Une situation alarmante
La profession agricole avait rendez-vous mardi en préfecture pour dresser un état des lieux de l'agriculture du département. Toutes les filières sont touchées, de nombreux besoins ont été exprimés.
Les représentants de toute l'agriculture côte-d'orienne se sont entretenus en début de semaine avec les services de l'État. Ce n'est un secret pour personne, le contexte est très compliqué et ce, pour tout le monde. Sans faire offense à nos anciens qui ont « trinqué » en 1976, année souvent prise comme référence en la matière, 2026 semble bien pire. Pire avec les canicules à répétition qui viennent s'ajouter à la sécheresse. « Et pire avec le poids des charges, qu'elles soient opérationnelles ou de structure. Pire aussi avec les très bas prix payés aux producteurs, sans parler des charges de travail liées à cette situation… Certains ont même parlé d'usure physique et mentale. Et pour ne rien arranger, cette période très difficile, nous n'en voyons pas le bout ! », retrace Jacques de Loisy. Élevages, grandes cultures, maraîchage, cassis, luzerne et filières bio : tout le monde est donc au diapason. Parmi les demandes exprimées, une aide de 200 euros minimum pour chaque UGB et pour chaque hectare en grandes cultures : « la situation exceptionnelle que nous vivons impose ce nécessaire accompagnement, pour qu'il prenne en partie les surcoûts liés à l'alimentation du bétail et au transport de l'eau pour les éleveurs, ainsi que les re-semis pour les producteurs céréaliers car, comme CER France l'a rappelé aujourd'hui, il n'y a plus de trésorerie ».
À l'eau
Les mesures à très court terme doivent notamment se concentrer sur l’abreuvement du bétail (voir encadré). En grandes cultures, la demande de dérogation sur les couverts est toujours sans réponse… Le président de la Chambre d'agriculture a de nouveau regretté le manque d'accompagnement de la Pac pour les zones intermédiaires : « toutes les productions sont également touchées sur de point. Sur les 10 ou 15 ans qui viennent de s'achever, ce sont des centaines de milliers d'euros cumulés qui ne sont pas arrivées dans les exploitations et donc dans nos filières. La future Pac doit bien évidemment prendre en compte ce handicap. Et toujours à propos de la Pac, nous demandons que soient versés les acomptes dans les prochaines semaines, voire les prochains jours ».
On y croit
Tous les préfets de région se réuniront la semaine prochaine avec la ministre de l'Agriculture, dans l'attente d'un plan « sécheresse, canicule, incendie » attendu à la rentrée. Jacques de Loisy se dit confiant sur la suite des évènements : « nos revendications seront remontées au plus haut rang. Ces dernières semaines, les services de l'État ont montré qu'ils pouvaient prendre leurs responsabilités, ils doivent rester sur cette lancée en tenant compte des besoins exprimés ce jour. Des exemples de réussite ces dernières semaines : sur un cas de tuberculose, nous avons redressé la barre dans un élevage qui semblait condamné avec une demande d'abattage total formulée par la DDPP. Nous avons obtenu une nouvelle étude du dossier qui a mené à un abattage sélectif, ce qui était souhaité par la profession. En termes d'irrigation, nous avons obtenu des dérogations ainsi que le déplacement du capteur de Lechâtelet, qui était demandé depuis très longtemps ».
Une cellule pour aider les agriculteurs
Quelques heures seulement après cette réunion en préfecture, les services de l'État nous transmettaient le communiqué suivant.
