Session de la Chambre régionale d’agriculture BFC
Vincent Chatellier remet le Nord sur la boussole
Invité à la session de la Chambre régionale d’agriculture de Bourgogne Franche-Comté, Vincent Chatellier, économiste à l’Inra, n’a pas ménagé ses propos pour ébranler quelques certitudes et surtout redonner le moral aux agriculteurs en proie au doute. L’agriculture a de l’avenir, en France comme ailleurs et ce n’est pas seulement une question de foi, mais tout simplement de bons sens économique.
Les agriculteurs ont perdu le Nord, ils sont déboussolés, à l’image d’une agriculture européenne en panne de projet collectif. Beaucoup veulent encore y croire, mais d’autres sont prêts aussi à jeter l’éponge, faute de repères, faute de perspectives, désabusés par trop de langue de bois et de lendemains qui déchantent. Alors pour secouer le cocotier et inverser la spirale négative, la Chambre régionale d’agriculture Bourgogne Franche-Comté a invité un fin observateur de la sphère agricole, Vincent Chatellier, économiste à l’Inra, à faire le point, à pointer ce qui va, ce qui pourrait aller mieux et à mettre en garde sur certaines dérives.
Rien ne sert de dénoncer les responsabilités des uns et des autres dans la crise actuelle, pas la peine non plus de tout attendre de responsables politiques et gouvernementaux, mieux vaut d’abord en bon «chef d’entreprise, courageux, malin, passionné» reprendre la main et examiner avec lucidité ses atouts et ses faiblesses. Vincent Chatellier sait asséner des vérités sans détours et sans langue de bois. Entre remontage de bretelles et exercice de motivation collective, l’économiste, à l’appui d’une batterie de chiffres, a replacé l’agriculture française à l’échelle des enjeux nationaux et internationaux.
Maîtrise technique, productivité, efficacité économique
D’abord, quelques règles de bons sens en forme de garde-fou. La période est très compliquée, l’agriculture est une activité complexe et c’est un vrai métier qui demande et exigera encore plus demain une grande maîtrise des techniques de production. La force de l’agriculture française c’est sa diversité, il n’y a pas de modèle unique mais l’opportunité pour chaque exploitant, en fonction de ses exigences et de son ambition, de développer une structure à la hauteur de ses compétences. La liberté d’entreprendre commence là.
«La compétence est personnelle» mais la réussite dépend souvent de la capacité à «intégrer une dimension collective» dans ses outils de gestion. Jouer collectif pour diluer les charges, anticiper les facteurs de risque, savoir faire preuve d’opportunisme... Le tout rassemblé en une formule par Vincent Chatellier : il est temps de passer de la notion de «paysan» à celle «d’entrepreneur rural», ouvert à toutes les opportunités de développement et de diversification, avec un objectif assumé en filigrane à toutes les décisions stratégiques : augmenter la valeur de production et investir en priorité sur la création de valeur. Ce qui n’est pas toujours le cas des agriculteurs français, connus en Europe pour «leur appétence pour la ferraille». En matière d’investissement et de charges fixes, il vaut donc mieux «raison garder»
Un seul juge de paix pour tout agriculteur et tout jeune agriculteur : le ration EBE/produit. La productivité et l’efficacité du travail se situent là et c’est un paramètre essentiel pour l’économiste car «nous assistons à une crise de la trésorerie et de l’efficacité économique». Les structures agricoles française ne sont pas trop endettées, mais elles restent trop fragiles économiquement, avec «une dispersion des résultats économiques» extrêmement préoccupante. Certaines exploitations sont plus efficaces, plus productives et surtout plus rentables que d’autres. Reste donc à travailler sur les compétences techniques et l’accompagnement pour améliorer la performance économique, car la productivité ne peut pas se passer de l’efficacité économique. Il suffit d’un rien pour qu’une bouteille à moitié vide ne semble à moitié pleine. C’est une question de vision personnelle. Oui les normes peuvent apparaître comme un frein, mais elles peuvent aussi devenir un atout, à vendre et rentabiliser comme représentatif du très haut niveau d’exigence français.
L’export : un défi collectif à relever rapidement
Il est temps aussi pour l’agriculture française d’arrêter de s’auto-flageller. La France reste la plus grande agriculture européenne et même si certains challengers se positionnent sur quelques marchés, notre production reste globalement stable et représente 19% de toute la production agricole européenne. Notre faiblesse, c’est notre difficulté à intégrer la dimension export, alors qu’un quintal sur deux est exporté et qu’en viande bovine notre consommation intérieure stagne, au mieux.
