier apport plus importante que 40 unités pour atteindre une teneur de 11.5 % de protéines (par exemple Celebrity, Chevignon, KWS Millesime, KWS Ultim, RGT Lookeo, SY Admiration…), information à vérifier ici.
Quelle forme d’engrais au dernier apport ?
Toutes les formes d’azote n’ont pas la même efficacité, en particulier sur la teneur en protéines. Les formes ammonitrate ou urée avec inhibiteur d’uréase (Nexen, Novius…) sont les plus efficaces et sont à privilégier pour sécuriser l’atteinte d’une teneur en protéines suffisante. L’urée provoque généralement dans nos essais une légère perte sur la teneur en protéines, tandis que la solution azotée pénalise à la fois le rendement et la protéine.
Quant aux engrais azotés foliaires, ils doivent être appliqués à des doses faibles pour limiter le risque de brulures, et parce que leur coût à l’unité est généralement élevé. Leurs performances techniques sur le plan du rendement et de la protéine sont alors inférieures à celles de l’ammonitrate à dose classique (ou pilotée). Les engrais foliaires testés n’ont donc pas présenté d’intérêt technico-économique dans les expérimentations conduites par Arvalis, y compris en conditions sèches.
Blés améliorants ou de force (BAF)
Pour les blés améliorants ou de force, un quatrième apport « qualité » sera également à prévoir autour du stade épiaison pour satisfaire aux 14,5 % de protéines recherchés. Il est donc assez fréquent de fractionner un conseil de 80u en 2 passages.
Et les orges de printemps ?
Les orges de printemps ont majoritairement été semées première décade de mars et sont actuellement au stade 3F – début tallage. Le deuxième apport est donc à prévoir dès que des pluies sont annoncées.
Rappel, pour les orges de printemps brassicoles, la stratégie de fractionnement permettant le meilleur compromis entre efficacité de l’apport (pas trop précoce) et teneur en protéine (9,5 à 11,5 %), est celle du « 1/3 de la dose au semis » puis « 2/3 de la dose au tallage ».
Penser à la bande sur-fertilisée pour un pilotage N-Tester
Vous pouvez mettre en place une bande sur-fertilisée au moment du deuxième apport (si cela n’a pas été déjà fait au semis) afin de pouvoir réaliser un pilotage N-Tester au stade 1 nœud. Ce pilotage permet de corriger de fortes carences en azote sur orge de printemps. Lorsqu’il déclenche un apport, les gains sont en général importants : + 6 q/ha, sans crainte sur la teneur en protéines qui reste comprise entre 9,5 et 11,5 %.
Pour en savoir plus : N tester manuel Orge de printemps brassicole (yara.fr)
Orge de printemps semées d’automne (OPsa)
On constate régulièrement des teneurs en protéines trop basses pour les OPsa à destination brassicole.
Pour rappel, la fertilisation des OPsa sera gérée comme celle d’une orge d’hiver : méthode du bilan azoté, fractionnement en deux apports à partir de la sortie d’hiver puis mise en œuvre de la méthode HNT Max pour piloter un éventuel apport supplémentaire afin de ne pas « louper » l’année favorable à la production, tout en maintenant une teneur en protéines compatible avec le débouché brassicole.
Pour illustrer cela, en 2024, les résultats de 4 essais indiquaient un gain de + 3,5 q/ha et de + 1.2 % de protéines pour un apport d’azote supplémentaire de 30 unités à 2 Nœuds (attention résultats annuels et non pluriannuels).
À retenir
• Dans les rapports de prix blé/engrais actuels, il n’y a pas nécessité de revoir à la baisse la dose d’azote, d’autant plus si les premiers apports ont mal été valorisés.
• Plutôt que de réduire arbitrairement, il est préférable de s’assurer que chaque unité soit bien valorisée : fractionnement en 3-4 apports, formes les plus robustes, positionnement en fonction de la pluie, appui sur les outils de pilotage qui permettent de capter le potentiel de l’année et l’état de nutrition des plantes.
(1) Article rédigé par les partenaires de “Blé Orge Objectifs Protéines“ (BOOP) Bourgogne Franche-Comté : Diane Chavassieux et Léa Bounhoure (Arvalis), Arnaud Pillier (CA21), Stéphane Joud (CA39), Emeric Courbet (CA70), Marie-Agnès Loiseau (CA89), Cédric Zambotto (CA58), Antoine Villard (CA71), Damien Derelle (SeineYonne), Romain Flamand (SAS Bresson), Thierry Beaucamp (AACE Rose), Yohann Roblin (Interval), Alexandre Lachmann (Bourgogne du Sud), Mickaël Mimeau (Alliance BFC), Emmanuel Bonnin (Soufflet Agriculture) et Benjamin Foltier (Axereal).