Végétaliser les bourgs pour s'adapter au climat
Le 2 juillet dernier, le Parc naturel régional du Morvan et le Conseil d'architecture d'urbanisme et de l'environnement (CAUE) se sont réunis à Coulanges-sur-Yonne pour sensibiliser les maires des communes environnantes à l'adaptation de leurs bourgs face au changement climatique.
Après de nombreux épisodes de chaleurs connus ces dernières semaines, le Conseil d'architecture, de l'urbanisme et de l'environnement (CAUE) et le Parc naturel régional du Morvan ont organisé une journée technique consacrée à l'aménagement des bourgs pour s'adapter au changement climatique. De nombreux élus des communes environnantes de l'Yonne et de la Nièvre se sont réunis à Coulanges-sur-Yonne auprès de son maire Marcel Chevillon. Comment intégrer davantage de végétation en cœur de village ? Comment désimperméabiliser les sols tout en maintenant les usages et les circulations ? Comment concilier gestion des eaux pluviales, réseaux enterrés, attractivité et cadre de vie ? Ce sont toutes les questions auxquelles a tenté de répondre Marcel Chevillon en faisant appel au CAUE et au Parc naturel régional du Morvan. Professeur de géographie de formation, le maire de Coulanges-sur-Yonne a rencontré Philippe Bodo, directeur du CAUE de l'Yonne, et cela « a tout changé ». « Nous avons commencé par réaliser une étude générale d'aménagement pour identifier les îlots de chaleur au sein du bourg. Nous voulions renaturer le bourg, qui était dépourvu de végétation », témoigne-t-il. Pour être clair dans leurs propos, les deux structures conviennent que la définition adéquate à la renaturation est la suivante : « c'est un retour à l'état naturel ou semi-naturel des écosystèmes qui ont été dégradés, endommagés ou détruits par les activités humaines » (Aronson, 2004). Pour aménager un bourg, il faut passer par trois étapes : « penser à l'entrée de bourg comme une porte au sein d'une commune en le signalant par plusieurs outils (rétrécissement de chaussée, plantation en bord de chaussée), créer des zones de transition par la plantation d'arbres, séparer les flux et travailler sur les routes, et le centre, où l'enjeu majoritaire se trouve dans la gestion des conflits entre les différents usages », exprime le directeur du CAUE. C'est alors que le végétal joue un rôle majeur pour séquencer le bourg, tout en limitant le travail d'entretien. Pour résister à la sécheresse, les deux structures se penchent sur des végétaux résistants à la sécheresse comme « le noyer, le catalpa, le sorbier des oiseleurs ou encore le prunus, pour les arbres ; l'arbousier, l'althéa, le laurier-thin ou encore le genêt pour les arbustes ; et la lavande, le gaura, la santoline ou encore le romarin ».
« Reconfigurer des espaces sans végétation n'a pas de sens »
En 2020, lorsque la Région Bourgogne Franche-Comté lance un appel à projet consacré au soutien des projets de renaturation d'espaces publics, Marcel Chevillon prend la décision de s'y pencher. Au préalable, une étude est réalisée, le constat est fait. « Extrêmement minéral, le végétal n'y a que peu de place, quelques pieds de murs et de façades dérogent à la règle. L'état très dégradé des revêtements incite à requalifier les deux rues et la place globalement. Dans ce contexte, un premier travail avec le CAUE a permis aux élus de comprendre le potentiel de réaménagement qualitatif de ce site, avec un reste à charge acceptable pour la commune, si des ambitions de désimperméabilisation et de renaturation étaient intégrées en lien avec des financements naissants », convient le Parc du Morvan, dans un document officiel. Le projet définitif s'est donc appuyé sur une volonté pour la commune de « proposer des solutions fondées sur la nature, de créer des espaces favorisant la biodiversité, de lutter contre l'artificialisation des sols, de mettre la biodiversité au cœur de l'aménagement, de redonner une meilleure fonctionnalité aux écosystèmes et de lutter contre les îlots de chaleur en intégrant l'opération dans un projet global d'aménagement ». Pour entrer plus dans le concret, la commune a décidé de concevoir une place verte paysagère, de créer un parcours de sensibilisation à la nature en ville, de gérer les eaux pluviales de manière alternative, de désimperméabiliser 50 % d'une place et d'apaiser la circulation en favorisant la pratique piétonne dans un espace partagé. De nombreux élus ont également engagé des démarches pour réaménager leurs bourgs.