L’export ce sont les pays tiers et le grand marché mondial, car d’ici 2050, c’est là que s’exprimera le grand boom démographique. Avec 50% d’humains de moins de 29 ans (-19 ans en Afrique), le monde de demain sera jeune et aura grande faim... Face à une Europe vieillissante et repue, l’export n’est pas une option, c’est une exigence et un vrai défi collectif à relever, alors que nos organisations économiques sont freinées par des concurrences intestines. «On a intérêt à se remuer pour faire évoluer nos circuits commerciaux actuels et à profiter de la situation de crise pour traiter les dossiers en filière sans trop attendre du gouvernement» avertit sans ambages l’économiste. La demande mondiale de biens alimentaires est croissante et la France conserve le potentiel de développement nécessaire pour dynamiser ses exportations. A condition d’y croire et de s’en donner les moyens. A dix ans, la demande mondiale va augmenter de +13% en viande bovine , +11% en blé, +15% en céréales secondaires et +25% en volaille. Alors bien sûr, il y a la volatilité et une difficulté croissante à prévoir certaines évolutions ou retournements de marché. Dans un monde volatile en perpétuelle évolution, il faut savoir s’adapter, «accepter que les formes d’organisation et les pratiques évoluent». C’est valable sur les marchés intérieurs comme sur les marchés exports.
Et il n’y a pas de raison valable pour que cela ne marche pas, l’évolution du monde va dans le sens du commerce international, vers plus d’échanges, plus de demandes diversifiées, une consommation alimentaire en hausse sur fonds de foncier agricole en perte de surfaces utiles. Dans ce contexte, la France conserve de bonnes cartes en main. Elle «est capable de dynamiser ses exportations» et de «concilier valorisation locale des produits et internationalisation des marchés». A l’agriculture aussi d’évoluer encore et de mieux communiquer pour valoriser ses atouts et faire reconnaître la valeur réelle de sa contribution au développement économique et sociétal de la France.
Rien ne sert de dénoncer les responsabilités des uns et des autres dans la crise actuelle, pas la peine non plus de tout attendre de responsables politiques et gouvernementaux, mieux vaut d’abord en bon «chef d’entreprise, courageux, malin, passionné» reprendre la main et examiner avec lucidité ses atouts et ses faiblesses. Vincent Chatellier sait asséner des vérités sans détours et sans langue de bois. Entre remontage de bretelles et exercice de motivation collective, l’économiste, à l’appui d’une batterie de chiffres, a replacé l’agriculture française à l’échelle des enjeux nationaux et internationaux.
Maîtrise technique, productivité, efficacité économique
D’abord, quelques règles de bons sens en forme de garde-fou. La période est très compliquée, l’agriculture est une activité complexe et c’est un vrai métier qui demande et exigera encore plus demain une grande maîtrise des techniques de production. La force de l’agriculture française c’est sa diversité, il n’y a pas de modèle unique mais l’opportunité pour chaque exploitant, en fonction de ses exigences et de son ambition, de développer une structure à la hauteur de ses compétences. La liberté d’entreprendre commence là.
«La compétence est personnelle» mais la réussite dépend souvent de la capacité à «intégrer une dimension collective» dans ses outils de gestion. Jouer collectif pour diluer les charges, anticiper les facteurs de risque, savoir faire preuve d’opportunisme... Le tout rassemblé en une formule par Vincent Chatellier : il est temps de passer de la notion de «paysan» à celle «d’entrepreneur rural», ouvert à toutes les opportunités de développement et de diversification, avec un objectif assumé en filigrane à toutes les décisions stratégiques : augmenter la valeur de production et investir en priorité sur la création de valeur. Ce qui n’est pas toujours le cas des agriculteurs français, connus en Europe pour «leur appétence pour la ferraille». En matière d’investissement et de charges fixes, il vaut donc mieux «raison garder»
Un seul juge de paix pour tout agriculteur et tout jeune agriculteur : le ration EBE/produit. La productivité et l’efficacité du travail se situent là et c’est un paramètre essentiel pour l’économiste car «nous assistons à une crise de la trésorerie et de l’efficacité économique». Les structures agricoles française ne sont pas trop endettées, mais elles restent trop fragiles économiquement, avec «une dispersion des résultats économiques» extrêmement préoccupante. Certaines exploitations sont plus efficaces, plus productives et surtout plus rentables que d’autres. Reste donc à travailler sur les compétences techniques et l’accompagnement pour améliorer la performance économique, car la productivité ne peut pas se passer de l’efficacité économique. Il suffit d’un rien pour qu’une bouteille à moitié vide ne semble à moitié pleine. C’est une question de vision personnelle. Oui les normes peuvent apparaître comme un frein, mais elles peuvent aussi devenir un atout, à vendre et rentabiliser comme représentatif du très haut niveau d’exigence français.
