Une diversification en quête de structuration
En septembre dernier, le Premier ministre a confié au député du Loiret Anthony Brosse (Ensemble) et à la sénatrice de Haute-Savoie Sylviane Noël (Les Républicains) une mission parlementaire sur le développement de l’agritourisme en France. Les deux parlementaires viennent de remettre leur rapport. Celui-ci dresse un état des lieux du secteur et formule plusieurs propositions pour accompagner son essor.
Selon votre rapport, seulement 3 % des exploitations agricoles françaises pratiquaient l’agritourisme en 2020. Pourquoi ce pourcentage est-il si faible ?
Sylviane Noël : « Contrairement à l’Italie, qui a adopté une loi sur l’agritourisme au début des années 2000, la France n’a pas mené de politique suffisamment offensive et structurée en la matière. Lors des auditions, les agriculteurs et agricultrices qui se sont lancés nous ont expliqué avoir bénéficié de peu de soutien. La France manque de structuration sur ce sujet : elle s’est contentée de créer des labels sans disposer d’une véritable visibilité nationale ni d’une stratégie suffisamment forte. Nous l’avons constaté dès le début de notre travail, puisque nous avons eu beaucoup de difficultés à obtenir des chiffres sur ce sujet ».
Dans ce contexte, pourquoi l’œnotourisme fonctionne-t-il si bien par rapport aux autres modèles d’agritourisme ?
S. N. : « En France, l’œnotourisme est structuré autour d’un conseil et du label ''Vignobles & Découvertes'', qui ont tous deux permis un réel essor de ce modèle. Pour les autres formes d’agritourisme, l’accueil pédagogique à la ferme, la dégustation et la fabrication de produits, le camping ou encore le gîte à la ferme, existent également. L’idée n’est pas de concurrencer les hôtels en milieu rural, mais d’offrir de nouveaux débouchés aux agriculteurs volontaires tout en rapprochant les citoyens du monde agricole. Les exploitations agricoles ayant une activité d’agritourisme présentent trois fois moins de risques de péricliter dans les cinq années à venir, il s’agit donc d’un enjeu de taille ».
Afin d’établir une comparaison, le Premier ministre vous a demandé de vous pencher sur le cas de l’agritourisme en Italie. Quels enseignements en avez-vous retirés ?
S. N. : « En 2023, la France a enregistré 100 millions de touristes étrangers, pour 71 milliards de dollars de recettes. L’Italie a, quant à elle, accueilli 57 millions de touristes étrangers pour 56 milliards de dollars de recettes. Les touristes étrangers en Italie dépensaient en moyenne 38 % de plus par personne qu’en France. En Italie, le modèle repose sur une réglementation spécifique : les caractéristiques des exploitations agricoles agritouristiques sont définies par des lois nationales et régionales. Les exploitations agricoles doivent être actives et offrir une véritable production agricole en complément des services touristiques. Entre les repas, les produits et les activités proposés, l’agritourisme italien est devenu une véritable filière économique, et pas seulement autour du vin, mais également dans les secteurs de l’élevage et du maraîchage. La stratégie de communication constitue un facteur explicatif : sur les bords des routes, de nombreux panneaux indiquent les installations agritouristiques labellisées avec un nombre de tournesols correspondant à la qualité du service ».
À l’issue de cette mission d’information, quelles recommandations avez-vous formulées ?
S. N. : « Nous souhaitons qu’un guichet unique soit créé afin de guider les exploitations dans leurs démarches et leur communication, à travers un label national d’agritourisme inspiré du modèle italien, c’est-à-dire reposant sur un niveau de confort offert aux clients. Actuellement, les labels et plateformes sont trop éparpillés, ce qui empêche d’avoir une réelle visibilité. Il est également essentiel d’adapter certaines règles d’urbanisme, aujourd’hui trop rigides. Lors des auditions, des agriculteurs nous ont cité l’exemple d’une exploitation tenue de matérialiser une place handicapée sur son immense cour de ferme où il était possible de garer des centaines de voitures. Autre exemple : construire un bâtiment neuf en zone agricole afin d’accueillir une activité agritouristique est quasiment impossible. La communication et la formation sont également des piliers essentiels. Nous recommandons au Gouvernement de mobiliser davantage les fonds européens Feader, Leader et Interreg, qui sont actuellement sous-utilisés ».
Quel est désormais l’avenir de cette mission parlementaire ?
S. N. : « Avec le député Anthony Brosse, nous espérons que le Gouvernement va s’en saisir. À l’exception des mesures concernant l’urbanisme, de nombreuses recommandations peuvent être appliquées rapidement, sans intervention législative ».