Adapter la campagne de chasse en fonction du climat
Après un été caniculaire, Terres de Bourgogne s'est intéressé à l'état de santé des populations de gibier dans l'Yonne. Olivier Lecas, président de la Fédération départementale des chasseurs de l'Yonne (FDCY) a répondu à nos questions.
Olivier Lecas, président de la Fédération départementale des chasseurs de l'Yonne (FDCY), nous a ouvert ses portes pour répondre à nos questions. La campagne de chasse débutait en juin dernier, pour les gros gibiers, mais étant donné les circonstances climatiques exceptionnelles, les chasseurs ont souhaité reporter leurs parties de chasse. Même si « on a la chance de ne pas être dans un département où il y a eu des grands feux », avouait-il. Dans quelques semaines, la chasse du petit gibier pourra s'effectuer. Par bon sens, le président a « demandé aux chasseurs de se concentrer sur la chasse du grand gibier, moins impacté par la sécheresse. C'est aux chasseurs de s'adapter à la population de gibier, notamment du petit gibier, qui est déjà très peu présente dans le département ». Pendant les arrêtés sécheresses publiés par la Préfecture de l'Yonne, les chasseurs avaient interdiction de « donner de l'eau dans les mares qui sont dans les bois pour que les animaux puissent boire. Tous les animaux ont été impactés par ces conditions climatiques ». Les canicules successives ont, pour lui, eu un effet sur le petit gibier de plaine. « À l'ouverture, au 20 septembre, il n'y aura rien dans les plaines, parce que les maïs et les tournesols seront presque tous coupés. Quasiment aucun couvert ne sera présent dans les plaines, donc pour le gibier de plaine, ça va être très difficile », observait-il. Ce petit gibier sera impacté par le manque de couverts et la prédation. « Pendant les périodes migratoires, de nombreux busards migrent et sont de redoutables prédateurs, compte tenu du fait que les jachères mellifères, endroits où se cachent les gibiers de plaine sont endommagées par la chaleur. Les renards demeurent également des prédateurs importants sur le département », constatait-il.
Des populations impactées par la sécheresse
Sur le grand gibier, les impacts seront également visibles. « Les populations de chevreuil seront impactées : la canicule fait que le chevreuil mange souvent des pousses fraîches. Cet été, ils n'ont mangé que du sec », informait-il, sachant que « le chevreuil est un animal qui ne fait pas de graisse, donc les jeunes vont certainement avoir un poids inférieur par rapport aux autres années. Même si ce ne sont pas des espèces en danger, les chasseurs vont faire attention ». Cependant, cet été chaud n'a pas impacté drastiquement les populations de sanglier. « Le problème c'est qu'on en a prélevé plus de 20 000 l'année dernière, et l'année prochaine, on devra en tuer certainement plus. On ne connaît pas la population exacte mais le contexte climatique a dû avoir un impact sur la reproduction », conseillait-il. Ce qui l'inquiète le plus c'est que : « ce que je vois, ce sont des dégâts et des surfaces détruites qui ne vont pas diminuer. Ce qui va diminuer ce sont les rendements. Après la mauvaise année, les sangliers vont se déplacer sur plus de surface pour se nourrir ». Conscient du risque, il a donc annoncé aux chasseurs de « prélever sans distinction de taille, de poids, de sexe, il faut prélever le maximum. Principalement, là où la participation est au-dessus de 2 € ». Avant de reprendre ses habits de chasse, Olivier Lecas déclarait « qu'on aura certainement des surprises sur certains secteurs. Tout le département n'a pas été impacté par la sécheresse de la même manière. Les secteurs boisés, particulièrement chêne, où il y a une bonne glandée auront des gibiers moins impactés que les secteurs résineux dans les zones calcaires ». D'ailleurs, cette année la FDCY a choisi de mettre en place une plateforme « Gibier pour tous » qui permettrait aux chasseurs de faire du don de gibier entier. « C'est une plateforme pour que les chasseurs donnent du gibier, uniquement du don de gibier de particulier à particulier. Le gibier sera distribué à moins de 80 km. Ce sera du gibier entier, on n'a pas le droit de le découper. Le sanglier doit être éviscéré et coupé en pot », expliquait-il. Cette décision intervient après de nombreuses remontées terrain de chasseurs ne sachant plus quoi faire des gibiers prélevés.