Des tiny houses au cœur des vignes
Partout en France, de petites maisons s’installent discrètement au cœur des exploitations agricoles. Dans le Beaujolais, à Saint-Étienne-des-Oullières, Nelly et Michel Tachon ont choisi d’accueillir l’une de ces tiny houses au milieu de leurs parcelles. Face aux coteaux, entre dégustations et réveils dans les vignes, cette parenthèse hors du temps esquisse une autre manière de découvrir le territoire ainsi que ceux qui le façonnent.
Au bout d’un chemin bordé de vignes, une petite maison en bois fait désormais face aux coteaux beaujolais. À l’intérieur, quelques livres, une radio, un braséro et un lit tourné vers les rangs de vigne. Pas de télévision, pas de wifi, mais le silence de la campagne et une vue dégagée sur les paysages. À Saint-Étienne-des-Oullières, l’une des tiny houses de la société Parcel vient tout juste d’être installée sur l’exploitation viticole de Nelly et Michel Tachon, depuis le 26 mai.
L’agrotourisme comme diversification
« J’ai vu cette tiny house comme une opportunité de recréer du lien et de parler de nos métiers, notamment avec les publics citadins », explique Nelly Tachon. Pour la viticultrice de 29 ans, l’installation d’une petite maison est aussi l’occasion de faire valoir les métiers agricoles dans un cadre immersif. « Nous souhaitons mettre en évidence l’importance de notre présence sur le territoire, nos valeurs, notre histoire et faire découvrir le monde de la viticulture ». Au Domaine du Sallerin, Nelly Tachon travaille encore aux côtés de son père, Michel Tachon, qui s’apprête progressivement à lui transmettre l’exploitation familiale, elle qui représente la quatrième génération de viticulteurs passionnés. Situé au cœur du Beaujolais, le domaine s’étend entre vignes, prairies et espaces boisés. Michel Tachon y cultive la vigne depuis plusieurs décennies et partage aujourd’hui son savoir-faire avec sa fille, récemment revenue sur l’exploitation. Ensemble, ils développent une approche mêlant tradition familiale et modernité. Le domaine produit principalement du beaujolais-villages à base de gamay, cépage emblématique de la région, mais développe également plusieurs cuvées en vin de France à partir de cépages plus atypiques dans le secteur, comme la syrah, le marcellan, le gamaret, le viognier ou encore le pinot gris. Une production que Nelly Tachon aspire à commercialiser autrement. « Cette diversification passe aussi par l’œnotourisme et l’agrotourisme », résume la viticultrice. Une idée que Michel Tachon a accueillie chaleureusement : « Mon père souhaitait déjà créer quelque chose du genre, un lieu de tourisme, une occasion de partager avec des visiteurs, d’expliquer en quoi consiste notre métier, tout ce qui se cache derrière une bouteille de vin. Seulement, à son âge, il ne souhaitait pas lancer ce projet », explique-t-elle. La jeune femme reprend donc le flambeau d’un souhait de développement au cœur même de ses vignes.
Une cabane au milieu des vignes
L’idée de rejoindre l’aventure Parcel est née presque par hasard : « leur publicité s’est imposée à moi, par hasard, sur les réseaux sociaux, raconte Nelly Tachon. J’ai immédiatement aimé l’idée et ai voulu tenter l’expérience ». Créée en 2019, la société Parcel développe partout en France un réseau de tiny houses installées directement chez des agriculteurs partenaires. Le concept consiste ainsi à proposer des séjours de déconnexion en pleine nature, dans de petites cabanes autonomes implantées au cœur des exploitations agricoles. Après plusieurs mois de démarches administratives et techniques, la tiny house a finalement trouvé sa place au milieu des parcelles et bénéficie d’un emplacement particulièrement isolé. « Notre exploitation est perdue au milieu des vignes. La tiny house est entourée de prés avec des vaches », explique la jeune femme. Entièrement équipée, la tiny house 17 m2 permet aux visiteurs de vivre en autonomie tout en restant plongés dans l’univers viticole. « Parcel prend en charge toute la partie réservation, communication et commercialisation », explique Nelly Tachon, laissant aux exploitants le soin d’accueillir les voyageurs et de proposer, s’ils le souhaitent, des activités autour du domaine. « J’ai déjà prévu plusieurs activités que les visiteurs pourront sélectionner lors de la réservation de leur séjour », explique la productrice. Dégustations, visite du domaine, les touristes pourront décider de passer un séjour de déconnexion totale, seuls au milieu des vignes, ou s’intéresser de plus près au métier de viticulteur et ce qu’il implique.
Le retour au calme
Pour Nelly Tachon, cette nouvelle forme de tourisme répond à une évolution profonde des attentes des visiteurs. « Les gens viennent vraiment chercher le calme, être au milieu de nulle part », observe-t-elle. Certains souhaiteront visiter les vignes, découvrir la cuverie ou participer à une dégustation, activités organisées par Nelly Tachon et son père. « J’ai prévu des activités pour que les visiteurs puissent décider le type de séjour qu’ils ont envie de passer. Certains souhaitent en connaître davantage sur la production de vin, tandis que d’autres préféreront simplement profiter du paysage, lire un livre ou partager un repas face aux coteaux », assure-t-elle. Car l’expérience repose précisément sur cette liberté : celle de choisir d’être complètement autonome, ou d'échanger avec les exploitants, selon leurs envies. Un fonctionnement qui correspond bien à la philosophie du « slow tourisme » portée par Parcel. Mais au-delà de l’aspect touristique, la tiny house devient aussi un outil de valorisation du territoire particulièrement précieux.
Découvrir autrement le Beaujolais
« Cette tiny house permet de faire du lien entre moi, viticultrice, les restaurateurs et les autres acteurs de tout un secteur », explique Nelly Tachon. La jeune femme a d’ailleurs préparé un guide recensant restaurants, activités et lieux à découvrir autour de l’exploitation, une manière d’encourager les visiteurs à prolonger leur découverte du Beaujolais au-delà du simple séjour. « Cela permet aussi de faire découvrir notre belle région, notre terroir viticole, au-delà du beaujolais nouveau », assure-t-elle. Cette nouvelle génération de viticulteurs souhaite montrer une autre facette du vignoble, plus immersive, plus qualitative et davantage tournée vers l’expérience. « On ne peut plus seulement faire des pique-niques dans les vignes », estime-t-elle. « Aujourd’hui, il faut réussir à éveiller la curiosité des gens avec des choses un peu innovantes ». Et le territoire semble bien propice à accueillir ce type de tourisme. Entre villages de pierres dorées, paysages vallonnés, proximité avec Lyon et patrimoine viticole, le Beaujolais dispose de nombreux atouts pour séduire des touristes en quête de découverte. « Nous sommes au cœur de paysages magnifiques, entre les vignes et les sapins. Il faut simplement réussir à les faire découvrir autrement », estime Nelly Tachon. La tiny house est d’ores et déjà réservée par plusieurs voyageurs en vue de son ouverture, au cours du mois de juin.