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Énergies renouvelables

Une carte à jouer pour l’agriculture

La Chambre régionale d’agriculture BFC vient d’organiser à Is-sur-Tille une journée d’information consacrée aux énergies renouvelables. Le dossier est porteur de sens pour l’agriculture, les ambitions nationales sont là, le potentiel agricole aussi... reste à faire coïncider les moyens et à dépasser les contraintes.
Par Anne-Marie Klein
Une carte à jouer pour l’agriculture
«La France demeure l’un des pays d’Europe les plus en retard dans le déploiement des énergies renouvelables»... cet inquiétant constat, au regard des ambitions formulées, a été réalisé en mars par le Cese (Conseil économique, social et environnemental). Pire encore, «les émissions globales de gaz à effet de serre (GES) ont à nouveau augmenté en 2015 et 2016»! Autant dire que le déploiement des énergies renouvelables est à l’ordre du jour, alors que s’ouvre la consultation sur la révision de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
Le contexte est sans ambiguïté: à l’horizon 2030, les énergies renouvelables devront représenter 32% dans la consommation énergétique finale de la France et cette consommation devra être réduite de 50%. Les émissions de gaz à effet de serre devant être réduites dans le même temps de 40%. Dans ce contexte porteur, l’agriculture a eu dès le début un rôle important à jouer. Selon une étude de l’Ademe,  en 2015 20% des énergies renouvelables produites en France provenaient de la contribution directe ou indirecte de l’agriculture. Les Chambres d’agriculture ont pris leur part dans l’accompagnement des porteurs de projets et dans la structuration d’une information sur les différentes possibilités offertes : solaire (photovoltaïque), méthanisation ou bois énergie. Les débuts ont été difficiles pour les porteurs de projet, du fait notamment d’une réglementation complexe et changeante qui a beaucoup «complexifié» les choses comme l’a rappelé Christian Decerle, président de la Chambre régionale d’agriculture BFC. Le tout rendu encore plus difficile par certains «coûts irrationnels» et «des incohérences» propres à décourager les porteurs de projets les moins déterminés.

Il faut «s’accrocher»
Ce qui ressort de cette journée c’est justement la nécessité «de s’accrocher» pour mener un projet à bien. Surtout pour un projet de méthanisation, du fait du dimensionnement des installations et de la complexité de la mise en œuvre des procédures. En dépit des difficultés, les unités de méthanisation, quand elles ont trouvé leur rythme de croisière, contribuent à enrichir économiquement le territoire, assurent un complément de revenu à l’exploitant et ouvrent de nouvelles perspectives de diversification et de développement de l’activité agricole.
Pour preuve, l’exploitation qui servait d’illustration au propos : le Gaec Asdrubal. Le père et les deux frères ont misé résolument sur la production d’énergies renouvelables en réalisant une première installation de panneaux solaires photovoltaïques (100 kWc et 250 kWc) et plus récemment une unité de méthanisation par voie sèche. Cette unité donne tout son sens au projet d’entreprise des deux frères, Maxime et Sébastien.
Le moteur de co-génération fonctionne en partie avec de l’huile de colza produite localement, l’électricité part sur le réseau local et la chaleur va permettre de sécher du bois ou des fourrages pour l’atelier élevage et engraissement du Gaec. Le digestat est utilisé sur les surfaces agricoles et cette nouvelle étape vers l’autonomie permet aux associés d’envisager sérieusement un passage en bio. L’unité vient d’être mise en route et commence à produire, mais l’activité reste gourmande en temps et en compétences diverses.
Sébastien Asdrubal s’est emparé du dossier dès le début. C’est un perfectionniste qui consacre tout son temps et son énergie à la bonne marche de l’unité de méthanisation. Pour tout mener de front, il conseille, «d’abord d’être bien armé techniquement, pour pouvoir tout contrôler et ne pas se laisser influencer. Cela évite ensuite les ennuis». Ensuite, de communiquer, car tout ce qui touche à l’environnement agricole peut inquiéter le voisinage.

Dès le début du projet, le Gaec Asdrubal a organisé une réunion d’information ouverte à tous. L’unité désormais opérationnelle, il prépare maintenant une journée portes ouvertes pour tout le voisinage et ceux qui veulent découvrir la technologie. La motivation première était «la sécurisation économique du système d’exploitation»  dans le cadre d’une installation.
L’effet secondaire, c’est l’enrichissement et le redéploiement de l’ensemble des activités, en fonction de cette nouvelle donne. De fil en aiguille, toute le système se trouve redimensionné et s’ouvre à de nouvelles perspectives de développement. Pour Sébastien aucun regret : «j’aime le challenge, cette nouvelle activité est passionnante. Mais il faut être bricoleur, débrouillard, touche-à-tout et tenace». Inutile de préciser que tous les membres du Gaec doivent être à l’unisson, convaincus de l’intérêt général et déterminés à aboutir.
La technologie choisie -voie discontinue, en garages- n’est pas la plus simple à mettre en œuvre, mais c’est celle qui répond le mieux aux contraintes de cette exploitation en polyculture-élevage. Car là comme ailleurs, rien n’est reproductible en l’état, tout projet reste unique et sa réussite «est le fruit de convergences d’énergies dans des domaines de compétences complémentaires, soutenues par une forte motivation» conclut Christian Decerle, lui-même producteur d’énergie à base solaire.

Les énergies renouvelables en Bourgogne-Franche-Comté

Méthanisation : 32 installation en service pour un total de 7300 kWe et 70 Nm3 installés dont 705 kW en voie sèche. Contraintes : 10% de cultures énergétiques maxi et 25% de CIVE et cultures énergétiques en potentiel méthanogène maximum. 50% des approvisionnements maîtrisés par le porteur de projet. Investissement lourd et charges de fonctionnement importantes. Attention à minimiser et sécuriser les achats de matière première “méthanisable”.
Photovoltaïque : 138 MW installés en BFC soit 140 GWh produits annuellement (équivalent 92 ménages). De gros collectifs comme SAS 21, SAS 71, SAS 58. Un développement important à prévoir de l’autoconsommation (robots de traite, séchage solaire, laboratoires de transformation...). Pas d’aide à l’investissement.
Bois énergie : Valorisation du bois bocager soit pour autoconsommation, vente aux collectivités, entreprises et ruraux. En plaquettes sèches pour chaudière ou litière. Environ 250 chaudières bois agricoles.