Rendez-vous sous le pont
Les éleveurs de Thoisy-le-Désert et des communes voisines utilisent une rigole d'alimentation du canal de Bourgogne pour remplir leurs tonnes à eau.
Une « station-service » dans laquelle on ne se fait pas braquer : si, si, ça existe. Il y en a une du côté de Pouilly-en-Auxois et plus précisément à Thoisy-le-Désert. Comme c'est le cas depuis plusieurs décennies, les éleveurs s'alimentent en eau sous le pont-aqueduc de la commune, où passe une rigole qui relie le lac de Cercey au bassin de Pouilly. Cette réalisation de 4 km, qui date des années 1820-1830, bat peut-être son « record » de fréquentation en cette campagne 2026 extrêmement sèche.
Témoignages
Le 22 septembre, nous y avons notamment croisé Thomas Fagotet, chef d'exploitation sur la commune : « C'est ma troisième tournée de la journée. Tout à l'heure, nous étions six à attendre, c'est assez exceptionnel. Oui, il y a du monde chaque année mais peut-être encore plus cette fois-ci, avec tous les besoins que nos animaux ont depuis des mois ». Deux tuyaux de 70 mm de diamètre permettent de remplir très rapidement les tonnes à eau, comme l'explique le JA : « la route passe sous le pont, là où nous nous garons. L'eau s'écoule très vite et très bien du haut par ces deux tuyaux. Pour ma part, je remplis mes 5 000 litres en seulement 5 minutes, c'est très pratique. Je viens ici tous les deux ou trois jours, mais à chaque fois, je reviens remplir à trois ou quatre reprises ». Anthony Clair, lui aussi agriculteur à Thoisy, est un peu le « superviseur » de l'installation : « La commune de Thoisy possède un droit d'eau, les particuliers sont aussi concernés et ont la possibilité de prélever. Me concernant, je recueille la somme de 10 euros de la part de chaque personne qui vient ici, dans le but de financer le changement de tuyaux voire de vannes, quand cela intervient tous les quatre ou cinq ans. Des agriculteurs des communes voisines viennent également sous ce pont. Au total, nous devons être une trentaine d'usagers ».
Une chance
Anthony Clair salue le travail des anciens et reconnaît la chance des agriculteurs de pouvoir utiliser ce dispositif : « c'est certain, nous n'avons pas le droit de nous plaindre de ce côté-là… L'eau de cette rigole s'écoule tout le temps et en plus, elle est propre, c'est un autre avantage. Et même si nous n'avions pas cet équipement, nous ferions seulement deux kilomètres de plus pour aller pomper dans le bassin. À noter que tous les prés traversés par cette rigole sont équipés de points d'eau, avec des pompes et des flotteurs, c'est tout aussi appréciable. Lorsqu'il y a eu l'incendie de Chailly, cet été, nous avons rempli nos tonnes à eau ici, sous ce même pont. C'est une belle opportunité d'avoir de l'eau à proximité, surtout cette année. Maintenant, il va tout de même falloir qu'il repleuve un jour ou un autre, cet hiver ou avant et surtout, en conséquence. En effet, Cercey a bien baissé et au-delà d'un certain seuil, la rigole ne coulera plus ! ».
Que c'est long
Cela n'était jamais arrivé chez Thomas Fagotet : une cinquantaine de vaches ont été rentrées dès la première semaine de septembre. Le jeune Côte-d'orien témoigne : « même si les sols sont encore chauds, l'herbe aura beaucoup de mal à repousser si tard, dans l'année. Il n'y aurait pas la problématique de la paille, j'aurais déjà rentré beaucoup d'animaux sous les bâtiments ». Fabrice Azario, ouvrier agricole au Gaec Saulgeot à Arconcey, se projette pour sa part à la prochaine mise à l'herbe : « À mon avis, les éleveurs souhaiteront lâcher leurs animaux le plus tôt possible au printemps prochain, par rapport aux stocks qui sont aujourd'hui déjà bien fragilisés. Je me demande même s'il restera quelque chose d'ici quelques mois ».