L’export : un défi collectif à relever rapidement
Il est temps aussi pour l’agriculture française d’arrêter de s’auto-flageller. La France reste la plus grande agriculture européenne et même si certains challengers se positionnent sur quelques marchés, notre production reste globalement stable et représente 19% de toute la production agricole européenne. Notre faiblesse, c’est notre difficulté à intégrer la dimension export, alors qu’un quintal sur deux est exporté et qu’en viande bovine notre consommation intérieure stagne, au mieux.
L’export ce sont les pays tiers et le grand marché mondial, car d’ici 2050, c’est là que s’exprimera le grand boom démographique. Avec 50% d’humains de moins de 29 ans (-19 ans en Afrique), le monde de demain sera jeune et aura grande faim... Face à une Europe vieillissante et repue, l’export n’est pas une option, c’est une exigence et un vrai défi collectif à relever, alors que nos organisations économiques sont freinées par des concurrences intestines. «On a intérêt à se remuer pour faire évoluer nos circuits commerciaux actuels et à profiter de la situation de crise pour traiter les dossiers en filière sans trop attendre du gouvernement» avertit sans ambages l’économiste. La demande mondiale de biens alimentaires est croissante et la France conserve le potentiel de développement nécessaire pour dynamiser ses exportations. A condition d’y croire et de s’en donner les moyens. A dix ans, la demande mondiale va augmenter de +13% en viande bovine , +11% en blé, +15% en céréales secondaires et +25% en volaille. Alors bien sûr, il y a la volatilité et une difficulté croissante à prévoir certaines évolutions ou retournements de marché. Dans un monde volatile en perpétuelle évolution, il faut savoir s’adapter, «accepter que les formes d’organisation et les pratiques évoluent». C’est valable sur les marchés intérieurs comme sur les marchés exports.
Et il n’y a pas de raison valable pour que cela ne marche pas, l’évolution du monde va dans le sens du commerce international, vers plus d’échanges, plus de demandes diversifiées, une consommation alimentaire en hausse sur fonds de foncier agricole en perte de surfaces utiles. Dans ce contexte, la France conserve de bonnes cartes en main. Elle «est capable de dynamiser ses exportations» et de «concilier valorisation locale des produits et internationalisation des marchés». A l’agriculture aussi d’évoluer encore et de mieux communiquer pour valoriser ses atouts et faire reconnaître la valeur réelle de sa contribution au développement économique et sociétal de la France.
Les facteurs clés du succès pour une exploitation
Toutes les producteurs n’ont pas les mêmes atouts au départ (conditions financières, potentiel agronomique des sols, foncier) et la diversité des formes de réussites en France montre que les exigences économiques varient d’un agriculteur à l’autre. A chacun son modèle, à chacun sa stratégie, mais sur le long terme plusieurs facteurs font la différence :
- une bonne maîtrise des techniques de production,
- une structure à la hauteur des compétences (ni trop, ni trop peu),
- un collectif de travail cohérent,
- une bonne réactivité,
- des investissements centrés sur la création de valeur (attention à l’appétence pour la ferraille ou au délire technologique),
- une dilution systématique des coûts fixes,
- une bonne anticipation des facteurs de risques (assurances, volatilité, fiscalité).
- une bonne maîtrise des techniques de production,
- une structure à la hauteur des compétences (ni trop, ni trop peu),
- un collectif de travail cohérent,
- une bonne réactivité,
- des investissements centrés sur la création de valeur (attention à l’appétence pour la ferraille ou au délire technologique),
- une dilution systématique des coûts fixes,
- une bonne anticipation des facteurs de risques (assurances, volatilité, fiscalité).