La sécheresse exceptionnelle que subit la Côte-d’Or depuis plus de trois mois aggrave encore la situation des exploitants et nécessite que l’État et l’ensemble des partenaires se mobilisent pour venir en aide à ceux qui nous nourrissent. Plusieurs mesures d’aide sont d’ores et déjà mobilisées pour accompagner les exploitants, avec un effort particulier au niveau local. En Côte-d’Or, 320 000 euros de prises en charge de créances de cotisations sociales bénéficieront ainsi à 420 exploitants, tandis que des aides d’urgence ont été engagées pour les éleveurs touchés par la DNC et les céréaliers via des fonds d’urgence, dont 900 000 euros pour 283 céréaliers. Des mesures locales ont par ailleurs permis d’adapter les contrôles, de prévenir les risques d’incendie, de faciliter l’usage de l’eau pour sauvegarder les cultures les plus stratégiques. À ces dispositifs s’ajoutent de premières mesures nationales en matière de trésorerie, de carburant, d’engrais, d’assurance et de projets hydrauliques. Toutefois, au regard de l’ampleur et de la durée de la sécheresse, la situation demeure très préoccupante et nécessite d’aller plus loin afin d’apporter aux exploitants les réponses et les soutiens indispensables pour préserver leurs exploitations. Sous la présidence du secrétaire général de la préfecture, Denis Bruel, et à la demande de la ministre de l’Agriculture, une cellule de crise a été réunie le 18 août, avec les représentants des exploitants, les partenaires économiques et institutionnels (banques, assurances, cabinets comptables), les collectivités (AMF, AMRF, Conseil départemental et Conseil régional) et les services de l’État. L’objectif premier de cette réunion était de partager un état des lieux de l’ensemble des filières afin d’estimer les pertes, d’identifier les besoins les plus urgents et dispositifs de soutiens souhaités. Les éleveurs sont particulièrement touchés par la sécheresse (besoin de fourrage, de paille, baisse de production de lait), mais les céréaliers, les maraîchers, producteurs de petits fruits, et les viticulteurs sont également très impactés (baisse des rendements). Des propositions et des demandes précises ont été formulées au premier chef par la Chambre d’agriculture, les syndicats agricoles et représentants des filières, portant principalement sur des aides de trésorerie rapides, des exonérations fiscales et des prises en charge de cotisations sociales. La nécessité de mieux prendre en compte la hausse des coûts de production dans la valorisation des produits a été soulignée, tout en appelant les industriels à faire preuve de souplesse sur les cahiers des charges lorsque les produits, bien que ne répondant pas à certaines exigences contractuelles, satisfont pleinement aux enjeux et exigences sanitaires. Ces mesures d’urgences s’accompagnent d’une réflexion plus large sur la nécessaire adaptation des conditions de production et des habitudes de consommation face aux évolutions climatiques. Face à l’accumulation des difficultés économiques et climatiques, l’attention portée au mal-être agricole constitue une priorité. La situation actuelle peut fragiliser davantage des exploitants déjà éprouvés et appelle une vigilance renforcée de l’ensemble des acteurs. Dans ce contexte, le dispositif « Faire face ensemble » est pleinement mobilisé afin de repérer les situations de fragilité, d’apporter une écoute et un accompagnement adaptés et d’orienter, lorsque cela est nécessaire, les agriculteurs vers les dispositifs et professionnels en mesure de les soutenir. La MSA renforce et déploie ses dispositifs d’accompagnement, avec des mesures de prise en charge des cotisations, de soutien social et de prévention en santé mentale. La synthèse des travaux de la cellule est au ministère en prévision d’une réunion nationale entre la ministre Genevard et l’ensemble des préfets de région. Un plan global « sécheresse, canicule, incendie » sera ensuite annoncé à la rentrée, tenant compte des besoins exprimés par chaque filière et chaque région.
Les demandes
Réduction des charges opérationnelles : dérogation sur l'ensemble des couverts et suppression de la taxe engrais (MACF)
Mesures de trésorerie : paiement immédiat des remboursements dus (GNR, aide engrais, aide à la trésorerie non remboursable sous conditions de critères de baisse d'EBE, fonds d'allègements des charges (année blanche - prise en charge du capital par l'État et intérêts par les banques), avances du versement des aides Pac (solde en octobre) et aides aléas climatiques (comme en Italie), disposition de garantie des prêts par BPI, cofinancement par les agences de l'eau de la prime au maintien en bio
Mesures sociales et fiscales : prise en charge exceptionnelle de cotisations sociales à la MSA (exploitants et salariés), dégrèvement TFNB
Reconnaissance calamités perte de fonds : pour le cassis, la viticulture, les sapins, les prairies et la luzerne.
Réforme de la Pac : une réelle prise en compte des zones intermédiaires, revalorisation des aides
Gestion de l'eau : réhabilitation des seuils sur rivières avec financement des agences de l'eau pour les études et travaux, développement de retenues des eaux de ruissellement en facilitant les démarches administratives et avec des financements adaptés de l'État, Agences de l'eau et Europe
Adaptation au changement climatique : irrigation (réutilisation des eaux usées traitées, électrification des pompes…), Ombrières pour cultures sensibles
Aides sociales spécifiques : accompagnement des agriculteurs fragilisés (PMEA, FFE, accompagnement…), aide à la reconversion, aide RSA
Du concret ou rien
Antoine Carré, président de la FDSEA, a exprimé sa volonté de voir « enfin de vraies mesures arriver ». « Oui, nous voulons enfin du concret, quelque chose qui nous amène un peu de souffle, de la liberté et de la trésorerie. Jusqu'ici, nous n'avons rien eu ! Cette sécheresse est inédite, le contexte économique est catastrophique, il y a urgence d'agir ». Antoine Carré liste plusieurs exemples : « la MACF doit être supprimée sur tous les engrais. Avec cette mesure, tout le monde sera concerné et il n'y aura pas de formulaire à remplir. Sur le stockage de l'eau, il faut y aller plein pot, que ce soit avec des aménagements de mares, des investissements dans des poches d'eau ou des équipements pour l'irrigation. Des facilités et des aides pour ces dispositifs sont nécessaires ! Et encore une fois, laissez-nous produire ! ».